La situation des défenseurs de l’environnement et des droits fonciers en République démocratique du Congo demeure particulièrement préoccupante. C’est ce que révèle un nouveau rapport publié par l’Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH), qui documente une série de violations graves commises entre août 2025 et mars 2026 à l’encontre des militants engagés dans la protection des ressources naturelles et des communautés locales.
D’après ce rapport, la RDC, malgré son rôle stratégique dans la lutte contre le changement climatique et la préservation de la biodiversité mondiale, le pays reste un environnement hostile pour les acteurs qui défendent les forêts, les terres communautaires, les écosystèmes et les droits des populations affectées par l’exploitation des ressources naturelles.
Cependant, au cours de la période étudiée, l’ACEDH a recensé 31 cas de violations graves des droits et libertés des défenseurs de l’environnement et fonciers. Parmi ces cas figurent notamment six assassinats ou meurtres, seize poursuites-bâillons, plusieurs menaces de mort, arrestations arbitraires, enlèvements ainsi que des atteintes au droit de propriété. À cet effet, l’organisation souligne que les poursuites stratégiques contre la mobilisation publique (SLAPP) constituent aujourd’hui la principale forme de répression. Selon le rapport, ces poursuites-bâillons représentent plus de la moitié des cas enregistrés et servent principalement à dissuader les défenseurs de poursuivre leurs actions de dénonciation des abus liés à l’exploitation des ressources minières, forestières et foncières.
Le rapport met en évidence plusieurs tendances préoccupantes notamment, la criminalisation croissante de l’action environnementale, l’instrumentalisation de la justice, les assassinats ciblés de leaders communautaires, l’accaparement des terres et les restrictions des libertés fondamentales. Néanmoins, les provinces du Haut-Uélé, de la Tshopo, du Maniema, de l’Équateur et du Nord-Kivu figurent parmi les zones les plus touchées par les poursuites-bâillons, souvent liées aux activités minières et forestières.
Derrière ces violations se trouvent, selon l’ACEDH, plusieurs catégories d’acteurs, allant des groupes armés aux autorités administratives et sécuritaires, en passant par des réseaux liés à l’exploitation des ressources naturelles et à l’accaparement foncier. Le rapport dénonce également un contexte marqué par l’impunité, la corruption et les insuffisances du cadre juridique destiné à protéger les défenseurs des droits humains.
Des appels urgents aux autorités

Face à cette situation, l’organisation appelle les autorités congolaises à ouvrir des enquêtes sur les assassinats, disparitions forcées et arrestations arbitraires visant les défenseurs de l’environnement. Elle recommande également la révision de la loi relative à la protection des défenseurs des droits humains, le renforcement des mécanismes de sécurité dans les zones d’exploitation des ressources naturelles et la mise en place d’une campagne nationale contre les poursuites-bâillons.
Dans ses recommandations, l’ACEDH insiste sur la nécessité d’une solidarité accrue des partenaires techniques, financiers et diplomatiques pour renforcer les mécanismes de protection des défenseurs de l’environnement. L’organisation salue, à cet égard, l’appui déjà apporté par plusieurs institutions internationales, dont les interventions ont contribué à protéger certains militants et à obtenir la remise en liberté de défenseurs injustement détenus.
Par ailleurs, le rapport rappelle que la protection des défenseurs de l’environnement constitue une condition indispensable à la préservation de la biodiversité, à la justice climatique et à la gestion durable des ressources naturelles en RDC. Elle estime que sans garanties effectives de sécurité et de liberté pour ces acteurs, les ambitions du pays en matière de développement durable et de leadership climatique risquent d’être compromises.
Onesime Lukau
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