En plein débat sur la mise en place du cadre légal régissant le marché carbone en République Démocratique du Congo, la ministre de l’Environnement et du Développement durable tape du poing sur la table. Face aux réticences d’une partie de la société civile, elle appelle à l’union sacrée et à la vitesse supérieure, avertissant que cette « aubaine financière » internationale a une date d’expiration.
La vision de la RDC comme « pays-solution » face à la crise climatique mondiale ne doit plus rester un slogan, mais devenir un levier de développement concret. C’est en substance le message fort délivré par la ministre de l’Environnement, Marie Nyange Ndambo, lors du briefing presse avec son collègue de la communication et médias, le 07 juillet dans la soirée. Rappelant une estimation de la Banque mondiale évaluant le stock des ressources forestières congolaises à 230 000 milliards de dollars, la ministre a insisté sur l’urgence d’une stratégie nationale pour « monétiser » ce capital sans couper un seul arbre.
Toutefois, la concrétisation de cette ambition suscite d’intenses débats, notamment avec les Organisations de la Société Civile (OSC). Une opposition qui passe mal auprès de la patronne de l’Environnement.
Les piliers de la souveraineté carbone : Registre et dispositif « MRV »
Pour capter ces milliards de dollars, la ministre rappelle avoir mis en place, dès son arrivée, une stratégie axée sur la valorisation, la certification et la monétisation. Les bases de cette réforme reposent sur deux outils techniques majeurs : un registre carbone souverain propre à la RDC et un dispositif MRV (Mesurer, Vérifier, Rapporter), un mécanisme international indispensable pour calculer le volume de tonnes de carbone emmagasiné et le transformer en crédits vendables aux pays pollueurs.
« Le marché carbone est une matière très technique réglementée par l’article 6 de l’Accord de Paris. On ne verra pas de pavillons de crédits carbone au marché Gambela. Pour construire notre crédibilité et attirer les acheteurs, l’Autorité de régulation doit faire preuve d’une culture de rigueur, de discipline et de bonne gouvernance », a expliqué la professeure Marie Nyange Ndambo, Ministre de l’environnement, développement durable et nouvelle économie du climat.
Énergie propre et grands projets : L’exemple d’Inga 3
Loin de se limiter aux seules forêts, la ministre a élargi la définition de ce marché en expliquant que les projets d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique (panneaux solaires, foyers améliorés) sont de grands générateurs de crédits carbone.
Elle a notamment cité le mégaprojet hydroélectrique Inga 3, initié par le Président de la République. En permettant aux Congolais de réduire drastiquement leur consommation de bois de chauffe et de braises (makala), ce barrage permettra de calculer une économie forestière colossale et de « chercher des milliards » sur le marché international pour financer le développement et sortir les communautés locales de la pauvreté.
L’avertissement de Marie Nyange à la société civile : « Le marché va s’arrêter un jour »

Alors que des voix au sein de la société civile réclament davantage de concertations sur la loi en cours d’examen, la ministre s’est montrée particulièrement incisive, dénonçant des manœuvres de ralentissement motivées par des intérêts financiers à court terme.
« On ne peut pas, parce que les gens aiment les ateliers et les per diem, disons-nous les choses telles qu’elles se présentent, retarder ce processus très important pour le pays. Je connais des gens qui sont derrière », a lâché la Ministre Marie Nyange.
Pour le gouvernement, le temps est un luxe que la RDC ne possède pas. Des pays comme le Brésil ont déjà captéplusieurs milliards de dollars grâce à leurs forêts. Surtout, la ministre prévient que le marché carbone est condamné à disparaître à moyen terme : à mesure que les industries occidentales réussiront leur transition technologique et émettront moins de gaz à effet de serre, la demande en compensation s’effondrera.
Tout en invitant les esprits constructifs à apporter leurs enrichissements au texte de loi plutôt qu’à bloquer le processus, la ministre a conclu par un message de fermeté : la RDC doit sauter sur cette opportunité historique avant qu’il ne soit trop tard.
La Rédaction
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