Dans une lettre ouverte adressée le 18 août à la Première ministre de la RDC, Judith Suminwa, les Écologistes RDC, structure basée à Goma au Nord-Kivu, Coordonné par Prince Kihangi Kyamwami, réclame un dialogue vert pour renforcer la riposte mondiale à la menace des changements climatiques pour un développement durable et la lutte contre la pauvreté en RDC.
La République Démocratique du Congo (RDC), pilier écologique mondial avec près de 60 % du massif forestier du Bassin du Congo, se trouve à une croisée des chemins critique. Si le pays est un acteur clé de la lutte contre le réchauffement climatique, les politiques actuelles de conservation se heurtent à une réalité socio-économique complexe qui exige une réinvention urgente.
Vers un « Dialogue Vert » national
Face à la récurrence des conflits entre les gestionnaires des aires protégées (AP) et les populations riveraines, une proposition émerge : la convocation d’un Dialogue Vert. Cet espace de concertation inclusive, réunissant acteurs étatiques et non étatiques, vise à dépasser les méthodes de gestion traditionnelles pour adopter une approche équilibrée entre impératifs écologiques, besoins socio- économiques et réalités culturelles.
L’enjeu est de passer d’une conservation souvent perçue comme restrictive à une vision où la protection de la biodiversité devient un moteur de développement durable pour les populations locales.
Cas emblématique du Parc National des Virunga
Le Parc national des Virunga (PNVi) illustre les limites du modèle actuel. Il se caractérise par plusieurs éléments qui soulignent la nécessité d’une nouvelle gestion des AP.
D’abord, la pression démographique : avec une densité passant de 4 habitants/km² en 1925 à près de 600 en 2026, la pression sur les terres est devenue insoutenable. L’explosion démographique génère des besoins en énergie, habitat et alimentation qui finissent par empiéter sur les zones protégées.
Ensuite, la mutation écologique : certaines zones, autrefois riches, ne répondent plus aux critères de conservation. Il est temps d’évaluer courageusement ces espaces et de réfléchir à une gestion plus flexible.
Enfin, la lutte contre la pauvreté : la pauvreté est le principal moteur de l’envahissement des écosystèmes. Sans alternatives viables de développement, les populations locales, pourtant gardiennes ancestrales de ces forêts, sont contraintes à une exploitation qui fragilise leur environnement.
Nécessité d’agir en amont
Il est paradoxal que dans un pays qui abrite 10 % des forêts mondiales, la conservation soit synonyme de heurts quotidiens. L’appel lancé à la Première Ministre est clair : la RDC doit agir en amont par des politiques inclusives. Les communautés locales et les peuples autochtones pygmées ne doivent plus être vus comme une menace, mais comme des partenaires incontournables. Leur savoir traditionnel est le garant de la survie de cette biodiversité.
La RDC, en tant que pays-solution, a l’obligation morale et stratégique de transformer sa gestion des aires protégées pour que la lutte contre les changements climatiques rime enfin avec la lutte contre la pauvreté.
Ruben Ns Mayoni
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