Quatre-vingt-deux tracteurs agricoles flambant neufs ont été officiellement remis vendredi 13 mars, aux agences locales d’exécution (ALE) du Programme d’investissement pour la forêt et la restauration des savanes (PIFORES). La cérémonie s’est déroulée à Kinshasa sous la présidence de Pascaline Mbangu Kikumbi, secrétaire générale à l’Environnement, Développement durable et nouvelle économie du Climat, représentant la ministre Marie Nyange Ndambo. L’événement a réuni Patrice Savadogo, chargé de projet pour la Banque mondiale, et Mouna El Jaouhari, représentante de l’UNOPS, le bureau d’appui des Nations unies ayant assuré l’acquisition du matériel.
Le discours était clair : il ne s’agit pas seulement de labourer la terre, mais de changer de paradigme agricole. « Ces engins sont un levier de transformation économique et sociale », a insisté Clément Vangu Lutete, coordonnateur national de l’UC-PIF, en rappelant l’urgence de « sortir progressivement la production agricole paysanne de la forêt naturelle ».
Un aveu implicite de l’échec des méthodes traditionnelles face à la pression croissante sur les écosystèmes. Alors que les besoins des centres urbains en charbon de bois et en terres cultivables ne cessent de croître, la forêt congolaise subit une déforestation alarmante. La culture sur brûlis, pratique ancestrale mais de plus en plus destructive, grignote chaque année un peu plus le deuxième poumon vert de la planète.
Face à ce constat, le PIFORES, projet soutenu par la Banque mondiale, mise sur l’intensification écologique : plantations agroforestières à grande échelle et reboisement. L’objectif affiché est de préserver la biodiversité tout en augmentant la séquestration du carbone, un argument de poids pour la RDC sur la scène climatique internationale.
Présente à la cérémonie, la secrétaire générale à l’Environnement, Pascaline Mbangu Kikumbi, a souligné l’impact social de ce rééquipement. Au-delà du tracteur, c’est un tractoriste qui a été formé pour chaque machine. « Ces engins devront contribuer à améliorer les rendements, renforcer la sécurité alimentaire et créer des emplois pour les jeunes », a-t-elle détaillé, misant sur un effet domino dans les provinces concernées.

Pour Patrice Savadogo de la Banque mondiale, cette dotation répond à un défi logistique majeur : la mécanisation des zones rurales. « Rendre la mécanisation accessible, c’est permettre aux producteurs de restaurer les paysages à grande échelle », a-t-il analysé, voyant dans ces 82 unités un outil pour passer de l’agriculture itinérante à une agriculture durable et sédentaire.
Un déploiement dans sept provinces

Acquis via un accord de partenariat entre le ministère de l’Environnement et l’UNOPS, ces tracteurs seront déployés dans sept provinces du pays. Le PIFORES se veut une réponse directe à la déforestation et aux défis climatiques, en impliquant les communautés locales pour pérenniser les acquis.
Reste à savoir si ce geste technique, aussi important soit-il, suffira à inverser la courbe de la déforestation dans un pays où la pression démographique et la pauvreté rurale alimentent un cercle vicieux. La mécanisation, pour efficace qu’elle soit, ne pourra briser seule ce cycle sans un accompagnement global incluant la sécurisation foncière, l’accès aux marchés et le renforcement des capacités des communautés.
Le PIFORES incarne néanmoins une volonté politique de transformer en profondeur les pratiques agricoles, en offrant aux producteurs les moyens techniques de préserver la forêt tout en améliorant leurs conditions de vie.
Avec UC-PIF
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