Le Projet Agroforestier du Kwango-Nioki (PAKN) veut s’imposer comme l’une des réponses concrètes aux défis climatiques et énergétiques auxquels fait face la République Démocratique du Congo. Dans une interview accordée à Vers Vert-infos, Jean Marie Bolika a détaillé les ambitions de cette initiative issue du Programme des Paiements pour les Services Environnementaux du bassin d’approvisionnement de Kinshasa (PROBAK). À travers ce projet, les autorités et leurs partenaires entendent développer un modèle agroforestier capable à la fois de restaurer les savanes dégradées, soutenir les communautés rurales et réduire la pression exercée sur les forêts primaires autour de Kinshasa.
Ce projet intervient principalement dans les territoires de Kenge, dans la province du Kwango, et de Kutu, dans le Maï-Ndombe, notamment dans les secteurs de Bukanga et d’Infimi. À cet effet, il prévoit la plantation de 8 000 hectares suivant le modèle agroforestier « acacia-manioc », déjà expérimenté dans plusieurs zones du pays. En parallèle, 120 comités locaux de développement ainsi que 120 plans locaux d’aménagement du territoire devront être mis en place afin d’assurer une gestion communautaire durable des espaces concernés.
« L’objectif est de répondre simultanément aux défis climatiques et à la forte demande en bois-énergie de Kinshasa », explique Jean Marie Bolika, chef du projet.
Face à l’urbanisation croissante de Kinshasa et à la consommation massive de charbon de bois, le PAKN ambitionne de créer des sources alternatives d’approvisionnement énergétique afin de limiter l’exploitation anarchique des forêts naturelles. Le choix de l’Acacia n’est pas anodin. D’après Jean Marie Bolika, cette essence présente une forte capacité d’adaptation aux zones de savane et offre des résultats déjà éprouvés dans plusieurs expériences agroforestières menées en RDC. Le projet reste toutefois ouvert à l’introduction future d’autres espèces, notamment fruitières, après des études de faisabilité et des validations techniques.
Au-delà de l’aspect environnemental, le projet entend également améliorer les conditions de vie des populations locales. Les ménages participant aux plantations recevront une rémunération dans le cadre des Paiements pour les Services Environnementaux (PSE). Chaque hectare aménagé donnera lieu à un paiement estimé à 5 dollars, présenté comme une compensation des efforts fournis par les communautés dans la restauration des paysages. Pour les responsables du projet, ces revenus doivent permettre aux familles de couvrir certaines dépenses essentielles, notamment la scolarité des enfants ou les besoins du ménage.
Le numérique au service de la transparence

L’une des innovations du PAKN réside dans le mécanisme de paiement digital envisagé. Chaque producteur ciblé devra disposer d’un téléphone afin de recevoir directement les fonds via des systèmes numériques. Cette approche vise à renforcer la traçabilité des paiements et à réduire les risques liés aux circuits informels souvent dénoncés dans la gestion des projets communautaires.
« Le système est conçu pour garantir plus de transparence et assurer que les bénéficiaires reçoivent directement les montants prévus », souligne Jean Marie Bolika.
Le projet prévoit également un mécanisme de contrôle des performances. Car, le paiement des producteurs dépendra notamment du rendement observé sur chaque hectare planté. Le suivi sera assuré à plusieurs niveaux, avec l’implication des structures locales, des services territoriaux, provinciaux et nationaux, ainsi que des mécanismes communautaires de vérification. Les Fonds de Développement Communautaire (FDM) seront notamment chargés de contrôler les superficies effectivement aménagées.
Si le projet accompagne la production agroforestière, il ne prendra pas directement en charge le transport des produits vers Kinshasa. Les responsables misent plutôt sur la structuration progressive d’une chaîne de valeur capable d’assurer l’écoulement du bois-énergie et des produits agricoles vers les grands centres de consommation. Le PAKN s’inscrit enfin dans une dynamique de complémentarité avec plusieurs initiatives déjà développées dans la région, notamment les expériences de Mampu, Big Village, KMCC ainsi que les acquis des anciens projets PIREDD. Pour ses promoteurs, cette synergie constitue un levier essentiel pour garantir la durabilité du projet et renforcer son impact sur les communautés locales comme sur la protection des écosystèmes forestiers.
Share this content:
