Alors que le gouvernement congolais relance activement le projet Inga III, présenté comme un pilier du développement énergétique national, plusieurs voix de la société civile se lèvent pour alerter sur ses implications. Parmi elles, le collectif Inga Watch s’impose comme un acteur clé du débat public. Dans une déclaration faite ce vendredi 27 mars 2026 à Kinshasa, ce collectif a exprimé de vives préoccupations concernant la gouvernance, les impacts sociaux et les retombées réelles du projet pour les populations congolaises.
Le projet Inga III bénéficie d’un regain d’intérêt politique et financier. Les autorités congolaises ambitionnent de faire du pays « le poumon énergétique de l’Afrique », avec l’appui d’investisseurs internationaux et d’institutions comme l’Agence de Développement et de Promotion des projets d’Inga (ADPI) et la Banque mondiale.
Un financement global estimé à 100 millions de dollars américains a déjà été approuvé pour soutenir les premières phases du programme, notamment en faveur de cinq territoires ciblés comme : Tshela, Luozi, Lukula, Seke Banza et Songololo. Cependant, malgré ces perspectives prometteuses, des interrogations persistent quant à la gestion et à l’orientation réelle du projet.
Dans un mémorandum rendu public, le collectif Inga Watch dénonce plusieurs points critiques concernant ce mégaprojet, notamment le manque d’implication de la société civile dans les discussions, avec un accès limité voire symbolique et sélectif aux instances de décision et aux processus de négociation relatifs au Grand Inga. Mais aussi une opacité dans les négociations et les accords liés au projet. Selon le collectif, les informations essentielles concernant les partenaires, les contrats et les conditions de financement restent insuffisamment accessibles au public.
Inga Watch craint que l’énergie produite serve d’abord des intérêts industriels ou d’exportation, au détriment des besoins domestiques des populations congolaises. Elle insiste également sur les conséquences sociales du projet, notamment les déplacements de populations, la perte de terres, l’insuffisance de consultation des communautés concernées. Le collectif appelle à une approche centrée sur les droits humains et la participation citoyenne.

Par ailleurs, Inga Watch met en garde contre une dépendance accrue vis-à-vis des partenaires étrangers. Il redoute que les retombées économiques du projet profitent davantage à des acteurs internationaux qu’à l’État congolais et à sa population. Pour Inga Watch, le développement énergétique ne peut être légitime que s’il est inclusif, équitable et respectueux des droits fondamentaux.
La déclaration du collectif Inga Watch met en lumière les tensions entre ambition économique et exigences sociales dans le cadre du projet Inga III. Si ce projet représente une opportunité majeure pour la RDC, il soulève également des questions cruciales sur la gouvernance, la justice sociale et la souveraineté nationale, et même la préservation de l’environnement.
Dans ce débat, la voix d’Inga Watch rappelle que le développement ne peut se faire sans transparence ni participation citoyenne, au risque de reproduire des inégalités déjà profondément ancrées.
Signalons que parmi les organisations de la société civile signataires de cette déclaration, figure le Centre congolais pour le droit du développement durable (CODED) que dirige Me Érick Kassongo, son Directeur exécutif.
Onésime Lukau
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