Près de 200 pays réunis en Amazonie brésilienne ont adopté samedi 22 novembre à la CoP30 un modeste consensus sur l’action climatique, sans plan de sortie des énergies fossiles, un résultat décevant pour l’Europe mais jugé prévisible dans une année bouleversée par les rivalités géopolitiques.
« La science a prévalu, le multilatéralisme à gagné », a déclaré avant même l’adoption le président brésilien Lula depuis Johannesburg.
Le président brésilien de la conférence André Correa do Lago a fait adopter le texte par consensus lors de la séance de clôture, au lendemain de la fin prévue du sommet. La décision célèbre l’accord de Paris et la coopération climatique. Mais il n’appelle à accélérer l’action que de façon « volontaire », et ne fait qu’une référence indirecte à la sortie des énergies fossiles, en rappelant le consensus de la CoP 28 à Dubaï, et sans écrire les mots explicitement. Ce qui est loin du plan un temps réclamé par plus de 80 pays européens, latino-américains ou insulaires.
« Nous devons le soutenir car, au moins, il nous emmène dans la bonne direction », a déclaré auparavant le commissaire européen au climat, Wopke Hoesktra, après une nuit de négociations et une réunion de coordination avec les Vingt-Sept.
« Nous n’allons pas cacher que nous aurions préféré davantage, et plus d’ambition sur tout ».
La ministre française Monique Barbut a ajouté que les Européens avaient préféré accepter ce texte en raison du « procès qui était fait aux Européens, qui était de dire qu’une des raisons pour lesquelles on s’opposait à ce texte, c’était parce qu’on ne voulait pas payer de l’argent pour les pays les plus pauvres ».
Le chef de la délégation chinoise, Li Gao, a salué un « succès dans une situation très difficile ». En 2023, les pays s’étaient engagés à « opérer une transition juste, ordonnée et équitable vers une sortie des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques », pour la première fois dans l’histoire des conférences sur le climat de l’ONU.
Depuis, les pays qui produisent ou dépendent des énergies fossiles repoussent toutes les tentatives de répéter ce signal dans le cadre multilatéral. L’analyste Li Shuo, de l’Asia Society à Washington, voit dans ce résultat un nouveau « point d’inflexion dans la politique climatique mondiale ».
« Alors que l’ambition climatique nationale ralentit, les négociations internationales sont désormais limitées par une volonté politique en déclin. Lorsque les États-Unis se retirent, les autres acteurs deviennent prudents et indécis», a-t-il déclaré à Belem.
La combustion du pétrole, du gaz et du charbon sont largement responsables du réchauffement planétaire. Des pays comme la Russie, l’Arabie saoudite ou l’Inde ont été désignés par la France comme menant le camp du refus, mais ils ne sont pas seuls.
Une partie du monde en développement n’avait pas comme priorité la bataille contre les fossiles en arrivant au Brésil il y a deux semaines. Pour eux, les financements sont plus urgents, et la COP30 leur livre un petit gain.
Le texte de compromis prévoit un triplement de l’aide financière pour l’adaptation des pays en développement à l’horizon 2035, par rapport à l’objectif actuel de 40 milliards par an. Ces pays expliquent que de nombreuses économies, pauvres ou émergentes, n’ont pas les moyens de passer aux énergies renouvelables demain, ou tout simplement d’adapter leurs villes ou leurs agricultures à un climat déréglé. Ils réclament des pays les plus riches des engagements financiers supplémentaires pour aider les nations qui le sont moins.

Mais est-ce assez ?
« Pas vraiment. Mais les négociations intergouvernementales travaillent sur le plus petit dénominateur commun. Mais notre combat continue », dit à l’AFP un négociateur du Bangladesh.
Européens isolés
L’accord prévoit d’instituer un « dialogue » sur le commerce mondial, une première dans les négociations climatiques. La Chine, qui mène la fronde des pays émergents contre les taxes carbone aux frontières, en avait fait sa priorité. La présidence brésilienne aura jusqu’au bout refusé d’inclure dans son texte la création d’une « feuille de route » sur la sortie des énergies fossiles, pourtant prônée par le président brésilien Lula lui-même sur place.
L’UE avait brandi vendredi 21 novembre la perspective de partir de Belém « sans accord ». Cela aurait signé un échec retentissant pour l’hôte, le Brésil, et pour une conférence organisée dans l’une des régions emblématiques des questions environnementales posées à la planète, l’Amazonie.
Mais les Européens se seraient retrouvés « isolés », selon le membre d’une délégation d’un des 27. Ces derniers n’ont pas voulu apparaître comme responsables d’une catastrophe diplomatique au moment où ils cherchent à maintenir en vie le régime climatique mondial.
« Ceux qui doutent que la coopération soit la meilleure chose à faire pour le climat seront absolument ravis de voir qu’on n’arrive pas à nous mettre d’accord », avait prévenu le président de la CoP 30, le diplomate brésilien André Corrêa do Lago.
Que retenir de la Cop 30 ?
Selon le site belge lavenir.net qui parle d’un bilan mitigé après une fin de sommet chaotique, outre le « Mutiaraõ mondial », la CoP 30 a pris une série de décisions, et non de moindres, comme l’adoption d’un plan d’action pluriannuel sur l’égalité des sexes face au changement climatique et d’une série de plusieurs dizaines d’indicateurs censés accompagner les pays dans leur plan d’adaptation au changement climatique.
Pour la même source, la CoP 30 s’est aussi mise d’accord sur un mécanisme de transition juste, qui vise à ce que personne, et notamment les travailleurs, ne soit laissé de côté dans le cadre de la transition climatique. Demandé à cor et à cri par les pays du Sud et salué par la Coalition Climat, qui y voit la « seule lumière dans la nuit » à Belém, ce mécanisme ne sera toutefois formellement établi que l’année prochaine, lors de la CoP 31.
Signalons que la 31e conférence des Nations unies sur le changement climatique aura lieu en novembre 2026 en Turquie sous présidence australienne.
La rédaction (avec GoodPlanet)
Share this content:
