À l’occasion de l’ouverture de sa session d’octobre, le président du Conseil Économique et Social (CES) de la République Démocratique du Congo, Jean-Pierre Kiwakana Kimayala, a prononcé un discours inaugural axé sur les grands défis socio-économiques et environnementaux du pays. Entre transition écologique, assainissement urbain et valorisation des marchés carbone, l’institution consultative appelle à une action concertée pour transformer le potentiel naturel de la RDC en réels leviers de développement.
Face à la dégradation persistante du cadre de vie dans la capitale, le CES a salué l’action d’urgence menée depuis le 25 juillet 2026 par la Task Force et le Service National. Toutefois, l’institution insiste sur la nécessité d’aller au-delà du simple nettoyage ponctuel.
En s’appuyant sur son Avis sur la gestion des déchets, le CES plaide entre autres pour l’instauration d’une véritable économie circulaire génératrice d’emplois durables pour la jeunesse et la création d’une brigade d’assainissement dotée d’outils coercitifs pour surveiller, contraindre et sanctionner sévèrement l’incivisme des ménages et des entreprises.
La COP31 et le défi de la finance climatique

Dans la perspective de la COP31 qui se tiendra du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya (Turquie), le CES estime que la question climatique est avant tout une question de développement, de souveraineté et de justice intergénérationnelle. La RDC doit cesser de se positionner uniquement sous l’angle de la vulnérabilité pour s’affirmer en tant que puissance détentrice d’un capital naturel stratégique.
Ainsi, le CES a formulé cinq engagements clés à ramener d’Antalya : un engagement financier clair pour l’adaptation et la résilience; un mécanisme pérenne de valorisation du capital naturel congolais; un portefeuille de projets climatiques et verts réellement bancables; un pacte national pour les emplois verts et la jeunesse, et un mécanisme national de suivi du « dividende climatique ».
Marché du carbone et protection des communautés locales
Abordant la question cruciale des écosystèmes forestiers et des tourbières, l’institution a rappelé que la conservation ne doit pas se faire au détriment des populations riveraines. S’appuyant sur de récentes données scientifiques (Professeur Raphaël Tshimanga et al., 2026), le CES met en garde contre la précarisation que pourrait engendrer une politique ignorant les usages locaux.
Dans ce contexte, l’adoption de l’ordonnance-loi n° 26/016 du 7 septembre 2026 relative au Marché du Carbone est saluée comme une avancée majeure. Le texte garantit notamment un partage équitable des bénéfices avec une part communautaire d’au moins 20% des revenus nets encaissés, ainsi que le respect du consentement libre, préalable et éclairé (CLPE).
Pour garantir l’efficacité de cette loi, le CES recommande de documenter rigoureusement les droits locaux, d’assurer une transparence totale des paiements à travers des audits indépendants, et d’affecter prioritairement les revenus aux services essentiels et aux infrastructures de base.
« L’efficacité de la loi sur le marché du carbone se jugera à la fois à la protection du carbone et aux changements constatés dans la vie des communautés qui contribuent à cette protection », a résumé l’institution.
Signalons que le président Kiwakana était également revenu sur la question des inondations en RDC et celle de la pollution minière dans le Grand Katanga.
Ruben Ns Mayoni
Share this content:
