Les travaux préparatoires au lancement d’un Pôle de collaborations pour la justice climatique en République Démocratique du Congo se sont ouverts ce mardi 24 février à Kinshasa. Facilités par l’ASBL Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH), sous la coordination du Fonds pour les Droits Humains Mondiaux (FDHM), ces échanges visent à identifier des solutions innovantes, notamment préventives, pour favoriser la justice sociale, l’accès à l’information d’intérêt public pour les populations vulnérables et un meilleur accès à la justice.
Ces assises, qui se déroulent sur deux jours (24 et 25 février), réunissent des représentants d’ONG locales, d’organisations communautaires et autochtones, des journalistes et des administrations publiques venus des secteurs tels que : l’Aménagement du territoire, le Foncier, les Hydrocarbures, l’Agriculture et l’Energie. L’objectif est d’élaborer un diagnostic partagé de l’écosystème de la justice climatique en RDC, de favoriser le dialogue et la collaboration entre acteurs de différents horizons, et d’identifier des priorités communes.
Plusieurs panels ont permis des partages d’expériences enrichissantes notamment, celle de GRADI sur le développement du Plan d’action national pour la mise en œuvre des principes volontaires sur la sécurité et les droits humains en RDC. Un autre échange a porté sur l’expérience de création d’alternatives énergétiques et de moyens de subsistance en faveur des communautés. Un témoignage a été démontré sur l’impact de l’exploitation des hydrocarbures, sur la dégradation de moyens de subsistance et de droits des communautés locales de Moanda. Enfin, un panel spécifique a permis au ministère de l’Environnement de partager les défis majeurs identifiés concernant le respect des droits des communautés, la lutte contre le changement climatique et les projets d’atténuation.
Lors de son mot d’ouverture, le représentant du ministère de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat (MEDD-NEC) a souligné la nécessité de concilier justice climatique et impératifs économiques.
« La justice climatique est un concept d’aujourd’hui, mais elle ne peut pas être dissociée des choix économiques. Devant les impératifs économiques, nous risquons parfois de sacrifier la population. Or, l’État a besoin de moyens pour répondre aux besoins des communautés », a-t-il expliqué.
Le Secrétaire Exécutif de l’ACEDH, Me Olivier Ndoole, a insisté sur la particularité de cette initiative par rapport aux démarches déjà existantes.
« Il existe des initiatives au niveau national et global, mais il subsiste toujours des vides. Notre particularité sera définie par les acteurs eux-mêmes, en fonction des écarts identifiés entre les textes de loi et leur application sur le terrain. Nous voulons créer des passerelles avec les autres initiatives pour assurer la complémentarité et éviter les chevauchements », a-t-il précisé.
Il a ajouté : « Il s’agit de mettre en place un pôle de collaboration, plus informel, qui permettra de partager les informations, mais aussi de décider des options d’influence sur les politiques de sauvegarde sociale et de justice climatique. »
Me Olivier Ndoole a garanti un diagnostic réellement partagé, grâce à une approche inclusive.
« Nous avons des experts, la presse en contact permanent avec les communautés locales, les acteurs de la société civile qui travaillent avec les peuples autochtones, ainsi que les autorités compétentes pour décider. La combinaison entre acteurs publics et privés constitue une valeur ajoutée. La collaboration entre les décideurs, les acteurs de terrain et les acteurs judiciaires permettra une véritable intersection intersectorielle et une meilleure harmonisation des politiques et de leur mise en œuvre », a-t-il déclaré.

Un nouveau cadre stratégique pour le FDHM
Annie Bukaraba, consultante du Fonds pour les Droits Humains Mondiaux (FDHM), a présenté le nouveau cadre stratégique de l’organisation.
« Pour son nouveau plan stratégique 2025-2030, le FDHM a adopté une approche fondée sur le pouvoir collectif et le changement social à travers une dynamique collective. Cette stratégie repose sur trois piliers : la justice climatique, la justice de genre et la gouvernance des ressources. Notre partenariat s’inscrit dans le pilier de la justice climatique », a-t-elle précisé.
Elle a insisté sur la méthode privilégiée : « Les approches basées sur l’apprentissage collectif, l’intersectionnalité, l’inclusion de genre et la participation dans un espace multi-acteur peuvent renforcer les capacités de transformation sociale et faire évoluer les narratifs dominants du développement. Il s’agit de préserver les équilibres écologiques et climatiques en faveur des communautés, notamment des peuples autochtones. »

La suite de la journée a été consacrée à la composition de trois groupes de travail chargés d’identifier les grandes causes liées au déficit de gouvernance. La restitution de leurs travaux est attendue ce mercredi.
L’ACEDH annonce qu’une seconde rencontre sera organisée après ces deux jours. Des études seront menées sur la base des orientations définies, puis confrontées aux réalités du terrain afin de dégager des options plus concrètes et plus efficaces en matière de justice climatique.
Cette démarche participative vise à aboutir à des solutions réalistes, adaptées et éclairées par les insuffisances constatées sur le terrain, pour une justice climatique qui protège réellement les communautés et leurs droits.
Bertin Al-bashir
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