Le Salon Rouge du Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération Internationale a vibré au rythme de la 2ème édition du Forum de Haut Niveau sur le Développement Durable. Initié par le Centre Interdisciplinaire et de Recherche en Développement Durable (CIRADD), cet événement pose une question aussi provocatrice que lucide : « Pourquoi la RDC ne se développe-t-elle pas depuis 1960 ? ».
Dans son mot de circonstance à l’ouverture de cette 2èmeédition de la conférence sur le développement durable de la RDC, Florence Mogbekuma, membre de Comité Exécutif du CIRADD, a fait un constat est sans appel, soixante-six ans après l’accession de la RDC à l’indépendance en 1960.
« Le pays a traversé les époques en accumulant les revers de multiples cadres et programmes politiques. De la Zaïrianisation à l’Objectif 80, du Septennat du social aux Comités du Pouvoir Populaire (CPP), ou encore des Cinq Chantiers et de la Révolution de la modernité jusqu’au récent Programme National Stratégique de Développement (PNSD) : aucun n’a permis le décollage escompté », a indiqué Florence Mogbekuma.
Pour les organisateurs, cette remise en question brutale est indispensable. Elle oblige la nation à regarder ses propres faiblesses en face notamment les fragilités de l’État, les échecs successifs des politiques publiques, le déficit criant de planification, le manque de transparence et le fléau de la corruption, faisant de la RDC, un pays se trouvant à la croisée des chemins.
Penser par soi-même et pour soi-même : l’appel à l’Ubuntu
Devant un parterre de choix composé de députés, de sénateurs, de membres du Conseil Économique et Social, ainsi que du représentant du Recteur de l’Université de Kinshasa, le CIRADD a rappelé que ce forum n’est pas « une activité de plus » dans l’agenda kinois, mais un véritable examen de conscience.
Alors que le monde traverse des bouleversements majeurs et s’oriente vers la transition écologique et un ordre multipolaire, le CIRADD s’interroge : si l’Occident a forgé ses paradigmes grâce à des penseurs comme Adam Smith ou Karl Marx, l’heure n’est-elle pas venue pour la RDC de concevoir son propre modèle ?
S’inspirant de la sagesse africaine et de l’esprit de l’Ubuntu, Florence Mogbekuma a invité les participants à un retour aux sources pour décider souverainement de l’avenir du pays. En marchant dans les pas de figures tutélaires telles que Patrice Emery Lumumba, Mabika Kalanda ou Cheikh Anta Diop, le CIRADD souhaite imposer un nouveau narratif : « La RDC doit se réinventer ».
Ambitions concrètes pour 2050

Loin des sentiers battus et des théories économiques extraverties qui appauvrissent la périphérie au profit des anciennes métropoles, le Forum s’est fixé quatre objectifs majeurs à savoir, identifier avec précision les défis majeurs et les goulots d’étranglement qui freinent le développement durable en RDC, mettre en lumière les problèmes structurels qui bloquent encore l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD) et proposer des pistes de réflexion audacieuses pour le décollage économique et l’émergence du pays à l’horizon 2050.
Il s’agit également de stimuler la recherche-action sur ces problématiques afin de promouvoir une véritable création de richesse nationale.
Pour relever ce défi, un panel d’éminents universitaires et de hautes personnalités scientifiques a été mobilisé, avec commission, libérer les esprits des vieux complexes coloniaux pour proposer un modèle résilient et ancré dans les réalités congolaises.
Dans son intervention sur la balkanisation de l’économie congolaise, le Professeur Daniel Mulenda, Président du Comité Exécutif du CIRADD, a martelé entre autres sur les quatre erreurs stratégiques commises par la RDC, la balkanisation et la désintégration de l’économie en RDC, le modèle économique de sortie de crise proposé appelé capitalisme inclusif vert, avant d’évoquer les deux limites, inférieure axée sur le social et supérieure, axée elle sur l’écologie.
« J’invite particulièrement notre jeunesse à s’approprier cette œuvre noble et rénovatrice : penser, innover et modéliser le développement durable à partir de nos réalités locales », a souligné Florence Mogbekuma du CIRADD.
Cet appel vibrant au patriotisme, à la rigueur scientifique et à l’audace de la jeunesse a raisonné comme un signal d’espoir, le CIRADD ambitionnant de faire naître une nouvelle école de pensée congolaise, prête à impulser le changement pour ledéveloppement durable des générations et surtout futures.
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