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Au cœur de la province du Kwilu, en République Démocratique du Congo, une initiative unique mêlant création artistique et régénération écologique prend racine depuis une dizaine d’années. À Lusanga, les membres du Cercle d’Art des Travailleurs des Plantations Congolais (CATPC) utilisent la vente de leurs œuvres d’art pour financer un ambitieux projet de reboisement et d’agriculture durable, inversant ainsi le schéma d’exploitation hérité de la période coloniale.
Au micro de Vers Vert-infos, le vice-président du CATPC, Ced’art Tamasala, explique le principe fondateur : « Au départ, c’est la plantation qui finançait l’art . Mais à présent, nous avons renversé la tendance. C’est plutôt l’art qui finance la plantation. Après la vente des œuvres, cela nous a permis d’acquérir des terrains afin de pratiquer l’agroforesterie ».
Cette approche inventive est née d’un constat d’injustice : les artistes manquaient de moyens pour voyager et exposer internationalement. Investir dans la terre est devenu une stratégie pour gagner en autonomie et créer une ressource locale pérenne.
Bien au-delà d’un simple collectif d’artistes, le CATPC s’est mué en une véritable communauté d’une centaine de membres, rassemblant dessinateurs, agronomes et autres talents unis autour d’une vision commune. Leur motivation première est de régénérer un écosystème ravagé par la monoculture intensive, qui avait entraîné une perte drastique de la biodiversité et, notamment, la disparition des chenilles, un aliment traditionnel essentiel.
En effet, leurs efforts portent déjà leurs fruits. La forêt, jadis asséchée, renaît et avec elle, la faune et la flore.

« Avant, notre brousse était sèche mais aujourd’hui, elle est devenue une forêt dense », se réjouit Ced’art Tamasala. Et d’ajouter : « C’est étonnant. (…) à ce jour, toute la population est au calme avec la recrudescence des chenilles ».
Sur leurs terres, maïs, manioc et diverses pépinières côtoient désormais des arbres en croissance, créant un paysage à la fois nourricier et restauré.
Le chemin n’est pas sans embûches. Les difficultés, reconnaît le vice-président, « sont énormes et ne manquent jamais ». L’acquisition du premier champ et son travail sans tracteur, nécessitant une cotisation pour louer des engins, témoignent de la précarité des moyens. Le collectif avance donc « dans la persévérance », soutenu par les conseils techniques d’experts et le parrainage de leur président, l’environnementaliste René Ngongo Mateso, conseiller de la république.
Pour Mathieu Kasiama, un des artistes planteurs, le projet a transformé un rêve en réalité. Il confie : « Ensemble avec les collègues, nous avons pu nous réunir malgré que nous soyons au fin fond. Nous travaillons pour le bien commun ».
Les revenus générés par l’art continuent d’alimenter le cycle vertueux, étant réinvestis à la fois dans l’agroforesterie et dans l’exposition des œuvres à l’étranger.
Face à ce succès embryonnaire, la communauté lance un appel. Son porte-parole souligne que leurs portes sont ouvertes à tout soutien et lance un appel aux partenaires et aux autorités : « Nous avons besoin d’une lumière sur nos projets ».
Alors que leur forêt communautaire s’étend, incluant même une future pharmacie traditionnelle avec des plantes médicinales, le CATPC prouve que l’art peut être un puissant levier pour faire reverdir la terre et nourrir l’espoir de toute une région.
Bertin Al-bashir




