La gestion des ressources forestières en République Démocratique du Congo fait l’objet de nouvelles révélations préoccupantes. Un récent rapport d’audit de performance de la Cour des comptes braque les projecteurs sur le Fonds Forestier National (FFN). Les conclusions de cette investigation menée sur la période 2021-2024 révèlent des failles manifestes dans l’utilisation des fonds destinés à la protection et à la reconstitution du couvert forestier.
Au cœur des critiques de l’institution supérieure de contrôle des finances publiques figure l’affectation des recettes. Entre 2021 et 2024, le FFN a mobilisé près de 17,2 millions de dollars américains provenant principalement de la taxe de déboisement payée par les exploitants et acteurs du secteur.
Cependant, le rapport met en lumière un grand paradoxe institutionnel : à peine 4,9 millions USD sur cette enveloppe globale ont effectivement été consacrés aux missions fondamentales de reboisement et à la régénération du capital forestier du pays. Une disproportion qui illustre l’écart persistant entre les ambitions affichées en matière de politique climatique et la réalité de la gestion financière sur le terrain.
Irrégularités et opacité dans la chaîne des dépenses
Au-delà de la faible ventilation des ressources vers les écosystèmes forestiers, les auditeurs de la Cour des comptes pointent des dysfonctionnements structurels profonds.
S’agissant du recouvrement et des décaissements, des irrégularités récurrentes ont été identifiées tant au niveau de la perception des taxes parafiscales que de l’ordonnancement et de l’exécution des dépenses.
Quant aux faiblesses du contrôle interne, le rapport met en cause l’opacité des procédures et le manque de rigueur dans le respect de la chaîne des dépenses publiques au sein de l’établissement.
En ce qui concerne la reddition des comptes, la traçabilité des flux financiers fait défaut, affaiblissant la redevabilité de l’institution vis-à-vis des citoyens et des partenaires au développement.
Vers une refonte urgente de la gouvernance du secteur

Face à ce qu’il convient de qualifier de signal d’alarme pour la gouvernance environnementale congolaise, la Cour des comptes formule des recommandations pressantes. L’institution exhorte les responsables du FFN à garantir l’affectation stricte et intégrale des recettes de la taxe de déboisement à la protection des forêts. Alors que la RDC se positionne comme un pays-solution incontournable face aux crises climatiques mondiales, ce rapport rappelle l’urgence absolue d’assainir la gestion des finances vertes.
La crédibilité des politiques de conservation et le respect des engagements climatiques internationaux dépendent désormais de la capacité des autorités à restaurer la transparence et l’intégrité financière au sein de leurs propres régies et établissements publics.
Ruben Ns Mayoni
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