Les mécanismes de marché prévus par l’article 6 de l’Accord de Paris et le dispositif CORSIA (Régime de compensation et de réduction de carbone pour l’aviation internationale) sont au cœur des débats d’un atelier de deux jours qui se tient depuis ce mardi 17 mars à Kinshasa. Organisé par la Banque mondiale en collaboration avec l’Autorité de Régulation du Marché du Carbone (ARMCA) et Climate Focus, sous la coordination de l’Unité de Coordination du Programme des Initiatives Forestières (UC-PIF), cet atelier vise à permettre au gouvernement congolais de maximiser ses bénéfices et de minimiser les risques liés à la vente des réductions d’émissions (RE) excédentaires du Fonds de Partenariat pour le Carbone Forestier (FCPF).
Avec plus de 60 % des forêts du bassin du Congo sur son territoire, soit un potentiel de 152 millions d’hectares de forêts, la République Démocratique du Congo se positionne comme un acteur incontournable du marché carbone mondial. Cette richesse naturelle explique la multiplication des projets couvrant potentiellement plus des deux tiers des forêts congolaises, visant à monétiser la déforestation évitée. Cependant, le secteur souffre encore d’un manque de réglementation stricte, un défi que cet atelier entend contribuer à relever.
Les travaux réunissent des acteurs clés tels que les institutions publiques, secteur privé, société civile, partenaires techniques et financiers, représentants du ministère de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle Économie du Climat (MEDD-NEC), de l’ARMCA, du ministère des Finances, ainsi que l’équipe en charge des négociations climatiques internationales auprès de la CCNUCC.
Cet espace se veut un cadre de dialogue où chaque acteur peut exprimer ses besoins, qu’il s’agisse de la compréhension des mécanismes, de la maîtrise du système de Mesure, Rapportage et Vérification (MRV) ou de la commercialisation des crédits carbone.
Lors de cette première journée, des experts ont présenté plusieurs thématiques notamment, sur le bilan de la Contribution Déterminée au niveau National (CDN 2.0) et un aperçu de la CDN 3.0 ; l’état des lieux des capacités nationales et l’opérationnalisation de l’ARMCA ; un rappel sur les dynamiques des Marchés Volontaires du Carbone (atelier d’octobre 2025) ; une analyse approfondie de l’article 6 de l’Accord de Paris et du mécanisme CORSIA.
L’article 6 de l’Accord de Paris établit un cadre pour la coopération volontaire entre pays afin d’atteindre leurs objectifs climatiques (CDN), en utilisant des marchés carbone et des mécanismes non marchands. Il permet l’échange de crédits carbone internationaux tout en garantissant l’intégrité environnementale et en évitant le double comptage.
Le mécanisme CORSIA (Régime de compensation et de réduction de carbone pour l’aviation internationale), quant à lui, est un dispositif de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) visant la neutralité carbone du secteur aérien. Son application en RDC est progressive : le suivi des émissions (MRV) est requis, mais la compensation financière reste volontaire avant de devenir obligatoire.
Dans son mot d’ouverture, Patrice Savadogo, chargé de projet auprès de la Banque mondiale, a rappelé l’importance stratégique de la RDC. « La RDC abrite l’une des plus grandes réserves de carbone au monde, notamment ses forêts et ses tourbières, un patrimoine dont la protection profite à toute l’humanité. Il est donc légitime que cette contribution soit reconnue, valorisée et financée à sa juste mesure. »
Il a souligné les progrès réalisés : « Ces dernières années, la RDC a réalisé des progrès significatifs en mettant en place les bases nécessaires à son engagement dans le marché carbone. Les cadres institutionnels et juridiques de la REDD+ ainsi que le système MRV constituent des acquis solides sur lesquels nous devons continuer à bâtir. Le programme de réduction des émissions de Maï-Ndombe, soutenu par la Banque mondiale, illustre un partenariat gagnant-gagnant pour le pays. »

Patrice Savadogo a conclu sur les objectifs de l’atelier : « Nous allons examiner la préparation de la RDC à ces mécanismes, ainsi que les étapes nécessaires pour accéder efficacement au marché carbone. La RDC dispose de tous les atouts pour devenir un acteur incontournable : ressources naturelles, volonté politique et expertise technique en progression. Il nous revient de transformer ces atouts en opportunités concrètes de développement durable. »
L’ARMCA, garant de l’intégrité du marché
Guy Nsima, Directeur général de l’ARMCA, a insisté sur le rôle de son institution.

« Durant ces deux jours, nous allons travailler à renforcer la crédibilité, la transparence et la compréhension des mécanismes du marché carbone par l’ensemble des parties prenantes. Le marché carbone en RDC suscite un intérêt croissant de la part des investisseurs, des communautés locales et des partenaires. Il est essentiel de définir une trajectoire claire afin de garantir une participation efficace et crédible du pays à ces mécanismes internationaux », a-t-il insisté.
Mis en œuvre par le MEDD-NEC, le Programme FCPF de la Banque mondiale en RDC est un programme pilote sur la REDD+ et les marchés carbone. À ce jour, ce programme a généré, d’après les chiffres officiels, près de 1,7 million de réductions d’émissions (RE) excédentaires pour la période de notification 2019-2020, et des volumes additionnels sont attendus pour les prochaines périodes bi-annuelles de notification, jusqu’en 2024.
En organisant cet atelier, la Banque mondiale vise une compréhension collective renforcée des mécanismes et opportunités liés aux articles 6.2 et 6.4 de l’Accord de Paris, ainsi qu’une meilleure appréhension par les parties prenantes de l’état d’avancement du cadre institutionnel nécessaire pour participer aux marchés de l’article 6.2.
Les discussions se poursuivront ce mercredi 18 mars avec des sessions participatives et des travaux en groupes thématiques, afin de dégager des recommandations opérationnelles pour positionner la RDC comme un acteur majeur et crédible du marché carbone international.
Bertin Al-bashir
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