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Kinshasa a abrité les 21 et 22 octobre dernier, le Colloque International sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris, dix ans après son adoption en 2015 lors de la COP21 de Paris en France. Co-organisateur de ces assises, Alain-Parfait Ngulungu, Directeur exécutif de l’Ong Alliance pour la Gouvernance Climatique et la conservation de la Biodiversité (AGCB), revient dans cette interview qu’il a accordée à Versvert-infos.com pour présenter les grandes idées issues de ce Colloque International et ses perspectives pour la sauvegarde des forêts du bassin du Congo.
Versvert-infos : Des échos favorables sont parvenus à notre rédaction sur le succès récolté après le Colloque International organisé les 21 et 22 octobre 2025 à l’Université Pédagogique Nationale (UPN). Comment justifiez-vous cela ?
Alain Parfait Ngulungu : Humblement, je ne le qualifierai pas d’un succès. La raison se justifie peut-être ailleurs. Les participants ont été satisfaits parce qu’ils ont trouvé une tribune pour parler, discuter et trouver des solutions au réchauffement climatique dans la sous-région.
En plus, contrairement aux idées reçues : alors qu’à Paris, en 2015, près de 200 pays ont convenu d’une série de mesures visant à lutter contre le changement climatique afin d’éviter certaines des pires conséquences de la hausse des températures.
Cette année 2025 est la date limite pour que les pays soumettent leurs plans climatiques nationaux actualisés, connus sous le nom de « Contributions déterminées au niveau national (CDN) », dans le cadre de l’Accord de Paris.
Ainsi, à la COP 30, à la RDC de montrer au monde le programme « la forêt, notre projet » et de montrer ce que le gouvernement Congolais a fait et fera pour la protéger.

Versvert-infos : Quels ont été les principaux résultats de ce Colloque International pour les peuples des forêts du bassin du Congo ?
Alain Parfait Ngulungu : l’impact de l’organisation de ce colloque à Kinshasa est, au-delà de la symbolique, d’avoir permis aux africains du bassin du Congo de discuter, sans filtre, sur l’expérience de 10 ans de mise en œuvre de l’Accord de Paris. Les participants ont examiné les avancées et les limites de cet instrument juridique contraignant.
A la clôture, ils ont émis le vœu de lancer une initiative appelée « Agenda pour une action climatique renforcée dans le bassin du Congo ». Pourquoi cela, parce que la crise climatique s’aggrave – l’année 2024 ayant été confirmée comme l’année la plus chaude jamais enregistrée, dépassant pour la première fois le seuil de 1,5°C – l’action climatique recule dans l’agenda politique mondial en raison des tensions géopolitiques, de la montée du populisme, des pressions économiques et du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris. Chose qui mine l’ordre multilatéral fondé sur des règles.
Certes, il faut le reconnaître, des progrès ont été réalisés depuis l’adoption de cet accord de Paris il y a dix ans dans le bassin du Congo, notamment le déploiement des énergies renouvelables, dont les coûts ont chuté.
Il est donc raisonnable d’espérer qu’un pic des émissions mondiales soit proche. Cependant, le monde reste encore loin des réductions rapides et soutenues nécessaires malheureusement.

Versvert-infos : quelles ont été les contraintes et limites à la mise en œuvre de l’Accord de Paris dans le bassin du Congo ?
Alain Parfait Ngulungu : Malgré leur importance indéniable, les forêts du bassin du Congo sont gravement menacées. Selon les prévisions, en l’absence d’une action urgente, la superficie de ces forêts pourrait diminuer de 27% d’ici à 2050. Le principal facteur de ce déclin dramatique est la déforestation, principalement causée par des activités minières et forestières illégales ou non durables.
Les participants à ce colloque ont reconnu que le financement est l’un des plus grands défis pour la conservation et la gestion durable des forêts du bassin du Congo. Entre 2008 et 2017, le secteur de la foresterie et de l’environnement en Afrique centrale n’a représenté que 11,5% du financement mondial consacré à la conservation et la gestion durable des forêts tropicales.
Ce soutien financier insuffisant met en péril les efforts de préservation de ces écosystèmes critiques. Et donc, freiner le financement équivaut à retarder la mise en œuvre de l’Accord de Paris dans le bassin du Congo.
Versvert-infos : comment faire pour assurer le financement climatique pour la prochaine décennie 2025-2035 dans la sous-région ?
Alain Parfait Ngulungu : la Banque Africaine de Développement a déjà réfléchi sur la question. Elle a mis en place plusieurs initiatives ambitieuses pour combler ce fossé, notamment la création de banques vertes, l’élargissement du soutien par le biais du volet Action Climat, la création de nouvelles sources de revenus pour les actions d’adaptation à travers le mécanisme des avantages de l’adaptation, le Programme d’accélération de l’adaptation en Afrique.
L’accent est mis actuellement sur les marchés du carbone, les solutions fondées sur la nature et les bio-crédits. Tout cela en vue d’assurer le financement durable de la lutte contre le réchauffement climatique.

Versvert-infos : Comment comptez-vous capitaliser l’initiative « Action climatique renforcée dans le bassin du Congo » à la COP 30 de Belém au Brésil ?
Alain Parfait Ngulungu : Effectivement, nous allons partager des messages clés et un rapport synthèse aux délégations des pays du bassin du Congo au sujet notamment de la justice climatique, où il s’agira de répondre à l’injustice profonde selon laquelle les pays les plus pauvres, responsables de moins de 5% des émissions historiques, subissent les conséquences les plus graves du réchauffement climatique. Il sera aussi question de réviser les contributions climatiques nationales (CDN) dont les pays doivent soumettre de nouveaux engagements de réduction d’ici à 2030.
Or, selon ONU Climat, seuls 10 États l’avaient fait en temps voulu, début 2025. Au sujet du financement climatique, il est souhaitable de multiplier par trois les ressources pour aider les pays pauvres à s’adapter, une exigence réitérée par la société civile mondiale.
Concernant la transition énergétique juste, il sera question d’accompagner les pays du Sud dans l’abandon des énergies fossiles vers des énergies renouvelables, en garantissant le respect des droits de l’homme, le consentement libre et informé préalable des populations locales et une réduction des inégalités.
Bref, il faudra protéger les forêts tropicales denses et humides du bassin du Congo. Ce sera un enjeu central à Belém, notamment avec l’arrêt de la déforestation illégale d’ici à 2030.
Propos recueillis par Ruben Ns Mayoni




