C’est une alerte lancée ce lundi 27 juillet 2026, à travers une note d’orientation, à l’issue d’une conférence de presse animée en son siège de Ngaliema. L’ONG internationale Greenpeace est montée au créneau pour fustiger l’attitude du gouvernement congolais consistant à vouloir une chose et son contraire au même moment.
En effet, créé en janvier 2025 comme une initiative phare de conservation et de développement durable couvrant plus de 544 000 km² (soit une superficie équivalente à celle de la France), le Couloir Vert Kivu-Kinshasa (CVKK) a été conçu pour protéger les forêts tropicales, la biodiversité, les tourbières ainsi que les moyens de subsistance des peuples autochtones et des communautés locales. Mais hélas! Selon l’organisation, une analyse spatiale réalisée en 2025 a révélé que 72 % du Couloir Vert chevauche des blocs pétroliers.
Note d’orientation avec résultats disant long
Les nouvelles conclusions présentées dans cette note d’orientation montrent également que 23 % du CVKK est couvert par des concessions minières existantes, renforçant les inquiétudes quant aux impacts cumulés des industries extractives sur les forêts, la biodiversité et les territoires traditionnels des communautés, tout en compromettant les objectifs de conservation de cette aire protégée exceptionnelle.
Les résultats les plus préoccupants obtenus par Greenpeace Afrique renseignent que 72 % du Couloir Vert est concerné par des blocs pétroliers ; 12,3 millions d’hectares de concessions minières recouvrent le Couloir ; 6,5 millions d’hectares de tourbières, essentielles au stockage du carbone, sont menacés et 63 % des forêts communautaires se trouvent dans des zones soumises à des pressions extractives.
Pour Greenpeace Afrique, ces chiffres démontrent qu’il devient impossible de présenter le CVKK comme un modèle mondial de conservation tout en poursuivant simultanément l’expansion des industries extractives dans les mêmes espaces.
« Le Couloir Vert Kivu–Kinshasa représente une formidable opportunité de montrer que la RDC peut devenir un véritable leader mondial de la conservation. Mais cette ambition ne pourra jamais être crédible si les nouveaux projets pétroliers, gaziers et miniers continuent à progresser au cœur même du Couloir. Il est temps d’envoyer un signal politique clair en faisant de cet espace une véritable zone interdite aux nouvelles activités extractives », a indiqué Bonaventure Bondo, Chargé de campagne Forêts – Bassin du Congo chez Greenpeace Afrique.
La gouvernance mise à rude épreuve

La note d’orientation de Greenpeace Afrique met également en évidence plusieurs contradictions de gouvernance, notamment la coexistence du décret créant le Couloir Vert avec le cycle d’attribution de 55 nouveaux blocs pétroliers, ainsi que des insuffisances concernant la protection effective des droits des peuples autochtones et des communautés locales dans la gouvernance du Couloir.
« Les communautés locales et les peuples autochtones ne peuvent pas être de simples spectateurs d’une initiative présentée comme communautaire. Leur consentement libre, préalable et éclairé, leurs droits fonciers et leur participation aux décisions doivent devenir les fondements de toute politique de conservation durable dans le Bassin du Congo », a ajouté Bonaventure Bondo.
Greenpeace Afrique recommande donc de maintenir le moratoire sur les nouvelles concessions forestières, d’exclure les activités extractives des forêts intactes, des tourbières, des aires protégées et des terres communautaires, et de garantir une gouvernance inclusive fondée sur les droits humains.
« Le choix auquel la RDC est confrontée aujourd’hui est historique. Soit le Couloir Vert devient une référence mondiale en matière de conservation fondée sur les droits, soit il risque de devenir le symbole des contradictions entre les engagements climatiques et l’expansion des industries extractives. Greenpeace Afrique appelle tous les décideurs, partenaires techniques et financiers et investisseurs à faire le choix de la cohérence », a-t-il conclu.
Analyse sans complaisance du décret créant le CVKK
L’analyse du décret portant création du Couloir Vert met également en évidence plusieurs faiblesses juridiques et institutionnelles. Son article 4 maintient les droits préexistants des communautés locales et des autres tiers jusqu’à la répartition et à l’affectation de ces zones, qui doit intervenir à l’issue d’une enquête publique. L’ONG internationale souligne qu’aucun calendrier officiel n’a encore été publié pour la tenue de cette enquête. En pratique, cette situation prolonge la protection des droits d’exploitation existants et entretient une incertitude juridique sur l’avenir des espaces concernés.
L’organisation relève, par ailleurs, que le caractère communautaire du Couloir Vert demeure insuffisamment garanti. Le décret prévoit la consultation des communautés, mais ne leur confère ni rôle décisionnel clairement établi, ni droit prioritaire à la gestion du Couloir, ni garantie précise concernant le partage des bénéfices issus des activités qui y seront développées.
Ainsi, Greenpeace Afrique souligne que la préservation de l’intégrité du Couloir vert Kivu-Kinshasa exige donc des décisions immédiates. La note d’orientation recommande notamment l’instauration d’un moratoire sur les nouveaux projets pétroliers, gaziers et miniers dans le Couloir, l’exclusion des activités extractives des écosystèmes les plus sensibles, la reconnaissance effective des droits des communautés locales et des peuples autochtones.
Ruben Ns Mayoni (avec Greenpeace)
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