Kinshasa accueille depuis jeudi 2 avril, les travaux de l’atelier national de validation de la Politique Forestière Nationale (PFN). Placé sous l’égide du ministère de l’Environnement, du Développement Durable et de la Nouvelle Économie du Climat (MEDD-NEC), cet atelier se déroulera jusqu’au samedi 4 avril. Il permettra à l’ensemble des parties prenantes de mener des échanges et des discussions en groupe sur le document élaboré par le consultant, d’amender les contributions de la société civile et, enfin, de le valider. Cette rencontre marque une étape décisive dans la gouvernance forestière de la RDC.
Plus de trois cents participants venus de tous les horizons du pays – ministres provinciaux, représentants de la Présidence et du Parlement, industriels du bois, associations d’exploitants artisanaux, ONG nationales et internationales, universitaires, représentants des communautés locales et peuples autochtones – se sont réunis pour cette occasion.
Pendant trois jours, les organisateurs ont prévu une plénière au cours de laquelle les groupes de travail présenteront leurs recommandations et enrichiront le document final. Les discussions ne se limiteront pas à de simples amendements administratifs : elles aborderont des questions fondamentales telles que la gouvernance, la durabilité économique et l’inclusion effective des populations locales.
Dans son allocution d’ouverture, la ministre du MEDD, Marie Nyange Ndambo, a rappelé l’importance des 170 millions d’hectares forestiers que possède la RDC, soit environ 10 % des forêts tropicales mondiales. Elle a également évoqué le rôle crucial des forêts congolaises dans la séquestration du carbone, la fourniture de produits forestiers et la création d’emplois.
Cependant, la ministre a apporté une nuance nécessaire : « Malgré l’existence du Code forestier de 2002, la prédominance de l’informel, la faiblesse de la valeur ajoutée nationale et le manque de recettes publiques montrent que la réglementation seule n’a pas suffi à structurer le secteur. Le vrai défi réside dans la capacité du gouvernement et des partenaires à transformer ces textes en pratiques opérationnelles effectives sur le terrain, notamment dans les zones reculées où la déforestation illégale et l’exploitation non contrôlée persistent. »
Pour sa part, la secrétaire générale du MEDD, Pascaline Mbangu Kikumbi, a précisé qu’après intégration des amendements jugés pertinents, la PFN sera soumise au Conseil des ministres. Mais elle a également soulevé une interrogation de fond : « Cette démarche technique est nécessaire, mais le calendrier et les procédures permettront-ils une appropriation effective par les administrations provinciales et locales ? »
Selon plusieurs experts, une validation formelle ne garantit pas que la politique sera appliquée de manière homogène sur l’ensemble du territoire, particulièrement dans les provinces où les capacités institutionnelles restent limitées et où la pression sur les ressources forestières est la plus forte.
La société civile au cœur du processus

Des observateurs du secteur soulignent que l’efficacité réelle de tels ateliers dépend beaucoup de la capacité à intégrer les voix des communautés locales dans les décisions concrètes, au-delà des discours protocolaires et des sessions plénières. En RDC, les travaux de contribution sur le document de la PFN ont été engagés par plusieurs organisations de la société civile environnementale : le Groupe de travail forêt (GTF), le Groupe de travail Climat REDD Rénové (GTCRR), le Conseil pour la défense environnementale par la légalité et la traçabilité (CODELT), ainsi que l’ASBL Actions pour la promotion et protection des peuples et espèces menacés (APEM).
Si les recommandations fournies par ces organisations sont correctement suivies, elles pourraient renforcer la légitimité de la PFN et sa capacité à répondre aux défis environnementaux et sociaux de la RDC. L’issue de cet atelier est donc attendue comme un test majeur de la volonté politique et de l’engagement collectif en faveur d’une gestion durable et inclusive des forêts congolaises.
La Rédaction
Share this content:
