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Alors que dans d’autres régions de la RDC l’art se limite souvent à la musique, au théâtre ou au dessin, à l’école Luyalu à Lusanga dans la province du Kwilu, il revêt une dimension plus large. Le Cercle d’Art des travailleurs des plantations congolaises (CATPC), utilise ainsi l’art comme levier pour mettre en place un centre de formation destiné aux jeunes de la communauté de Lusanga, tous âges confondus. Ceux-ci y suivent des cours variés, centrés notamment sur la transmission de connaissances artistiques.
Ced’art Tamasala, l’un des membres du CATPC, souligne cette mission de transmission.
« Nous transmettons notre savoir-faire aux jeunes des générations futures. Nous constatons que de nombreux musées en Occident exposent des objets sculpturaux anciens, mais sans aucune innovation, se contentant souvent de copies. En tant qu’héritiers de cette culture, notre rôle est de la sauvegarder en assurant sa transmission ».
De son côté, Lisette Kimpala précise que plusieurs formations sont organisées à l’intention des jeunes et des adultes : langues, dessin, coupe et couture, informatique, construction, etc.
« Tout cela est possible grâce au soutien de nos partenaires », ajoute-t-elle. Elle insiste particulièrement sur l’importance de l’anglais.
« Cette langue est essentielle pour nous. Nous voyageons parfois dans des pays anglophones et recevons souvent des visiteurs de ces régions. Apprendre l’anglais est donc nécessaire pour mieux communiquer ».
Et de poursuivre : « Notre site accueille tout le monde, y compris les visiteurs étrangers. Nos productions audiovisuelles sont généralement en français, en kikongo ou en lingala, mais nous veillons à ajouter des sous-titres en anglais pour élargir leur compréhension. Cela nous ouvre davantage sur le monde ».
Bien que diverses formations soient proposées, le programme phare du centre reste orienté vers les dimensions artistique, agroforestière et de reforestation. Il s’agit d’apprendre aux enfants à planter, à protéger l’environnement, à respecter l’écologie, mais aussi à sculpter et à dessiner.
Le CATPC a également marqué les esprits lors de son passage à la Biennale de Venise (Pays Bas) en 2024. Le catalogue de l’événement, intitulé « Célébration internationale du Blasphème et du Sacré », a été remis entre les mains de Constance Tekitila, représentante de l’équipe médias qui venait d’effectuer une mission sur place au CATPC.

« La Biennale de Venise est en quelque sorte la Coupe du monde de l’art », explique Ced’art Tamasala.
« C’était la première fois qu’une communauté de travailleurs des plantations y était invitée. Pour nous, le fait que cette célébration ait longtemps eu lieu sans notre participation équivalait à un blasphème. Notre première participation nous a permis de lever ce blasphème. Nous avons échangé nos sculptures contre des produits comme le cacao et l’huile de palme. Nous avons aussi eu le prêt de la sculpture Balo par le musée de Richmond, qui est restée neuf mois dans notre musée, le White Cube, avant d’être restituée ».
Au nom de toute l’équipe médias qui ayant accompagné cette visite, Constance Tekitila s’est dite impressionnée par l’ampleur du travail accompli par le CATPC, bien que celui-ci ne soit pas encore nationalement connu. Elle a réaffirmé l’engagement des médias congolais à soutenir les artistes du CATPC à Lusanga.
« Nous nous engageons à vous accompagner jusqu’au bout. Nous relaierons régulièrement vos activités en faisant des échos : articles et vidéos afin de vous faire connaître à travers toute la RDC ».
Bertin Al-bashir




