C’est un véritable coup de tonnerre dans le secteur forestier et environnemental congolais. Quarante-huit contrats de concession forestière de conservation, assortis d’une visée carbone et couvrant une superficie astronomique d’environ 14 millions d’hectares, ont été officiellement publiés dans un numéro spécial du Journal Officiel daté du 25 mai 2026.
Pourtant, un détail pour le moins surprenant interpelle les observateurs : tous ces documents portent curieusement la même date de signature, soit le 24 mars 2017, endossés au nom de la République par l’ancien ministre de l’Environnement, Athys Kabongo Kalonji. Neuf ans de silence radio qui, aujourd’hui, soulèvent de graves interrogations.
Cette alerte lancée ce jeudi 30 juillet 2026 par le Conseil pour la Défense Environnementale par la Légalité et la Traçabilité (CODELT), à travers son Conseiller technique principal, Me Augustin Mpoyi, suscite déjà des remous dans les milieux politiques et de la société civile.
Un monopole opaque aux mains d’un seul homme
L’analyse minutieuse de ces attributions révèle qu’elles ont toutes été captées par un unique groupe commercial. Ce conglomérat englobe quatre entreprises distinctes, toutes dirigées par une seule et même personne, Adrien W. Boronse. Il s’agit d’abord de Global Treaty Corporation (GTC) : détentrice de 21 contrats (numéros 027 à 047), pour un total avoisinant les 7 millions d’hectares. Siège, 17e rue, Limete, Kinshasa.
Puis d’International Consulting Business (ICB) : détentrice de 10 contrats (numéros 057 à 067). Siège, avenue Bokoro, Ngaliema, Kinshasa. Ensuite, de Big Trust : détentrice de 10 contrats (numéros 048 à 057), dont le siège, 17e rue, Limete, Kinshasa. Enfin de BRIC : détentrice de 7 contrats (numéros 020 à 026). Siège, avenue Lufungola, Ngaliema, Kinshasa.
Des violations massives de la législation en vigueur
Au-delà de la concentration suspecte de ces titres entre les mains d’un seul opérateur, des experts du secteur pointent du doigt de flagrantes violations des dispositions légales régissant la gestion forestière en République Démocratique du Congo :
« Si l’attribution de gré à gré est certes encadrée par la loi, elle ne peut en aucun cas s’affranchir de l’enquête publique obligatoire, une étape qui a totalement été occultée dans ce dossier », fait-on remarquer dans le milieu de la société civile environnementale congolaise.
Pis encore, les limites légales de superficie volent en éclats. La loi fixe un plafond strict de 500.000 hectares par entité (sauf dérogation ou approbation législative expresse). Or, dans le cas d’espèce, chacune des quatre sociétés impliquées s’est vue allouer plus de 2 millions d’hectares, la première frôlant même le seuil vertigineux des 7 millions d’hectares.
Une affaire aux multiples zones d’ombre
La parution tardive de ces actes administratifs après neuf années d’opacité totale alimente toutes les spéculations au sein de la société civile et des milieux politiques. Plusieurs questions cruciales restent à ce jour sans réponse.
Pourquoi avoir gardé le secret pendant 9 ans ? Comment expliquer un délai aussi long entre la prétendue signature de 2017 et la publication en mai 2026 ? À qui profite le crime ? Qui a subitement transmis ces dossiers au Journal Officiel à l’insu de l’administration et du grand public, et soupçonne-t-on une falsification des pièces ? Où était la commission de re-visitation ? Comment ces méga-contrats ont-ils pu échapper totalement aux radars lors de la vaste opération de « re-visitation » des contrats forestiers menée sous l’ère de l’ex-ministre Ève Bazaiba ?
Alors que d’autres révélations sont annoncées dans les prochains jours, cette affaire remet en question la gouvernance des crédits carbone et la protection des écosystèmes forestiers du bassin du Congo. Il appartient désormais aux autorités judiciaires et administratives compétentes de situer les responsabilités.
Affaire scandaleuse à suivre !
Ruben Ns Mayoni
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