Le Bassin du Congo, système vital pour la régulation du climat mondial, fait face à des pressions « croissantes » et ne pourra être préservé qu’à travers une « science robuste », inclusive et tournée vers l’action. Tel est le message central du discours prononcé ce mercredi 7 par le Pr. Raphaël M. Tshimanga, Co-Président du Congo Basin Science Initiative (CBSI), à l’ouverture de cette conférence annuelle 2026 de l’organisation à l’hôtel saint François de Paule de Brazzaville.
Devant un parterre de scientifiques, de décideurs, de partenaires internationaux et d’étudiants, le Pr. Tshimanga a rappelé le rôle planétaire de cet écosystème : régulateur climatique, puits de carbone « colossal », sanctuaire d’une biodiversité exceptionnelle et soutien de millions de vies. Un écosystème aujourd’hui menacé par le changement climatique, la déforestation, la dégradation des sols et des tensions socio-écologiques.
Face à ces défis, le CBSI, initiative scientifique majeure lancée pour structurer la recherche dans la région, affiche une conviction forte.
« Il n’y aura pas de décisions durables sans science robuste ; il n’y aura pas de science utile sans interaction ; il n’y aura pas d’impact sans inclusion », a déclaré le Co-Président. Il a présenté le thème de la conférence -« Information, Interaction et Inclusion » – comme une véritable feuille de route, la déclinant aussi en « Data – Science – Policy » (Données – Science – Politique).
L’institution hôte salue une initiative cruciale

Le Professeur Parisse Akouango, Président de l’Université Marien Ngouabi, a exprimé sa satisfaction d’accueillir cet événement majeur.
« Nous sommes heureux de voir se réunir en ce lieu la communauté scientifique, soucieuse de la préservation et de la gestion durable du deuxième bassin, poumon écologique de la terre », a-t-il déclaré en ouverture.
Tout en rappelant les immenses richesses de la zone, il a souligné le déficit persistant de connaissances.
« La connaissance de cette grande zone est encore insuffisante, qu’on peut illustrer par des données sur la biodiversité et les cycles biogéochimiques », a-t-il constaté. Il a salué les « réalisations déjà enregistrées » par le CBSI, notamment la production du « rapport d’évaluation en 2025 sur le bassin du Congo, présenté lors de la COP30 à Belém », une contribution qualifiée de « précieuse ».
Le Professeur Akouango a également mis en avant les retombées concrètes de l’initiative pour la formation et la recherche locales.
« Nous nous réjouissons aussi de savoir que des bourses sont mises à la disposition des étudiants de Master et de doctorat… ainsi que des appuis accordés à certains laboratoires pour les travaux de terrain, dont ceux de notre institution ».
Replaçant l’enjeu dans un cadre national, il a rappelé l’importance d’une « recherche scientifique conséquente et de qualité » pour le développement durable, une « volonté politique » portée par les autorités congolaises. Il a exhorté les participants à des « fructueux travaux », avant de déclarer officiellement ouverte la première conférence annuelle du CBSI.
Des premiers résultats concrets et une ambition affichée

Le Pr. Tshimanga a dressé le bilan des premières réalisations : collecte de données intégrées sur les interactions forêt-atmosphère, attribution de 33 bourses de Master et Doctorat à des chercheurs centrafricains, et affiliation de plusieurs projets internationaux majeurs. L’initiative a également gagné en reconnaissance, avec une présence active aux COP28 et COP30 et son intégration au Partenariat pour les Forêts du Bassin du Congo (PFBC).
L’objectif de cette conférence de trois jours, qui a attiré 332 candidatures de chercheurs du monde entier, est de consolider ces bases. Il s’agit de « renforcer la compréhension interdisciplinaire », « coconcevoir les programmes de recherche avec les décideurs », « former la prochaine génération de scientifiques » et de « développer une culture de science ouverte ».
Cet engagement en faveur de la jeune génération prend corps dans les parcours de chercheurs comme Lebon Aganseba Désiré, 28 ans révolus, doctorant de la République Démocratique du Congo (RDC).
« J’ai été récemment sélectionné pour préparer une thèse de doctorat sur quatre ans, portant sur l’évaluation des services écosystémiques des systèmes agroforestiers », explique-t-il, basé à l’Université de Dschang au Cameroun dans le cadre du programme de bourses du CBSI.
Son travail s’inscrit directement dans les recherches menées sur le terrain.
« Pendant ces quatre prochaines années, plusieurs études vont être réalisées dans le Bassin du Congo, dans le but de préserver cet écosystème qui est utile pour toute l’humanité », souligne-t-il.
Pour lui, la conférence de Brazzaville est une opportunité unique.
« Je tiens à remercier tous les participants. Nous sommes ici pendant trois jours pour échanger sur tous les aspects qui vont nous permettre de bien comprendre cet écosystème, pour mieux le gérer pour les générations futures », a-t-il affirmé.
Il voit en ces rencontres une véritable école.
« Oui, je peux dire que c’est une école. Il y aura plusieurs échanges, plusieurs partages d’expériences. Nous allons bénéficier de l’expérience des aînés qui ont déjà travaillé dans le Bassin du Congo. Ils vont exposer leurs travaux et nous allons vraiment beaucoup apprendre ».
Son témoignage illustre parfaitement l’objectif d’interaction et de transmission porté par le CBSI.
Cet écho trouvé chez les jeunes chercheurs a été amplifié par le Co-Président. Dans son discours, le Pr. Tshimanga leur a adressé un message direct : « Le CBSI vous appartient. Votre génération est celle qui devra penser l’adaptation, inventer de nouveaux modèles de développement et porter la voix scientifique africaine sur la scène mondiale », a-t-il affirmé, promettant de leur fournir données, outils, réseaux et confiance.
Par ailleurs, le Pr. Tshimanga a souligné que le Bassin du Congo est à un « tournant de son histoire ». Alors que la conférence s’ouvre sur des débats techniques de haute volée, son appel résume l’enjeu : faire de ce rendez-vous « un moteur d’engagement collectif » pour que « la science produite ici éclaire les décisions de demain ». L’ambition est que les travaux du CBSI, portés par des scientifiques chevronnés et une nouvelle génération engagée comme Lebon Aganseba Désiré, constituent la colonne vertébrale scientifique de l’Appel de Belém, pacte international pour la préservation des forêts tropicales.
L’envoyé spécial
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