Un dialogue multipartite consacré à la réforme foncière et à la promotion des droits des peuples autochtones s’est ouvert ce jeudi 9 avril 2026, lors d’un atelier à Kinshasa. Cette rencontre réunit des représentants des institutions publiques, de la société civile, des partenaires internationaux ainsi que des communautés locales. Organisées par l’ONG Actions pour la promotion et protection des peuples et espèces menacés (APEM-RDC) en partenariat avec le Forest Peoples Programme (FPP), ces assises de deux jours visent à renforcer la gouvernance foncière et à promouvoir une gestion durable des ressources naturelles, dans le respect des droits des peuples autochtones pygmées.
En effet, cet atelier intervient dans un contexte marqué par des avancées importantes, notamment l’adoption, en 2022, de la loi portant protection et promotion des droits des peuples autochtones pygmées. Cette loi reconnaît notamment leurs droits à la terre, à la participation et à la protection de leurs moyens de subsistance. De surcroît, la décision de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples concernant le litige entre les communautés pygmées du Parc national de Kahuzi-Biega et l’État congolais renforce les appels à une meilleure prise en compte de leurs droits.
Dans son allocution d’ouverture, le Coordonnateur national de l’APEM-RDC, Blaise Mudodosi, a insisté sur l’importance de concilier conservation des forêts et respect des droits humains.
« Cet atelier s’inscrit dans le cadre de nos efforts visant à promouvoir une gestion durable des ressources naturelles et des écosystèmes forestiers, tout en garantissant les droits des communautés locales, en particulier ceux des peuples autochtones pygmées », a-t-il précisé.
Avant d’ajouter : « Notre pays avance sur plusieurs réformes sectorielles. Je peux citer la réforme foncière en cours, l’aménagement du territoire, et la réforme forestière aussi en cours, sans oublier la création du Corridor Vert Kivu – Kinshasa. En tant qu’organisation de la société civile, nous sommes préoccupés par la cohérence des réformes menées dans plusieurs secteurs ».
Me Blaise Mudodosi a également rappelé que la RDC abrite près de 60 % des forêts du bassin du Congo, tout en soulignant que les peuples autochtones continuent de subir la marginalisation, la discrimination et les déplacements forcés, notamment lors de la création d’aires protégées.
De son côté, Lassane Kone, représentant de Forest People Programme (FPP), a salué la tenue de cet atelier qu’il considère comme un cadre essentiel pour faire avancer les réformes.
« La réforme foncière doit impérativement intégrer les droits des peuples autochtones et des communautés locales. Leur participation effective aux décisions qui concernent leurs terres est une condition essentielle pour une gouvernance équitable ». Il a également souligné l’importance d’assurer un accès équitable aux ressources et aux bénéfices issus de leur exploitation.
Le rôle des institutions des droits de l’homme

Représentant la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), Djafari Ramazani a mis en avant le rôle de son institution dans la protection des droits des populations vulnérables.
« La question foncière est au cœur de nombreux conflits. Il est crucial de garantir les droits des peuples autochtones afin de prévenir les violations et de promouvoir la justice sociale, car la décision rendue par la Commission africaine des Droits de l’homme et des Peuples autochtones interpelle notre responsabilité collective quant à la nécessité de concilier la conservation de la nature avec le respect des droits de l’homme », a déclaré Djafari Ramazani
Une réforme attendue dans le secteur forestier
Pour Edgar Bembole, Directeur de la division forestière, la réforme foncière constitue une opportunité majeure pour améliorer la gouvernance des ressources naturelles.
« Nous devons travailler à une meilleure articulation entre la législation foncière et les réalités du terrain, afin de garantir une gestion durable et inclusive des forêts ». Il a par ailleurs insisté sur la nécessité de concilier les impératifs de conservation avec les besoins des populations locales.
L’implication des autorités coutumières

Enfin, Augustin Mungini, Secrétaire général aux affaires coutumières, a souligné l’importance du rôle des autorités traditionnelles dans la gestion foncière.
« Les terres en RDC sont profondément ancrées dans les pratiques coutumières. Toute réforme doit prendre en compte ces réalités pour être efficace et acceptée par les communautés ». Pour lui, la condition des peuples autochtones pygmées requiert une attention assidue parce qu’ils sont considérés comme une communauté humaine vulnérable.
Signalons que la clôture de cet atelier interviendra ce vendredi sur des recommandations adressées aux différentes parties prenantes pour la protection et la promotion des droits des peuples autochtones pygmées en RDC.
Onesime Lukau
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