Alors que la loi forestière de 2002 prévoyait explicitement l’élaboration d’une politique forestière nationale (conformément aux articles 4 et 5), le processus, entamé puis relancé à plusieurs reprises, reste dans l’impasse. Un spécialiste du droit de l’environnement interpelle aujourd’hui les acteurs sur cette inertie préjudiciable. Dans une réflexion effectuée ce mercredi 14 janvier, Félix Crédo Lilakako Malikuka, Président du Conseil d’Administration de l’ONG Juristes pour l’environnement au Congo (JUREC), a révélé que cette situation crée un vide stratégique dommageable.
« La politique forestière nationale est un document du Gouvernement qui entend définir sa vision de la gestion du secteur forestier pour les années à venir », explique-t-il. Pour lui, cette politique est pourtant considérée comme un outil essentiel pour concilier valorisation économique, protection de la biodiversité, lutte contre la pauvreté et contre les changements climatiques.
Le processus, bien qu’inscrit dans la loi depuis 2002, a connu des avancées timides. Un premier draft a été produit en 2011 avec l’appui de la FAO, sans jamais être validé. Les discussions ont été relancées il y a quelques années, aboutissant à un diagnostic du secteur et à une version révisée du document de politique. Mais le pays « peine à se doter d’un document élaboré dans un contexte inclusif, participatif et collaboratif », constate l’expert.
Face à ce blocage persistant, de nombreuses questions se posent. « Le processus d’élaboration de la politique forestière serait-il réservé à une catégorie de parties prenantes, dont chacune se tire la couverture de son côté ? », s’interroge Me Lilakako Malikuka. Il pointe un risque de confusion des rôles entre l’administration, le secteur privé et la société civile, où chacun défendrait prioritairement ses intérêts et sa vision, au détriment d’un consensus national.
Pour sortir de cette impasse, le responsable de JUREC en appelle à la responsabilité première du ministre en charge des Forêts.
« Il revient tout naturellement au Ministre en charge des forêts de prendre des mesures fortes d’arbitrage des parties prenantes », affirme-t-il, rappelant que le Code forestier attribue clairement cette mission à son département. L’expert souligne que formuler une telle politique nécessite de « concilier différents intérêts sur la manière d’utiliser et de protéger les forêts, intérêts parfois en conflit ».
Me Félix Credo Lilakako presse donc le ministre de jouer son rôle de médiateur et de fixer un calendrier impératif.
« Il est important que le Ministre en charge des forêts définisse un délai ferme d’adoption de cette politique », insiste-t-il, craignant que « l’élaboration de la politique forestière en RDC [ne] devienne un processus chronophage, au grand dam du secteur forestier congolais et des communautés locales et peuples autochtones qui en vivent et en dépendent ».
Cette organisation congolaise appelle le gouvernement à reprendre la main sur ce dossier crucial pour permettre aux forêts congolaises de jouer pleinement leur rôle écologique, social et économique. L’appel de JUREC est lancé dans un contexte où la République Démocratique du Congo, qui abrite environ 155 millions d’hectares de forêts tropicales, peine depuis plus de deux décennies à se doter d’un cadre stratégique clair pour gérer durablement ce patrimoine exceptionnel.
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