À l’occasion du webinaire de l’Alerte congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH) tenu ce 10 juillet 2026, Maître Erick Kassongo, avocat au sein de l’organisation Environmental Law Alliance Worldwide (ELAW), a présenté un résumé alarmant d’un rapport scientifique crucial. Publié initialement le 2 octobre 2025 par le Dr Mark Chernaik, directeur du programme scientifique d’ELAW, ce document met en lumière les impacts environnementaux et sanitaires transfrontaliers dévastateurs que font peser les projets pétroliers ougandais Tilenga et Kingfisher sur la République démocratique du Congo (RDC).
Le lac Albert est un trésor partagé : l’Ouganda en possède 54 % et la RDC 46 %. Pourtant, les conclusions de l’expertise scientifique démontrent que la pollution, elle, ne connaîtra pas de frontières. Le rapport cible deux menaces invisibles mais critiques : l’eutrophisation généralisée et le rejet de boues pétrolières toxiques.
L’asphyxie programmée du lac : le piège de l’eutrophisation
Le premier signal d’alarme concerne l’eutrophisation, un phénomène d’asphyxie de l’écosystème aquatique provoqué par une surcharge en nutriments (principalement le phosphore et l’azote). Avec l’explosion démographique et économique induite par les mégaprojets pétroliers, près de 600 000 personnes pourraient s’installer dans la région du lac. Sans un contrôle strict des infrastructures, cet afflux va saturer le « budget phosphore » du lac par le biais de plusieurs facteurs.
C’est notamment les eaux usées domestiques non traitées équivalant à 360 tonnes/an de phosphore, le ruissellement agricole, soit 200 000 ha de nouvelles cultures pour près de 400 tonnes/an de phosphore. Il y a également l’élevage et les déchets de bétail supplémentaires évalués à 360 tonnes/an de phosphore, et enfin le ruissellement urbain (surfaces imperméabilisées) pour 120 tonnes/an de phosphore. Soit un total estimé d’environ 1 240 tonnes/an, un chiffre qui dépasse la limite critique de viabilité du lac, fixée à 1 200 tonnes/an dans un scénario de changement climatique modéré.
Des poissons déjà toxiques
Le rapport rappelle que des études locales ont d’ores et déjà détecté des concentrations de microcystines (toxines mortelles issues des algues bleues) atteignant jusqu’à 300 fois le seuil de sécurité chez les capitaines et les tilapias. Pour les populations riveraines, la consommation de ces poissons expose à de graves lésions hépatiques.
Marées de cire et boues huileuses : le spectre de la contamination chimique
Le second risque majeur provient directement des opérations de raffinage et d’extraction de la station de traitement de Kingfisher (Central Processing Facility), située sur les Buhuka Flats en Ouganda. Cette usine traite chaque jour 120 000 barils de fluides et génère 200 tonnes par an de « waste oil sludge » (boues d’hydrocarbures hautement concentrées).
Une gestion défaillante sur le terrain : Alors que les études d’impact officielles prévoient un stockage sécurisé, un rapport de l’ONG Climate Rights International a révélé que des sous-traitants ont déjà rejeté illégalement ces déchets directement dans le lac. ELAW estime que si seulement la moitié de ces boues (~100 tonnes/an) finissait dans l’eau, les conséquences seraient désastreuses : ces boues, riches en cire, flotteraient en formant des plaques épaisses de plusieurs centimètres, persistant plus d’un an à la surface; les courants lacustres transporteraient ces nappes d’huile et les sédiments contaminés directement vers les eaux de la RDC; et les poissons contaminés migreraient ou seront vendus sur les marchés des deux pays, propageant un risque sanitaire à grande échelle.
Conséquences directes pour les communautés de la RDC

Si le lac bascule vers un état de pollution chronique, le coût humain et environnemental sera payé au prix fort par la rive congolaise, dont plusieurs impacts majeurs sont identifiés par ELAW.
Concernant la santé humaine, on craint plus une explosion des maladies liées aux toxines aquatiques, la contamination de l’eau potable et la hausse de la malnutrition chez les enfants et femmes enceintes.
Quant à la sécurité alimentaire et l’économie, il craint entre autres l’effondrement des stocks de poissons, ruinant les pêcheurs artisans et détruisant toute l’économie locale. L’autre danger est lié aux écosystèmes et à la biodiversité, avec la prolifération de la jacinthe d’eau (espèce invasive), la destruction des habitats et la pollution durable des sédiments qui recracheront du phosphore pendant des décennies. Enfin, le rapport d’ELAW met également en lumière la flambée des tensions diplomatiques entre Kinshasa et Kampala, conflits d’usage de l’eau et batailles juridiques pour l’obtention de réparations sur le plan géopolitique.
L’action en justice : Le rapport d’ELAW comme arme juridique
Face à ce qu’elles qualifient de véritable « crime écologique », les organisations de la société civile ont décidé de passer à l’offensive légale. Les conclusions scientifiques du rapport du Dr Chernaik servent aujourd’hui de pièce maîtresse dans un recours historique déposé devant la Cour de justice de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC).
Porté par l’ACEDH, l’ONG ougandaise AFIEGO et plusieurs syndicats de communautés de pêcheurs, ce procès vise directement les gouvernements de la RDC, de l’Ouganda, ainsi que le Secrétariat de l’EAC pour leur manquement grave à l’obligation de protéger ces écosystèmes vitaux et les millions de vies qui en dépendent.
À l’occasion du webinaire de l’Alerte congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH) tenu ce 10 juillet 2026, Maître Erick Kassongo, avocat au sein de l’organisation Environmental Law Alliance Worldwide (ELAW), a présenté un résumé alarmant d’un rapport scientifique crucial. Publié initialement le 2 octobre 2025 par le Dr Mark Chernaik, directeur du programme scientifique d’ELAW, ce document met en lumière les impacts environnementaux et sanitaires transfrontaliers dévastateurs que font peser les projets pétroliers ougandais Tilenga et Kingfisher sur la République démocratique du Congo (RDC).
Le lac Albert est un trésor partagé : l’Ouganda en possède 54 % et la RDC 46 %. Pourtant, les conclusions de l’expertise scientifique démontrent que la pollution, elle, ne connaîtra pas de frontières. Le rapport cible deux menaces invisibles mais critiques : l’eutrophisation généralisée et le rejet de boues pétrolières toxiques.
L’asphyxie programmée du lac : le piège de l’eutrophisation
Le premier signal d’alarme concerne l’eutrophisation, un phénomène d’asphyxie de l’écosystème aquatique provoqué par une surcharge en nutriments (principalement le phosphore et l’azote). Avec l’explosion démographique et économique induite par les mégaprojets pétroliers, près de 600 000 personnes pourraient s’installer dans la région du lac. Sans un contrôle strict des infrastructures, cet afflux va saturer le « budget phosphore » du lac par le biais de plusieurs facteurs.
C’est notamment les eaux usées domestiques non traitées équivalant à 360 tonnes/an de phosphore, le ruissellement agricole, soit 200 000 ha de nouvelles cultures pour près de 400 tonnes/an de phosphore. Il y a également l’élevage et les déchets de bétail supplémentaires évalués à 360 tonnes/an de phosphore, et enfin le ruissellement urbain (surfaces imperméabilisées) pour 120 tonnes/an de phosphore. Soit un total estimé d’environ 1 240 tonnes/an, un chiffre qui dépasse la limite critique de viabilité du lac, fixée à 1 200 tonnes/an dans un scénario de changement climatique modéré.
Des poissons déjà toxiques
Le rapport rappelle que des études locales ont d’ores et déjà détecté des concentrations de microcystines (toxines mortelles issues des algues bleues) atteignant jusqu’à 300 fois le seuil de sécurité chez les capitaines et les tilapias. Pour les populations riveraines, la consommation de ces poissons expose à de graves lésions hépatiques.
Marées de cire et boues huileuses : le spectre de la contamination chimique
Le second risque majeur provient directement des opérations de raffinage et d’extraction de la station de traitement de Kingfisher (Central Processing Facility), située sur les Buhuka Flats en Ouganda. Cette usine traite chaque jour 120 000 barils de fluides et génère 200 tonnes par an de « waste oil sludge » (boues d’hydrocarbures hautement concentrées).
Une gestion défaillante sur le terrain : Alors que les études d’impact officielles prévoient un stockage sécurisé, un rapport de l’ONG Climate Rights International a révélé que des sous-traitants ont déjà rejeté illégalement ces déchets directement dans le lac. ELAW estime que si seulement la moitié de ces boues (~100 tonnes/an) finissait dans l’eau, les conséquences seraient désastreuses : ces boues, riches en cire, flotteraient en formant des plaques épaisses de plusieurs centimètres, persistant plus d’un an à la surface; les courants lacustres transporteraient ces nappes d’huile et les sédiments contaminés directement vers les eaux de la RDC; et les poissons contaminés migreraient ou seront vendus sur les marchés des deux pays, propageant un risque sanitaire à grande échelle.
Conséquences directes pour les communautés de la RDC
Si le lac bascule vers un état de pollution chronique, le coût humain et environnemental sera payé au prix fort par la rive congolaise, dont plusieurs impacts majeurs sont identifiés par ELAW.
Concernant la santé humaine, on craint plus une explosion des maladies liées aux toxines aquatiques, la contamination de l’eau potable et la hausse de la malnutrition chez les enfants et femmes enceintes.
Quant à la sécurité alimentaire et l’économie, il craint entre autres l’effondrement des stocks de poissons, ruinant les pêcheurs artisans et détruisant toute l’économie locale. L’autre danger est lié aux écosystèmes et à la biodiversité, avec la prolifération de la jacinthe d’eau (espèce invasive), la destruction des habitats et la pollution durable des sédiments qui recracheront du phosphore pendant des décennies. Enfin, le rapport d’ELAW met également en lumière la flambée des tensions diplomatiques entre Kinshasa et Kampala, conflits d’usage de l’eau et batailles juridiques pour l’obtention de réparations sur le plan géopolitique.
L’action en justice : Le rapport d’ELAW comme arme juridique
Face à ce qu’elles qualifient de véritable « crime écologique », les organisations de la société civile ont décidé de passer à l’offensive légale. Les conclusions scientifiques du rapport du Dr Chernaik servent aujourd’hui de pièce maîtresse dans un recours historique déposé devant la Cour de justice de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC).
Porté par l’ACEDH, l’ONG ougandaise AFIEGO et plusieurs syndicats de communautés de pêcheurs, ce procès vise directement les gouvernements de la RDC, de l’Ouganda, ainsi que le Secrétariat de l’EAC pour leur manquement grave à l’obligation de protéger ces écosystèmes vitaux et les millions de vies qui en dépendent.
La Rédaction
Le lac Albert est un trésor partagé : l’Ouganda en possède 54 % et la RDC 46 %. Pourtant, les conclusions de l’expertise scientifique démontrent que la pollution, elle, ne connaîtra pas de frontières. Le rapport cible deux menaces invisibles mais critiques : l’eutrophisation généralisée et le rejet de boues pétrolières toxiques.
L’asphyxie programmée du lac : le piège de l’eutrophisation
Le premier signal d’alarme concerne l’eutrophisation, un phénomène d’asphyxie de l’écosystème aquatique provoqué par une surcharge en nutriments (principalement le phosphore et l’azote). Avec l’explosion démographique et économique induite par les mégaprojets pétroliers, près de 600 000 personnes pourraient s’installer dans la région du lac. Sans un contrôle strict des infrastructures, cet afflux va saturer le « budget phosphore » du lac par le biais de plusieurs facteurs.
C’est notamment les eaux usées domestiques non traitées équivalant à 360 tonnes/an de phosphore, le ruissellement agricole, soit 200 000 ha de nouvelles cultures pour près de 400 tonnes/an de phosphore. Il y a également l’élevage et les déchets de bétail supplémentaires évalués à 360 tonnes/an de phosphore, et enfin le ruissellement urbain (surfaces imperméabilisées) pour 120 tonnes/an de phosphore. Soit un total estimé d’environ 1 240 tonnes/an, un chiffre qui dépasse la limite critique de viabilité du lac, fixée à 1 200 tonnes/an dans un scénario de changement climatique modéré.
Des poissons déjà toxiques
Le rapport rappelle que des études locales ont d’ores et déjà détecté des concentrations de microcystines (toxines mortelles issues des algues bleues) atteignant jusqu’à 300 fois le seuil de sécurité chez les capitaines et les tilapias. Pour les populations riveraines, la consommation de ces poissons expose à de graves lésions hépatiques.
Marées de cire et boues huileuses : le spectre de la contamination chimique
Le second risque majeur provient directement des opérations de raffinage et d’extraction de la station de traitement de Kingfisher (Central Processing Facility), située sur les Buhuka Flats en Ouganda. Cette usine traite chaque jour 120 000 barils de fluides et génère 200 tonnes par an de « waste oil sludge » (boues d’hydrocarbures hautement concentrées).
Une gestion défaillante sur le terrain : Alors que les études d’impact officielles prévoient un stockage sécurisé, un rapport de l’ONG Climate Rights International a révélé que des sous-traitants ont déjà rejeté illégalement ces déchets directement dans le lac. ELAW estime que si seulement la moitié de ces boues (~100 tonnes/an) finissait dans l’eau, les conséquences seraient désastreuses : ces boues, riches en cire, flotteraient en formant des plaques épaisses de plusieurs centimètres, persistant plus d’un an à la surface; les courants lacustres transporteraient ces nappes d’huile et les sédiments contaminés directement vers les eaux de la RDC; et les poissons contaminés migreraient ou seront vendus sur les marchés des deux pays, propageant un risque sanitaire à grande échelle.
Conséquences directes pour les communautés de la RDC
Si le lac bascule vers un état de pollution chronique, le coût humain et environnemental sera payé au prix fort par la rive congolaise, dont plusieurs impacts majeurs sont identifiés par ELAW.
Concernant la santé humaine, on craint plus une explosion des maladies liées aux toxines aquatiques, la contamination de l’eau potable et la hausse de la malnutrition chez les enfants et femmes enceintes.
Quant à la sécurité alimentaire et l’économie, il craint entre autres l’effondrement des stocks de poissons, ruinant les pêcheurs artisans et détruisant toute l’économie locale. L’autre danger est lié aux écosystèmes et à la biodiversité, avec la prolifération de la jacinthe d’eau (espèce invasive), la destruction des habitats et la pollution durable des sédiments qui recracheront du phosphore pendant des décennies. Enfin, le rapport d’ELAW met également en lumière la flambée des tensions diplomatiques entre Kinshasa et Kampala, conflits d’usage de l’eau et batailles juridiques pour l’obtention de réparations sur le plan géopolitique.
L’action en justice : Le rapport d’ELAW comme arme juridique
Face à ce qu’elles qualifient de véritable « crime écologique », les organisations de la société civile ont décidé de passer à l’offensive légale. Les conclusions scientifiques du rapport du Dr Chernaik servent aujourd’hui de pièce maîtresse dans un recours historique déposé devant la Cour de justice de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC).
Porté par l’ACEDH, l’ONG ougandaise AFIEGO et plusieurs syndicats de communautés de pêcheurs, ce procès vise directement les gouvernements de la RDC, de l’Ouganda, ainsi que le Secrétariat de l’EAC pour leur manquement grave à l’obligation de protéger ces écosystèmes vitaux et les millions de vies qui en dépendent.
La Rédaction
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