À la suite de la publication du « Baromètre d’accès à l’électricité en RDC » par la CORAP – qui révélait que près de 75 % des participants jugeaient la fourniture électrique « très faible » -, le Réseau Mwangaza tire à son tour la sonnette d’alarme. Lors d’un point de presse tenu ce mardi 9 décembre à Kinshasa, le réseau a exprimé sa vive inquiétude concernant les incohérences dans les données du secteur et a réclamé une harmonisation et une fiabilisation urgentes.
L’alerte fait suite aux déclarations du Ministre des Ressources Hydrauliques et Électricité, Aimé Molendo Sakombi, lors du Business Forum Makutano 2025. Le ministre y a annoncé que « le taux d’accès à l’électricité en RDC est passé de 9 % à 21,5 % en 5 ans, soit près de 200 % d’augmentation ».
Une affirmation qui a suscité le débat au sein du Réseau Mwangaza. Emmanuel Musuyu, coordonnateur du réseau, souligne qu’il faut distinguer le taux annoncé de la réalité vécue.
« Qui a réellement accès à l’énergie aujourd’hui ? Quelle quantité d’électricité est injectée dans le réseau face à une croissance démographique galopante ? Les chiffres annoncés ne correspondent pas à ce que vivent les populations. Elles restent dans le noir », s’interroge-t-il.
« Le Réseau Mwangaza estime qu’il faut aller plus loin : le ministère doit engager des moyens, responsabiliser ses structures, et produire des données de terrain fiables. Ensuite, il faut des projets concrets. Chaque jour, on nous parle de nouveaux projets… mais ils ne démarrent jamais. Ce que nous voulons, c’est du concret », a-t-il renchéri.
Emmanuel Musuyu met aussi en doute la réalisation des annonces.
« Concernant les 70 000 ménages annoncés : oui, ils sont ciblés. Mais nous voulons voir les ménages réellement connectés, leur économie locale évoluer. C’est ça l’objectif. Pas seulement des annonces ».
Dans un communiqué publié à l’appui de ce point presse, le réseau relève de fortes disparités entre les sources :
Le rapport 2024 de l’Autorité de Régulation du secteur de l’Électricité (ARE) mentionne un taux d’accès d’environ 10,3 % (différent d’un taux de desserte estimé à 28,6 %). Un rapport de la Banque mondiale (2023) évoque un taux de 22,1 %, pendant que le rapport 2024 de GOGLA parle de 19 %.
« En dépit de ces disparités, il est évident que la RDC compte parmi les pays subsahariens aux taux d’accès les plus bas. La faible production est consommée en grande partie par les industries minières. L’accès reste concentré en milieu urbain, contrairement au milieu rural où ce taux est estimé à 1 % », peut-on lire dans le document.
Les recommandations du Réseau Mwangaza

Face à ce constat, le réseau adresse trois recommandations claires au ministère des Ressources Hydrauliques et Électricité :
D’abord, harmoniser et publier les données fiables sur le taux d’accès à l’électricité à l’échelle nationale. Ensuite, désagréger ces taux par catégorie : ménages, entreprises minières, PME, etc. Enfin, rendre publics les mécanismes assurant la transparence et la redevabilité des projets en cours.
Malgré la volonté affirmée par le Président de la République d’améliorer l’accès à l’électricité – des propos qualifiés de « discours politique » par le réseau -, le Réseau Mwangaza reste sceptique quant aux progrès réels, particulièrement pour les populations rurales durablement laissées dans l’ombre.
Pour l’année 2026, le Réseau Mwangaza annonce des planifications énergétiques et des projets concrets intégrant les communautés locales à travers les actions claires.
Bertin Al-bashir
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