Journée internationale du travail : penser aux oubliées des projets de développement
À l’occasion de la Journée internationale du travail, célébrée le 1er mai 2025, Didier Nama Mirindi, Juriste et Expert en genre et développement, mène une analyse critique et engagée sur la participation des femmes dans les projets de développement s’appuyant sur l’approche à haute intensité de main-d’œuvre (HIMO) en République démocratique du Congo (RDC).
Pour lui, cette approche s’impose comme un outil efficace pour générer rapidement de l’emploi local tout en améliorant les infrastructures communautaires. Ce modèle, reconnu par les bonnes pratiques internationales, permet de renforcer les compétences locales, de soutenir les économies rurales et d’encourager la participation citoyenne.
Par ailleurs, l’expert constate une faible inclusion des femmes dans ces initiatives, constituant une lacune majeure. Didier Nama souligne que promouvoir une approche HIMO plus inclusive, avec des quotas, des formations ciblées et des conditions de travail adaptées, permettrait non seulement de renforcer l’impact socio-économique des projets, mais aussi de faire des femmes des actrices essentielles du développement durable.
Participation féminine, une réalité contrastée
Didier Nama insiste sur le fait que la participation féminine dans les projets HIMO en RDC doit être analysée à la lumière de l’état actuel des droits des femmes dans le pays. Malgré des avancées législatives, telles que la Constitution garantissant l’égalité des sexes et la Loi sur la parité, la mise en œuvre resté limitée. Les femmes continuent de faire face à des défis majeurs, notamment des discriminations dans l’accès à l’éducation, à l’emploi et à la santé, ainsi qu’à des violences sexuelles et économiques.
Ces obstacles sont exacerbés par les conflits dans l’est du pays, où la violence sexuelle est utilisée comme arme de guerre. Des réalités qui soulignent l’urgence de renforcer les mécanismes de protection et de promotion des droits des femmes, en intégrant des mesures concrètes dans les projets HIMO pour répondre à ces défis.
Cadre juridique sous-exploité
L’Expert soutient que la RDC a ratifié plusieurs instruments internationaux qui renforcent son engagement envers les droits humains et l’égalité des genres, dont la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), la Résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité, ainsi que le Protocole de Maputo relatif aux droits des femmes en Afrique.
Ces engagements internationaux offrent un cadre solide pour la mise en œuvre des lois nationales, telles que la Loi n°15/013 sur la parité et la Loi n°06/018 sur les violences sexuelles. Cependant, leur impact reste limité en raison de défis structurels et institutionnels, notamment le manque de ressources, de coordination intersectorielle et de sensibilisation au niveau communautaire.
Bonnes pratiques internationales pour l’autonomisation des femmes

Pour maximiser l’impact des projets HIMO en RDC dans la promotion de l’équité de genre et la protection des droits des femmes, Didier Nama note qu’il est nécessaire d’envisager des actions stratégiques basées sur les initiatives internationales. Pour lui, il s’agit notamment de renforcer la protection, l’autonomisation et la participation des femmes dans les projets HIMO, tout en posant les bases d’une gouvernance plus inclusive et équitable dans le contexte de la RDC.
Recommandations stratégiques pour une meilleure inclusion
Parmi les recommandations formulées par l’expert en genre et développement Didier Nama, figurent l’intégration de critères d’équité de genre dans les financements en exigeant que chaque projet HIMO inclut au moins 40 % de femmes), la mise en place d’unités de contrôle genre par la formation des équipes mixtes composées d’experts locaux et d’inspecteurs du travail pour garantir le respect des droits des femmes dans les projets. Il s’agit également de renforcer les capacités sur le genre par l’imposition des formations obligatoires aux chefs de projet et aux encadreurs, axées sur la parité et la prévention des discriminations.
L’appui aux initiatives économiques féminines par la facilitation de l’accès des femmes aux ressources financières et techniques pour développer des activités génératrices de revenus intégrées aux chaînes de valeur locales est une autre recommandation formulée par Didier Nama.
Société inclusive et équitable
Didier Nama conclut en disant que partout en République Démocratique du Congo, sur les chantiers, dans les villages et dans les foyers, des femmes courageuses œuvrent sans relâche pour bâtir un avenir meilleur. Leur travail inlassable est une pierre angulaire du développement et de la résilience de nos communautés.
Il renchérit qu’en ce jour de la fête du travail, il convient de rendre hommage à ces bâtisseuses silencieuses, gardiennes de l’avenir collectif. Il faut leur offrir les moyens, les outils et les opportunités qui leur permettront de continuer à être des actrices majeures d’un développement durable, équitable et prospère. Leur contribution mérite d’être célébrée avec honneur et fierté, insiste-t-il.
Ruben Ns Mayoni
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