65 ans après l’indépendance : la RDC face au défi de l’application de ses lois environnementales
Alors que la République Démocratique du Congo (RDC) célèbre ce lundi 30 juin 2025, le 65e anniversaire de son indépendance, la question de la gestion de ses immenses ressources naturelles reste un enjeu critique. Entre cadre juridique ambitieux et application défaillante, le pays peine à concrétiser ses engagements environnementaux. Dans une interview accordée à Vers Vert-infos, Me Félix Crédo Lilakako, Président du conseil d’administration de l’ONG Juristes pour l’Environnement au Congo (JUREC), dresse un bilan contrasté et appelle à une réforme en profondeur des mécanismes de contrôle et de sanction.
La RDC s’est imposée comme un acteur clé dans les négociations environnementales internationales, ratifiant les principales conventions sur le climat, la biodiversité et la désertification. Pourtant, selon Me Lilakako, cette présence masque une faiblesse structurelle : « Le pays arrive souvent dans ces arènes internationales sans position harmonisée. Les délégations manquent de coordination, et les messages portés manquent parfois de cohérence ».
Pour lui, cette improvisation mine l’influence du pays : « Nous avons les ressources, les experts, mais nous devons mieux préparer nos interventions. Anticiper les négociations, définir une ligne claire et former nos représentants : c’est la clé pour peser réellement dans les décisions ».
Sur le plan national, les avancées législatives sont indéniables d’après Me Félix Lilakako. Depuis l’adoption du Code forestier en 2002, la RDC a multiplié les textes encadrant la gestion de ses forêts, ses aires protégées et les droits des peuples autochtones. La Constitution elle-même consacre désormais le droit à un environnement sain.
« Nous avons une inflation législative positive, mais cela ne suffit pas », tempère Me Lilakako. « Le vrai défi, c’est l’application. Les textes sont là, mais les mesures d’exécution traînent, les inspections sont rares et les sanctions quasi inexistantes ».
Une carence qui s’explique, selon lui, par deux facteurs. D’abord, une administration environnementale sous-équipée, avec des services de contrôle manquant de moyens, de personnel et parfois même de volonté politique.
« Comment appliquer la loi quand les inspecteurs ne peuvent pas se déplacer sur le terrain », s’interroge le PCA de Jurec.
Ensuite, une justice indifférente, les magistrats qui méconnaissent les enjeux environnementaux. Résultat, les infractions sont rarement poursuivies, et les sanctions, pourtant prévues par la loi, presque jamais prononcées.
Ainsi, 65 ans après l’indépendance, le chemin pour la RDC d’une gestion environnementale orthodoxe reste encore long, voire très long malgré les avancées réalisées jusque là.
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