La problématique de l’accès à l’électricité en République Démocratique du Congo a été au cœur d’un dîner d’échange entre la Coalition des Organisations de la Société Civile pour le Suivi des Réformes et de l’Action Publique (CORAP) et la presse congolaise, ce lundi 1er décembre à Kinshasa. Cet événement visait à renforcer la collaboration entre la société civile et « les chevaliers de la plume » autour d’un enjeu national critique.
En présence de son chargé de programmes et de plaidoyer, la CORAP a dressé un bilan franc des défis du secteur électrique. Du délestage chronique au manque d’entretien des infrastructures, en passant par l’absence de fiabilité de l’approvisionnement même dans les lieux stratégiques, le secrétaire exécutif de l’organisation, Emmanuel Musuyu, n’a pas mâché ses mots pour exposer les dysfonctionnements de ce secteur vital.
À cette occasion, la CORAP a officiellement lancé le rapport approfondi, le « Baromètre d’accès à l’électricité en RDC ». Menée d’octobre 2024 à mai 2025 dans les 24 communes de Kinshasa, cette étude issue du sondage réalisé sur l’approvisionnement de l’électricité vise à suivre l’évolution de la desserte et le niveau de satisfaction des populations.
Les conclusions sont sévères. Près de 75 % des participants jugent la fourniture électrique « très faible ». Les causes principales identifiées sont le vieillissement des installations (64,8 %), la surcharge du réseau (11,6 %) et le recours à un personnel peu qualifié (10,7 %). L’enquête relaie les recommandations des citoyens : modernisation urgente des infrastructures, développement des énergies renouvelables décentralisées, lutte contre la corruption et meilleure gouvernance de la SNEL.

Musuyu interpelle le gouvernement et mise sur les médias
Le secrétaire exécutif de la CORAP, Emmanuel Musuyu, a exprimé sa confiance dans le rôle des médias pour amplifier ce plaidoyer.
« Plus de 70 % des habitants interrogés notent à 1 sur 10 la société nationale ou le gouvernement sur la question de l’électricité. Ils ne sont pas satisfaits », a-t-il souligné, pointant les pertes économiques dues aux coupures intempestives.
Il a vivement contesté les statistiques officielles : « Quand le ministre annonce un taux d’accès passant de 9 % à 21 %, nous estimons que cela ne reflète pas la réalité. Si la production n’augmente pas alors que la population croît, le taux réel diminue. C’est une relation logique. »
« Dire 21 %, c’est peut-être une déclaration politique. Nous voulons des statistiques réelles. Le gouvernement doit augmenter le budget alloué au secteur pour construire de nouvelles centrales. La population est en colère, l’économie du pays est impactée », a-t-il insisté.
En retour, les journalistes présents ont recommandé à la CORAP d’organiser des sessions de renforcement des capacités pour les professionnels des médias spécialisés sur ces questions techniques, une demande notée positivement par l’organisation.
Créée en 2013, la CORAP rassemble aujourd’hui plus de 50 organisations membres à travers la RDC. Sa mission est d’influencer positivement les politiques publiques en faveur des intérêts socio-économiques des communautés de base. Aux côtés du Réseau Mwangaza, elle milite pour un accès de chaque Congolais à une électricité fiable, durable et abordable, conformément à l’Article 48 de la Constitution.
Bertin Al-bashir
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