Un an après la création du Couloir Vert Kivu-Kinshasa (CVKK), le Réseau Environnement et Droits Humains (R-EDH) dresse un bilan mitigé de cette ambitieuse initiative de conservation communautaire. Réunis à Kinshasa le 19 mai dernier, les membres du réseau ont salué les premiers résultats enregistrés sur le terrain tout en alertant sur les nombreux défis qui continuent de freiner son déploiement effectif. Créé par décret présidentiel en janvier 2025, le Couloir Vert Kivu-Kinshasa est présenté comme l’un des projets environnementaux les plus ambitieux de la République démocratique du Congo. Placée sous la gestion de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), cette aire protégée à vocation communautaire bénéficie d’un partenariat public-privé avec la Fondation Virunga, chargée de sa mise en œuvre opérationnelle.
Dans son communiqué, le R-EDH reconnaît les avancées déjà enregistrées, notamment l’acheminement expérimental de 35 tonnes de vivres depuis l’Est du pays vers Kinshasa malgré les contraintes logistiques et infrastructurelles. Le réseau salue également les efforts consentis dans les domaines de la sécurité et du développement dans la partie orientale du corridor.
Cependant, ces progrès ne suffisent pas à dissiper les inquiétudes. Pour les organisations de la société civile, plusieurs questions fondamentales restent sans réponse. Elles s’interrogent notamment sur les retombées concrètes du projet pour les provinces de l’Ouest, la création effective d’emplois verts, le développement des infrastructures de connectivité et le niveau d’information des populations concernées.
« Comment espérer une adhésion populaire à une initiative dont une grande partie de la population ignore encore l’existence ? », questionne le réseau, qui plaide pour une stratégie de communication plus inclusive et participative.
Au-delà des enjeux de développement, c’est surtout la question de la gouvernance qui suscite les préoccupations du R-EDH. Les organisations signataires estiment que la coexistence de plusieurs acteurs institutionnels aux responsabilités parfois mal définies risque de compromettre l’avenir du projet. À cela, l’ICCN, la Fondation Virunga, le Conseiller spécial du Président de la République ainsi que le ministère de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle Économie du Climat interviennent tous à différents niveaux dans la gestion du Couloir Vert. Pour le R-EDH, l’absence d’une articulation claire entre ces instances pourrait entraîner des chevauchements de compétences, des conflits institutionnels et des blocages administratifs. Le réseau considère pourtant que le Couloir Vert possède le potentiel de devenir un modèle international de conservation conciliant protection de la biodiversité, développement économique et respect des droits des communautés locales.
Des recommandations pour relancer le projet
Face à ces défis, le R-EDH formule plusieurs recommandations à l’attention du gouvernement congolais et de ses partenaires. Parmi les priorités figurent la clarification des rôles de chaque acteur à travers un document de gouvernance accessible à tous, la mise en place d’un cadre permanent de concertation ainsi que la réalisation d’une cartographie institutionnelle permettant d’identifier les éventuels conflits de compétences. Les organisations insistent également sur la nécessité de placer les communautés locales et les peuples autochtones au centre du dispositif. Elles plaident pour des campagnes de sensibilisation, des consultations régulières et une implication directe des populations dans les mécanismes de prise de décision.
Finalement, le R-EDH réaffirme son soutien au Couloir Vert Kivu-Kinshasa, qu’il considère comme une initiative majeure pour la conservation des forêts congolaises et la lutte contre le changement climatique. Mais pour que cette vision se concrétise, prévient le réseau, la gouvernance devra être clarifiée et les communautés pleinement associées à la construction de ce projet d’envergure nationale et internationale.
Onesime Lukau
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