Entrepreneurs, innovateurs, institutions et acteurs du numérique se retrouvent autour d’un même défi celui de transformer les idées en entreprises capables de créer de la valeur et de participer à la transformation de l’économie congolaise. Des idées, des projets, des innovations… mais encore trop de barrières pour les transformer en entreprises viables. C’est l’un des constats qui ressortent de la première édition de Vuk’Afrik, Foire de l’innovation et de l’entrepreneuriat, ouverte du 23 au 25 septembre 2026 au Pullman Hôtel de Kinshasa. Placée sous le haut patronage du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, avec l’accompagnement du ministère de l’Économie nationale conduit par le vice-Premier ministre Daniel Mukoko Samba, cette rencontre est organisée autour du thème : « Innovation, entrepreneuriat et transformation économique : construire les nouvelles dynamiques de croissance africaines ».
Durant trois jours, les échanges mettent au centre les préoccupations des entrepreneurs : accès au financement, réglementation, innovation, connectivité, accès aux marchés et accompagnement des projets.
Pour Jeannette Cilomba, coordonnatrice de Vuk’Afrik et vice-présidente de Congolese Computer Community, l’enjeu de cette première édition est de créer une passerelle entre les porteurs de projets et les différents acteurs de l’écosystème entrepreneurial. Régulateurs, institutions financières, entrepreneurs expérimentés et porteurs d’idées sont ainsi appelés à se retrouver dans un même espace afin de favoriser les échanges et les opportunités de collaboration.
Toutefois, la démarche ne s’arrête pas aux trois jours de la foire. Les organisateurs annoncent un travail d’identification et d’analyse des projets présentés, avec l’ambition de repérer ceux qui peuvent bénéficier d’un accompagnement adapté. Car, l’objectif est de faire passer les porteurs de projets de l’idée à la structuration, puis de la structuration à l’entreprise.
« Le véritable travail commencera à l’issue de ces trois jours », souligne Jeannette Cilomba.
Une approche qui rappelle que la portée d’une foire entrepreneuriale ne se mesure pas uniquement au nombre de stands ou de participants, mais aussi à sa capacité à créer des connexions durables entre ceux qui portent des idées et ceux qui disposent des ressources nécessaires à leur concrétisation.
Le financement reste le grand verrou
Dans les échanges, une difficulté revient avec insistance : l’accès au financement. Le député national Nsingi Pululu, qui affirm

Le député Nsingi Pululu qui affirme avoir commencé son parcours entrepreneurial dès 1986, considère cette question comme l’un des principaux obstacles auxquels sont confrontés les jeunes entrepreneurs. L’accès au crédit bancaire ne suffit pas toujours. Les modalités de remboursement peuvent notamment entrer en décalage avec le temps nécessaire à une jeune entreprise pour atteindre sa pleine capacité de fonctionnement.
D’où la nécessité, plaide-t-il, de repenser les mécanismes de financement afin de mieux tenir compte du cycle de développement des entreprises. Selon le député, financer l’économie revient aussi à financer les idées et les projets susceptibles de devenir les entreprises de demain. Il encourage ainsi les jeunes à maîtriser leurs domaines de compétence, à développer des solutions adaptées aux réalités congolaises et à faire preuve de créativité et de persévérance.
Réguler sans étouffer
Autre défi soulevé à Vuk’Afrik : l’environnement réglementaire. Expert en politiques publiques dans le secteur des télécommunications et du numérique, Alain Betu, consultant à l’ARPTC et Ombudsman au Fonds de développement du service universel, défend une réglementation capable de faciliter l’activité économique plutôt que de multiplier les barrières.
Pour les startups et les PME, l’accès aux services, la réduction des risques et les possibilités de financement constituent des conditions importantes au développement des activités. Les échanges ont porté sur les difficultés rencontrées dans l’accès aux financements bancaires et à la microfinance, ainsi que sur les mécanismes susceptibles de réduire ces obstacles.
Parmi les pistes évoquées figurent les mécanismes de garantie et l’exploration de nouvelles possibilités de financement à travers les établissements de monnaie électronique et les opérateurs de télécommunications. L’enjeu est ainsi de construire un cadre réglementaire qui facilite l’investissement, accompagne l’innovation et permette aux entrepreneurs de développer leurs activités dans de meilleures conditions.
Quand la connectivité devient une opportunité

À cette équation s’ajoute une autre variable : la connectivité. D’après Paterne Binene A Kadiat, Directeur général du Fonds de Développement du Service Universel (FDSU), un entrepreneur non connecté reste privé d’une partie des ressources nécessaires à son développement, notamment l’information, l’innovation et l’accès aux marchés. La mission du FDSU consiste à contribuer à connecter les populations, y compris dans les zones rurales et périurbaines moins desservies. Mais au-delà de la connexion elle-même, le responsable invite les entrepreneurs à regarder autrement les territoires.
Derrière chaque difficulté locale peut se cacher une opportunité entrepreneuriale : éducation à distance, télémédecine, information agricole ou encore accès aux services numériques. Identifier un problème, comprendre le besoin et proposer une solution adaptée… C’est là que peut commencer une aventure entrepreneuriale.
Des problèmes aux solutions congolaises
Cette première édition de Vuk’Afrik dessine ainsi les contours d’un écosystème où l’innovation ne devrait plus rester confinée aux idées ou aux prototypes. Les organisateurs veulent connecter les entrepreneurs aux institutions, aux investisseurs, aux régulateurs et aux entreprises susceptibles de les accompagner dans leur développement.
Mais le véritable test se situe désormais au-delà de la foire. Que deviendront les projets présentés ? Combien trouveront un financement ? Combien bénéficieront d’un accompagnement ? Et surtout, combien réussiront à franchir le difficile cap qui sépare l’idée de l’entreprise viable ?
Pendant trois jours, Vuk’Afrik aura offert une vitrine aux innovations et créé un espace de dialogue entre les différents acteurs de l’écosystème entrepreneurial. Mais une fois les stands démontés et les échanges terminés, une autre réalité commencera. Celle de l’accompagnement, du financement, de la mise en œuvre et du passage à l’échelle.
Car en RDC, le défi n’est peut-être plus seulement de faire émerger des idées. Il est désormais de créer les conditions permettant à ces idées de survivre, de grandir et de devenir des entreprises capables de répondre aux besoins des populations. C’est à cette étape que se mesurera véritablement la promesse de Vuk’Afrik : faire de l’innovation non plus seulement une vitrine, mais un levier concret de transformation économique.
Onesime Lukau
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