La deuxième journée de la conférence du Congo Basin Science Initiative (CBSI) a mis le focus sur les six observatoires de l’initiative science pour le bassin du Congo, par une session plénière et des présentations des projets affiliés au CBSI, avant les sessions en parallèle au cours desquelles plusieurs études ont été présentées par les doctorants appuyés par le CBSI pour mener des recherches sur différentes thématiques dans le bassin du Congo : hydrologie et eau douce, occupation et utilisation des sols, végétation et biogéochimie, climat et météorologie, biodiversité et autres.
Dans l’observatoire hydrologie par exemple, plusieurs projets de recherche ont été présentés. Le bal a été lancé par le Professeur Raphaël Tshimanga qui a balisé le chemin sur les études en cours dans le bassin du Congo axées sur l’hydrologie.
Jean-Felly Ngandu a présenté un projet de recherche portantsur le suivi et la modélisation des flux hydrologiques dans un contexte de changement d’occupation de sol et de climat dans le sous-bassin de la rivière Kasaï. Il a évoqué les défisauxquels la rivière Kasaï, comme l’ensemble du bassin du Congo fait face.

« Ces défis sont notamment le manque de données de terrain, le changement d’occupation de sol, mais également les impacts des changements climatiques. Alors sans études basées sur des données fiables, il est difficile de mettre en place des bonnes politiques de gestion durable et de mettre en place une planification efficiente de l’affectation des ressources en eau. Nous nous sommes donné comme objectif, d’améliorer la compréhension des flux hydrologiques dans le bassin du Kasaï, en mettant en place un réseau moderne decollecte des données de terrain, mais également des mesures de jaugeage sur terrain avec les différents équipements de mesures hydrologiques, en faisant la modélisation pour avoir des simulations basées sur des données modernes et on espère bien qu’ils vont pratiquement se rapprocher de la réalité de terrain », a indiqué le doctorant Jean-Felly Ngandu.
« J’ai mis un focus sur l’hydrologie des tourbières. Nous essayions des comprendre comment évolue le flux hydrologique entre la cuvette centrale et le bief moyen ou le cours principal du bassin du Congo ou du fleuve Congo. Et c’est un projet que nous sommes en train d’implémenter dans le cadre de cet observatoire et avec l’implication de l’université de Leeds, mais également l’université de Kinshasa, donc le CRREBAC et l’école régionale de l’eau », a souligné Génie-Spirou Lutonadio, un autre doctorant.

Et d’ajouter : « Ce travail va nous permettre, justement, d’établir une certaine cartographie de la vulnérabilité des zones inondées avec un focus sur les tourbières. Donc on aura élaboré une carte qui établerait les niveaux de vulnérabilité au sein des zones inondées. Cet indice sera utilisé comme un outil de prise de décision pour les questions d’aménagement mais aussi des questions de la conservation de la biodiversité et des gestions de ressources en eau ».
L’amélioration du modèle hydrologique GW Pitman a été présenté par le doctorant Landry Nkaba pour orienter la prise de décisions. Même si le modèle a déjà été développé dans le bassin du Congo en utilisant les données d’observation spatiale, Landry Nkaba apporte plus de précision dans cette étude ajoutant des données d’une grande précision.

« Nos simulations vont éclairer la prise des décisions dans le secteur de l’eau, parce que nous avons quantifié le flux d’écoulement des grands sous-bassins du Congo qui s’accumulent vers la cuvette centrale. Comme nous le savons bien, c’est important de quantifier et d’étudier ces systèmes hydrologiques de la cuvette centrale qui contribuent au maintien du climat au niveau global. Parce qu’il y a des tourbières et d’ailleurs nos prochaines études vont se focaliser sur la cuvette centrale pour essayer de voir la dynamique de cet écosystème très important pour le maintien de l’équilibre climatique mondial », a précisé le doctorant Landry NkabaNzampiele.
« Ma présentation s’inscrit dans le contexte de mettre l’accent sur l’apport de la technologie spatiale dans la collecte des données hydrologiques dans le bassin du Congo qui fait face à un manque de données criant pour entreprendre la recherche. Dans ce contexte, nous avons souligné l’importance des données satellitaires issus de l’altimétrie des satellites altimétriques qui ont un peu révolutionné la compréhension des processus et qui ont aussi aidé à des applications dans lebassin du Congo », a fait remarquer Dr Benjamin Kitambo.

Chrispin Musambayi, un autre boursier du CBSI, travaille sur la compréhension des facteurs qui contrôlent la dynamique des puits de carbone dans le bassin du Congo. Il part du postulat selon lequel la forêt du bassin du Congo séquestre actuellement plus de carbone que la forêt de l’Amazonie. Il se pose donc la question de savoir combien de temps cette situation va durer et qu’est-ce qui est à la base de cette forte séquestration.
« Les exemples qui proviennent des autres bassins à travers le monde ont montré qu’un bassin peut séquestrer plus de carbone aujourd’hui et chuter demain en cédant à la pression qui peut être climatique ou écologique », a-t-il affirmé.
Il a ajouté : « Avec les résultats de notre recherche, nous pensons que si nous connaissons exactement quels sont les paramètres qui contrôlent cette séquestration, on va y travailler pour que la séquestration de nos forêts puisse demeurer pendant très longtemps et qu’on ne puisse pas vivre ce que les autres pays ou bassins ont vécu ».

Appui du CBSI
Chrispin Musambayi s’est dit très flatté par l’appui inestimable de l’Initiative Science pour le Bassin du Congo pour mener sa recherche.
« J’ai vu ça comme un miracle parce que j’avais toujours l’ambition de réaliser cette étude, mais il se posait un problème de fonds. Et CBSI m’a apporté ce que je manquaispour me lancer dans cette aventure de la recherche et contribuer au développement du bassin du Congo », s’est-il exprimé.
Signalons que les travaux de cette conférence annuelle du CBSI vont se clôturer ce mercredi par des recommandations aux décideurs des pays du bassin du Congo ainsi qu’aux partenaires techniques et financiers afin de soutenir la recherche dans cet espace vital.
De notre envoyé spécial à Brazzaville
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