Le jeudi 24 juillet 2025 est le jour du dépassement planétaire. Jamais le seuil d’épuisement des ressources renouvelables de notre planète n’avait été franchi aussi tôt dans l’année. Le Jour du dépassement est établi par l’ONG Global Footprint Network et déterminé à partir de l’empreinte écologique de chaque pays. Il signifie que l’humanité, et plus précisément sa part la plus riche, vit « à crédit écologique » sur le dos de la planète.
À compter de ce 24 juillet donc, l’humanité a consommé l’ensemble des ressources naturelles que la planète est capable de produire en un an pour se régénérer ou absorber les déchets produits.
Une population mondiale avec des aspirations matérialistes plus importantes
« C’est le Jour du dépassement le plus tôt depuis la création de l’indicateur », affirme Mathis Wackernagel, co-fondateur du Global Footprint Network. Il est l’un des pères de l’empreinte écologique. Il a accepté de répondre à quelques questions de GoodPlanet Mag’ : « nous continuons encore d’augmenter notre consommation d’énergies fossiles partout dans le monde. Malgré un essor des renouvelables qui la croissance des fossiles, l’usage des énergies fossiles ne cesse de croître. Nous sommes aussi de plus en plus nombreux et avec davantage d’aspirations matérielles. Ce qui aboutit à une empreinte écologique plus élevée. »
1,8 planète Terre
« L’humanité utilise actuellement la nature 1,8 fois plus rapidement que ce que la régénération de l’ensemble des écosystèmes de la Terre permet », affirme le Global Footprint Network. Année après année, malgré un recul dû à la pandémie de Covid-19, le Jour du dépassement survient de plus en plus tôt, reflet d’un appétit vorace pour les ressources naturelles.
« Le dépassement est seulement la seconde menace la plus importante à laquelle l’humanité est confrontée, l’ignorer est la plus importante »
Devenu un marronnier de l’actualité écologique, le Jour du dépassement devrait cependant être un signal d’alarme. Pourtant, depuis près de 20 ans, il tombe en été, ce qui atténue sans doute la caisse de résonance que devrait obtenir une telle information. Au même titre que d’autres signaux sur l’état de la planète portés à la connaissance de tous par les scientifiques, les citoyens et les ONG. « Le dépassement est seulement la seconde menace la plus importante à laquelle l’humanité est confrontée, l’ignorer est la plus importante », résume laconiquement Mathis Wackernagel.
« Le rythme de croissance de la consommation des ressources s’est néanmoins ralenti ces 15 dernières années », fait remarquer Mathis Wackernagel. Et, « il est difficile de dire pour quelles raisons. Il y a certes des efforts pour diminuer les émissions de carbone, mais leur rythme est beaucoup trop lent. »
Derrière le dépassement, des inégalités socio-économiques et une question de vision du monde
Le dépassement concerne l’ensemble de la planète, mais les responsabilités ne sont pas les mêmes puisque la consommation des ressources dépend en grande partie du niveau de vie. Néanmoins, Mathis Wackernagel observe que « les pays riches semblent réduire leur empreinte par habitant, bien que ce soit lent. »
Ce que montre l’empreinte écologique basée sur la biocapacité (la faculté de la nature à produire des ressources renouvelables et à absorber déchets et pollutions) est que le mode de vie de nombreux pays n’est pas soutenable. Ainsi, si tout le monde vivait comme un Américain, il faudrait 5 planètes, comme un Français 3 planètes et 2,5 comme un Chinois, contre 0,7 pour un Indien. Bien sûr, ces chiffres ne tiennent pas compte des inégalités au sein d’un pays. Mais, plus une nation est industrialisée et recourt aux énergies fossiles et à l’extraction de ressources, plus son empreinte écologique est forte.
Certains pays, notamment les moins avancés économiquement, ont encore des ressources en biocapacité, notamment des écosystèmes riches et variés comme les forêts primaires, les mangroves ou les zones humides.
Mais, les ressources naturelles et les écosystèmes sont rarement perçus autrement d’un point de vue économique que comme des éléments à exploiter afin d’en tirer un revenu, peu importe si cela implique leur dégradation. Or, les exploiter de manière déraisonnée nuit à leur préservation.
Se pose alors la question de reconnaître, voire de rémunérer, la préservation de l’environnement. « Aussi, note Mathis Wackernagel, nous avons trouvé que les pays avec de grandes réserves de biocapacité commencent à se rendre compte qu’ils ne sont pas assez rémunérés pour leur rôle et que valoriser la préservation de la biocapacité devrait l’être davantage. Les discussions sur le sujet avancent ».
Il fait allusion aux négociations internationales sur le climat et la biodiversité où les enjeux de rétribuer la préservation des milieux et des ressources font l’objet d’âpres discussions entre les pays riches et les pays en développement.
Il y a, selon le fondateur du Global Footprint Network, des enjeux vitaux. « La sécurité des ressources est un facteur clef pour tout le monde, et plus spécifiquement pour ceux avec le moins de moyens économiques. » Il ajoute que « une entité qui ne voit pas ses actions en faveur de la durabilité comme un avantage pour soi va sous-performer. » Mais, il regrette que « notre culture actuelle nous pousse à croire que nous sommes coincés dans une position de passager clandestin » tout en rappelant que des solutions existent déjà pour réduire l’impact. Elles résultent de choix individuels et collectifs.
Le Global Footprint Network a listé plus d’une centaine de solutions dans le domaine de l’énergie, et du climat, de l’alimentation, de la population et de la préservation de la planète. Aucune d’entre elles, à elle seule, ne permet de résoudre le défi écologique dans sa complexité, mais cumulées, elles permettent de réduire l’impact écologique des modes de vie. Elles vont de végétaliser l’alimentation, à consommer local tout en faisant durer les produits, préserver les écosystèmes ou encore réduire les émissions de gaz à effet de serre…
Paul Shrivastava, professeur à l’université de Pennsylvanie et co-président du Club de Rome commente : « empêcher le défaut de paiement financier et écologique dépend de notre volonté et de notre capacité à rembourser la dette. La bonne nouvelle est qu’il est encore possible d’éviter de se retrouver piégé par la dette écologique. Nous en avons économiquement la capacité. Il faut maintenant développer la volonté d’y parvenir du consommateur jusqu’aux gouvernements qui déterminent les stratégies économiques. »
L’avis des experts de la Fondation GoodPlanet
« Chaque année, le jour du dépassement est plus précoce, signe alarmant que notre surconsommation des ressources naturelles progresse encore inexorablement. Mais, cette journée n’est pas seulement un marqueur de cette surexploitation, elle est aussi un révélateur des inégalités sociales de notre monde. Un monde où malgré des initiatives locales, l’élan global fait défaut. Un monde où la frénésie à exploiter dans l’inconséquence la plus totale des uns se fait au détriment des autres. La prise de conscience doit être générale, il faut des actions communes au service du bien commun. La bonne nouvelle c’est que nous savons que c’est encore possible. Il s’agit de la raison pour laquelle la Fondation GoodPlanet se mobilise depuis 20 ans.
Et de poursuivre :
« Nous connaissons les solutions ! », réagit Cédric Javanaud, le directeur de la Fondation GoodPlanet au jour du dépassement. Puis, il rappelle que notre monde reste dominé par des limites physiques même si celles-ci n’ont pas encore été franchies : « nous vivons à crédit écologique, la dette s’accumule, n’attendons pas le jour où la planète cessera de nous prêter. »
La Fondation GoodPlanet plaide en faveur d’une écologie positive et invite tout le monde à agir pour réduire son empreinte écologique.
Elle met à disposition de tout le monde un calculateur carbone. Afin d’agir pour réduire son empreinte, il faut déjà la mesurer pour la connaître. La Fondation GoodPlanet, par le biais de MyPlanet, accompagne notamment les organisations (entreprises et collectivités) dans cette démarche via des formations et de l’accompagnement dans les projets de responsabilité des organisations.
Manon Fredout, chargée de sensibilisation au sein de MyPlanet : « je crois que nous partageons toutes et tous la même envie : une vie juste et joyeuse pour l’humanité et surtout l’ensemble du vivant -humain ou non humain- sur notre unique planète. Les solutions existent, et chacune et chacun d’entre nous peut trouver son chemin pour y contribuer. Dans nos ateliers, nous redonnons envie d’agir en transmettant les ordres de grandeur d’impact des actions. Un autre levier puissant que j’aime utiliser : cultiver la joie et l’émerveillement, moteurs essentiels pour avancer collectivement. »
«Autour d’un diagnostic partagé sur l’état du monde et refusant la résignation, partout des personnes se mobilisent pour refuser la fatalité. Jean-Baptiste Poncelet, directeur du programme Action Carbone Solidaire au sein de la Fondation GoodPlanet le rappelle et estime que : « ce signal d’alarme nous rappelle que la transition écologique et solidaire est désormais incontournable».
«Partout dans les territoires les ONG locales s’engagent pour inventer et déployer des solutions durables. Dans un monde dominé par la globalisation et trop souvent par les intérêts privés, la société civile est à l’œuvre pour le bien commun. »
Tiré de GoodPlanet
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