À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes 2026, le Réseau Mwangaza a rendu public ce mercredi 11 mars un communiqué percutant. À travers la voix de ses membres, ce collectif d’organisations féminines interpelle les autorités congolaises sur un paradoxe frappant : alors que le droit à l’énergie est garanti par la loi, la précarité énergétique freine le développement et l’autonomisation des femmes et des filles en République Démocratique du Congo. L’objectif visé est d’assurer aux femmes un accès à une énergie propre, fiable, de qualité et à un coût abordable.
En RDC, l’accès des femmes à l’énergie reste extrêmement limité, particulièrement en zones rurales où plus de 80 % de la population vit sans électricité. Cette situation affecte directement la transformation agricole, la santé des femmes et leurs opportunités économiques. Paradoxalement, bien que les femmes jouent un rôle clé dans la gestion des ressources énergétiques domestiques, elles restent largement sous-représentées dans le secteur énergétique – moins de 5 à 10 % dans certains domaines techniques.
« L’énergie est le socle de la justice sociale et climatique. » C’est sur cette conviction que le Réseau Mwangaza a choisi de placer sa réflexion pour la Journée du 8 mars 2026, dont le thème mondial est « Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles ». Pour ces activistes, l’accès à une énergie fiable et propre n’est pas une simple question de confort, mais un droit humain fondamental, inscrit dans la loi mais bafoué dans les faits.
Dans ce communiqué lu par Arlette Basua Bamoyo, le Réseau rappelle le cadre légal pourtant clair.
La Constitution congolaise garantit le droit à l’énergie électrique (article 48) ; -la Charte africaine des droits de l’homme, via son Protocole sur les droits des femmes, engage l’État à assurer l’accès aux sources d’énergie domestique ; -la Loi n° 15/013 de 2015 vise à garantir l’égalité d’accès aux ressources nationales.Mais sur le terrain, la réalité est tout autre.
Le Réseau Mwangaza dresse un constat sans appel.

« -Santé et sécurité : les femmes et les filles sont les premières victimes de la « corvée de bois », supportant les risques sanitaires liés à la fumée toxique et l’insécurité lors de la collecte. -Économie : le déficit énergétique étouffe l’entrepreneuriat féminin. Sans électricité stable, les activités de transformation agroalimentaire et l’accès aux technologies numériques deviennent impossibles, perpétuant le cycle de la pauvreté. -Égalité : les inégalités de genre se creusent, car sans énergie, l’autonomisation économique des femmes reste un vœu pieux », peut-on lire dans le communiqué.
Secrétaire générale adjointe de l’ONG CODED, une des organisations membres du Réseau Mwangaza, Victorine Kilembe a approfondi l’analyse.
« Le thème droit, justice et action signifie que les droits reconnus doivent se traduire par des actions concrètes. En RDC, le droit à l’électricité existe dans plusieurs textes, notamment dans la Constitution, mais il doit encore se matérialiser dans la vie réelle. La Constitution, notamment son article 14, consacre l’égalité entre les hommes et les femmes, et cela a été suivi par une loi sur la parité ainsi que par plusieurs conventions internationales. Mais parler de droit, de justice et d’action pour les femmes reste difficile si celles-ci n’ont pas accès à l’énergie », a-t-elle analysé.
Victorine Kilembe a souligné le caractère transversal de l’énergie dans la vie des femmes.
« L’absence d’électricité pousse encore de nombreuses femmes à cuisiner au bois de chauffe ou à la braise, ce qui entraîne des problèmes de santé et contribue à la déforestation. Nous plaidons donc pour l’accès à une cuisson propre et à une énergie fiable, afin de protéger la santé des femmes tout en préservant les ressources naturelles. »
Un plaidoyer pour un cadre légal spécifique

Si une loi sur l’électricité existe, elle reste générale. Le Réseau Mwangaza plaide pour un cadre légal spécifique qui prenne en compte les besoins particuliers des femmes en matière d’énergie.
« Notre action repose sur le plaidoyer, les publications, le suivi des engagements de l’État et l’implication des femmes elles-mêmes dans cette lutte. L’adoption de lois spécifiques n’est pas impossible : comme pour la loi sur les personnes vivant avec handicap, tout commence par un combat et un plaidoyer. Le réseau espère ainsi qu’une réglementation adaptée permettra aux femmes d’accéder à l’énergie dans des conditions qui tiennent compte de leurs besoins spécifiques », a conclu Victorine Kilembe.
Face à cette situation, le Réseau Mwangaza ne se contente pas de pointer les problèmes. Il formule des recommandations concrètes pour une transition énergétique réellement inclusive, qui ne laisse « aucune femme dans l’obscurité » :
1. L’équité dans l’accès : Garantir une énergie propre, stable et abordable pour tous les foyers, sans discrimination. 2. La révolution de la cuisson : Déployer massivement des solutions de cuisson durable pour protéger la santé des femmes et des filles ainsi que les forêts congolaises. 3. L’éducation technique : Briser les plafonds de verre en finançant des bourses et des formations spécialisées pour les femmes et les filles dans les métiers des énergies renouvelables. 4. Le leadership féminin : Assurer une représentation paritaire aux postes de décision au sein des institutions énergétiques. 5. L’institutionnalisation du genre : Intégrer systématiquement l’approche genre dans chaque projet, loi ou politique énergétique nationale.
Signé par une coalition de dix organisations de la société civile, dont AFREWATCH, le CODED, ou encore Resource Matters, ce cri d’alarme du Réseau Mwangaza se veut un appel à l’action. Pour ces femmes, la lutte pour les droits et la justice passe désormais par la lumière.
Bertin Al-bashir
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