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Les embouteillages dans la ville province de Kinshasa n’est plus un sujet d’actualité. Ils sont devenus quotidiens et permanents. Cependant, il convient d’en parler tant qu’on pourra, notre devoir étant d’alerter l’opinion et de pousser les décideurs à prendre des mesures qui s’imposent, car « gouverner, c’est prévoir », dit-on. Depuis plusieurs mois, toutes les routes ou presque, sont saturées par les véhicules qui partent deans tous les sens et bloquent la circulation.
Le phénomène d’embouteillage est en partie dû à l’incivisme des conducteurs sur la route. Les chauffeurs kinois ne respectent pas le code de la route. Ils prennent tous les sens avec des dépassements incontrôlés et violent le sens unique.
Mais les chauffeurs ne sont pas les seuls à incriminer: les agents de l’ordre (police de circulation routière – roulage-) sont également un maillon important dans le non-respect du code de la route.
Il suffit que le chauffeur donne 500 Fc au policier pour qu’il bifurque n’importe où, n’importe comment et n’importe quand. Les 500 FC remis au policier devient son laisser-faire pour commettre n’importe quel acte sur la route: stationnement, sens unique …
Des « arrivées mortes » dans les hôpitaux
Selon le Docteur Guy Muselefu, médecin à la maternité de Kintambo, les embouteillages ont augmenté le taux de mortalité dans les hôpitaux.
« À l’époque, on transférait les malades par ambulance qui arrivait aux hôpitaux de référence en moins de 30 minutes, pour prendre rapidement en charge le patient, qui peut avoir un problème d’oxygène ou une femme enceinte qui a besoin d’une césarienne », a-t-il raconté.
Et d’ajouter, « mais ce dernier temps, nous constatons beaucoup de cas d’arrivées mortes. Au lieu de 30 minutes, l’ambulance fait plus de 2 ou 3 heures et le patient meurt en cours de route, à l’insu même de l’ambulancier », regrette le Dr Muselefu.
Le docteur Guy regrette également qu’il n’y ait plus de priorité accordée à l’ambulance comme à l’époque. Et même si on l’accordait, les bouchons sont partout et à tout moment, ce qui complique le transfert des malades d’un hôpital à un autre.
« Nous, nous travaillons ici à l’hôpital de référence maternité de Kintambo. On enregistre des cas d’arrivée morte suite aux embouteillages et je pense que c’est le même cas à Maman Yemo, Clinique Ngaliema et ailleurs. Les hôpitaux de la périphérie nous envoient des malades, mais arrivent tardivement, soit ils meurent en cours de route, soit ils vous arrivent à un état encore enfoncé, et meurent parfois avant même de les soigner », souligne le Dr Guy Muselefu.
En effet, les embouteillages impactent dangereusement sur la vie humaine, augmentant ainsi le taux de mortalité dans les hôpitaux pour les patients en transfert. Ce que le Dr Muselefu qualifie de criminalité à bas bruit car les embouteillages tuent beaucoup de gens sans le savoir.
Pour le Dr François Koyabizo, médecin vétérinaire, le phénomène « embouteillage » que connaît la ville de Kinshasa depuis quelques années est dû à des causes multiformes, notamment l’explosion démographique (exode rural, natalité élevée), parc automobile saturé, absence d’une politique de planification, des routes vétustes, rétrécies et mal entretenues, etc.
« Ce phénomène s’accompagne des effets tels que stagnation de la circulation automobile, désordre dans le chef des motocyclistes appelés Wewa, pollution au sol et dans les caniveaux, pollution atmosphérique due aux gaz des pots d’échappement (CO, CO2), pollution sonore due aux bruits des moteurs et des klaxons, des traînées de poussières soulevées au passage des véhicules, nervosité des usagers des routes », renseigne le Dr Koyabizo.
Conséquences sur l’environnement

Les conséquences des embouteillages sur la santé humaine, animale et végétale sont nombreuses : risques d’asphyxie par les gaz d’échappement, dépôts poussiéreux dans les poumons avec risque de cancer des poumons pour les humains, etc.
« Au niveau des végétaux, le CO2 est certes bénéfique pour la réalisation de la photosynthèse. Mais l’excès entraîne une mauvaise croissance des plantes et l’appauvrissement en nutriments, le jaunissement des feuilles », indique Dr Koyabizo.
« Plus grave, le plomb contenu dans le carburant, une fois dégagé dans l’air et absorbé par les plantes, risque de passer dans la chaîne alimentaire et provoquer des intoxications chez les consommateurs », ajoute le Dr François Koyabizo.
Avec la recrudescence des embouteillages, la concentration du monoxyde ou du dioxyde de carbone dégagé par les véhicules à Kinshasa ne fait que s’aggraver. Les 350 parties par million (ppm), seuil tolérable, sont déjà dépassés à Kinshasa. Là où les véhicules devraient passer directement et ne prendre qu’une minute, ils sont censés faire une heure, avec comme conséquence, l’accumulation du CO2 dans l’atmosphère.
Faible rendement au travail
Les embouteillages n’ont pas seulement des impacts sur la santé et l’environnement. Le travail et l’emploi sont egalement impactes. Plus personne n’arrive à temps au lieu de service car tout le monde est bloqué sur la route.
La productivité est à son bas niveau. Là où il faut arriver à 8h30´ pour commencer le travail, c’est à 19h ou 11h quon arrive, essoufflé, fatigué, exténué, au point que toute l’énergie nécessaire au travail est consommée par les embouteillages. Conséquence, le rendement est entamé et le travailleur n’est plus productif.
Il est important aujourd’hui de prendre des mesures qui s’imposent pour remédier à cette situation qui met à mal les activités sur tous les plans. Et chacun doit prendre ses responsabilités et la mesure de la situation pour une solution holistique au phénomène.
Les routes défoncées et insuffisantes, l’incivisme des conducteurs et même des hommes en uniforme contribuent à l’aggravation des embouteillages dans la ville de Kinshasa. Une action urgente s’impose de la part de chacun, en premier lieu du pouvoir public.
Ruben Ns Mayoni




