Ils sont souvent présentés comme les poumons de l’humanité, mais les tourbières pourraient bien devenir une source d’inquiétude climatique majeure. Une équipe de chercheurs vient de publier une étude troublante dans la revue Nature Geoscience : au cœur de la République démocratique du Congo, dans une région appelée la Cuvette centrale, deux lacs relâchent progressivement dans l’atmosphère du carbone qui y était emprisonné depuis des millénaires.
Pour le site internet français le Figaro, l’enjeu est de taille. Si les tourbières ne couvrent qu’un peu plus de 3 % de la surface terrestre, elles constituent pourtant le plus grand réservoir de carbone terrestre, avec environ 600 milliards de tonnes stockées. À titre de comparaison, c’est plus que l’ensemble des forêts du monde réunies. Ces zones humides, en raison de leur sol gorgé d’eau qui ralentit la décomposition de la matière organique, jouent donc un rôle de régulateur climatique essentiel. Mais ce puits de carbone pourrait-il être en train de s’inverser ?
C’est en s’intéressant à la Cuvette centrale, une vaste plaine inondable de RDC, que les scientifiques ont fait une découverte qu’ils qualifient eux-mêmes de « surprise ». Cette région, peu explorée jusqu’à présent, abrite d’épaisses tourbières, atteignant localement plus de cinq mètres de profondeur. On y trouve notamment deux lacs, situés au cœur de ce système marécageux.
Jusqu’ici, d’après le Figaro, les chercheurs pensaient que le carbone accumulé au fil des âges y était piégé de manière stable par la végétation et les sols saturés d’eau. Or, les mesures effectuées montrent l’inverse : du carbone très ancien est bel et bien en train de s’échapper de ces réservoirs pour rejoindre l’atmosphère.
Pour l’heure, les mécanismes précis de ce relâchement restent à élucider. Plusieurs hypothèses sont sur la table. Il pourrait s’agir de l’impact des variations saisonnières du niveau des eaux, qui « réactivent » la décomposition de la matière organique. Le réchauffement climatique en cours pourrait également exacerber le phénomène en modifiant l’équilibre hydrique et thermique de ces écosystèmes fragiles.
Si la quantité de carbone libérée par ces deux lacs semble pour l’instant modeste à l’échelle planétaire, le signal est inquiétant. Il suggère que ces gigantesques réservoirs, que l’on croyait inertes et sûrs, pourraient être sensibles aux perturbations environnementales. Dans un scénario de dérèglement climatique accru, la Cuvette centrale pourrait passer du statut de puits à celui de source de gaz à effet de serre, accélérant encore le réchauffement.
Cette étude met en lumière la nécessité urgente de mieux protéger et d’étudier ces zones humides. Longtemps négligées par rapport aux forêts tropicales, les tourbières du bassin du Congo apparaissent aujourd’hui comme un maillon essentiel, mais vulnérable, de la machine climatique mondiale.
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