À la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, la Première ministre de la République Démocratique du Congo, Judith Suminwa, a délivré un plaidoyer fort et engagé. Entre impératif de souveraineté sanitaire, urgence climatique et appel à un rééquilibrage de l’aide internationale, la Cheffe du gouvernement a rappelé la centralité de la RDC face aux grands défis mondiaux.
Forte de son expérience face aux multiples flambées épidémiologiques de son histoire, la RDC érige la souveraineté sanitaire en priorité absolue. Évoquant la lutte contre la maladie à virus Ébola (souche Bundibugyo), Judith Suminwa a salué la résilience du pays, qui en est à sa dix-septième riposte coordonnée: expertise reconnue avec la mobilisation des équipes scientifiques nationales; partenariats clés en rendant hommage appuyé au personnel soignant, à l’OMS et à Africa CDC pour leur appui précieux et leçon tirée, la santé publique ne se gérant pas dans l’urgence mais exigeant plutôt des systèmes accessibles, des laboratoires performants et la confiance des populations.
Climat et paradoxe mondial : le fardeau des gardiens de la nature
Abordant la question du réchauffement climatique, la Première ministre a pointé du doigt les inégalités profondes qui caractérisent la crise environnementale actuelle :
« Ceux qui contribuent le moins au réchauffement climatique en subissent souvent les conséquences les plus lourdes », s’est exprimé Judith Suminwa Tuluka.
Elle a évoqué le rôle de la RDC en tant qu’élément vital du bassin du Congo dans la régulation climatique mondiale, le pays protège ses forêts, ses tourbières et sa biodiversité au service de toute l’humanité.
S’agissant de la justice climatique, Judith Suminwa a rejeté l’idée d’un financement climatique qui alourdit la dette des pays vulnérables. Elle a plutôt plaidé pour des fonds accessibles, prévisibles et proportionnés aux services écosystémiques rendus.
Initiatives concrètes et développement durable

Face aux pressions combinées du climat et de l’eau, Kinshasa propose des solutions novatrices portées par des projets structurants :
« Le financement climatique représente une juste solution… La justice climatique ne pourrait consister à endetter davantage ceux qui supportent déjà le coût des dommages qu’ils ont le moins causés », s’est plaint la Première ministre.
Elle ne s’est pas privée de revenir sur le Couloir vert Kivu-Kinshasa, une initiative multisectorielle combinant production énergétique (60 mégawatts), création de 25 000 emplois d’ici 2027 et protection de 5 000 kilomètres carrés de forêt naturelle. En termes de sécurité hydrique, Judith Suminwa a révélé la proposition officielle de création d’une Coalition africaine pour la sécurité hydrique, dans le prolongement du Forum de N’Djamena, pour faire de l’eau un levier de paix et de développement.
Un appel pressant à la communauté internationale
À quatre ans de l’échéance de 2030, la feuille de route congolaise pour l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) chiffre les besoins du pays à plus de 70 milliards de dollars. Tout en réitérant les efforts internes de mobilisation des recettes publiques, Judith Suminwa conclut par un rappel factuel :
« Aucun pays confronté simultanément à la guerre, aux épidémies et aux chocs climatiques ne peut surmonter seul un tel déficit structurel », a-t-elle souligné.
Le message de la République démocratique du Congo à l’ONU est passé, reste à savoir si la communauté internationale aura une oreille attentive aux cris de la RDC.
Ruben Ns Mayoni
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