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À Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, un phénomène persistant depuis des décennies soulève l’inquiétude : la négligence généralisée du principe de biosécurité. Cet ensemble de mesures et de barrières vise à maîtriser les risques biologiques, qu’ils soient accidentels ou malveillants. Pourtant, dans de nombreux marchés de la ville – communément appelés « wenze » -, cette notion fondamentale est régulièrement ignorée. Une question cruciale se pose alors : dans la chaîne allant des autorités urbaines aux clients, en passant par les vendeurs, à qui incombe la responsabilité de protéger l’intégrité du vivant ?
Du marché de la Liberté au grand marché « Zando », en passant par ceux de Gambela, Matete ou Selembao, le constat est identique et amer. Des produits de première nécessité – fruits, légumes, viandes – sont souvent étalés à même le sol, faiblement protégés, livrés aux mouches, à la poussière et aux intempéries. Ils sont ainsi largement exposés à des contaminations, en violation flagrante du principe de bio-exclusion, qui commande justement de bloquer l’entrée des pathogènes.
Dans la quasi-totalité des marchés kinois, formels ou informels, il est rare de voir des vendeurs aménager soigneusement leurs étals pour protéger leurs denrées d’un environnement déjà pollué. L’objectif devrait être pourtant clair : éviter de vendre aux clients des aliments porteurs d’agents biologiques dangereux. Sur plusieurs sites visités, des tas d’ordures côtoient les étalages, auxquels s’ajoutent des poussières soulevées par le passage et des animaux domestiques en divagation.

Aucun service public n’est visible sur le terrain pour constater ces manquements et y remédier. Conséquence directe : les ménages ayant des moyens financiers stables préfèrent se tourner vers les supermarchés ou les enseignes gérées par des expatriés, perçues comme plus sûres, afin de protéger leur famille et d’éviter les risques sanitaires.
Pour ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir ce « luxe », l’option reste unique : se rendre au petit marché du quartier, acheter selon son budget, mais avec, en supplément invisible, le risque de maladies à effet retardé.
D’autres encore préfèrent aller au coucher du marché, pendant que la nuit tombe et les denrées sont à leur fin de vie, c’est-à-dire ayant perdu tout ce qui fait d’elles des denrées alimentaires encore comestibles.

Ce phénomène est aussi le reflet d’une réalité socio-économique : face au coût élevé de la qualité, beaucoup de Kinois privilégient la quantité, une préférence souvent imposée par la paupérisation d’une partie de la population.
À l’origine associé à la gestion des armes biologiques et au bioterrorisme, le terme biosécurité a été adopté dans le secteur agricole dès les années 1980. Il désigne l’ensemble des pratiques visant à prévenir l’introduction ou la diffusion d’agents pathogènes – virus, bactéries, toxines, OGM – dans tout environnement où ils pourraient menacer la santé animale, humaine ou la sécurité alimentaire. Un cadre dont Kinshasa semble, pour l’heure, cruellement dépourvu.
Bertin Al-bashir
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