Après deux jours d’intenses travaux réunissant l’administration publique, la société civile et des experts techniques à Kinshasa, les réflexions sur le lancement d’un Pôle de collaborations pour la justice climatique en RDC se sont achevées ce mercredi 25 février 2026. Les discussions ont abouti à un diagnostic à la fois opérationnel et institutionnel des défis liés à la justice climatique. Coordonnées par l’ASBL Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH) en collaboration avec le Fonds pour les Droits Humains Mondiaux (FDHM), ces assises visaient à identifier des solutions innovantes, notamment préventives, pour favoriser la justice sociale, l’accès à l’information d’intérêt public pour les populations vulnérables et un meilleur accès à la justice.
La justice climatique en RDC est confrontée à de nombreux obstacles : vulnérabilité extrême face au réchauffement climatique, déforestation, exploitation minière incontrôlée et faible gouvernance. Bien que le pays ne soit qu’un contributeur mineur aux émissions mondiales, il subit de plein fouet les conséquences du changement climatique, avec des inondations et des sécheresses de plus en plus fréquentes. Face à ce constat, une transition écologique juste, des réformes foncières et une meilleure gestion des ressources apparaissent comme des impératifs.
Pour y répondre, les participants – représentants des ministères sectoriels (Aménagement du territoire, Foncier, Hydrocarbures, Agriculture, Énergie), de la société civile et des communautés – ont analysé les normes existantes et identifié les écarts institutionnels qui freinent l’effectivité de la justice climatique.
Cette rencontre a été saluée comme une innovation par les experts présents. Pour la première fois, techniciens des administrations sectorielles, société civile et autres acteurs ont été réunis pour réfléchir et agir ensemble en faveur de la justice climatique. L’enjeu est de taille : garantir que toutes les parties prenantes soient satisfaites de l’évolution des processus, afin que la RDC conserve sa position de pays-solution face aux défis climatiques mondiaux.
Au sortir des travaux, Me Olivier Ndoole, Secrétaire exécutif de l’ACEDH, a présenté les grandes priorités issues des échanges.
« Il s’agit de renforcer le dialogue interinstitutionnel, d’assurer une veille stratégique et de développer des plaidoyers pour des politiques publiques préventives face aux injustices climatiques. Nous envisageons également la création d’un cadre permanent d’échange sur les questions de sauvegarde sociale et l’exploration de plaidoyers en faveur de juridictions spécialisées en matière d’injustices climatiques », a-t-il précisé.
Concernant le renforcement des communautés locales, Me Olivier Ndoole a souligné l’importance de la technologie pour faire avancer les contentieux climatiques.
« L’un des axes majeurs est le renforcement du pouvoir collectif des communautés locales, à travers le développement des capacités, l’accès au savoir et l’appropriation des outils technologiques. Il existe un décalage entre les violations climatiques et la capacité à documenter les preuves, à les préserver et à accéder à l’information d’intérêt public. Sans technologies appropriées, il sera difficile de faire avancer les contentieux climatiques », a-t-il souligné.
Me Blaise Mudodosi, Coordonnateur de l’ONG APEM et expert participant, a insisté sur la nécessité de garantir une redistribution équitable des bénéfices issus des mécanismes climatiques.
« Nos communautés sont les premiers gardiens de nos forêts et de notre biodiversité, mais elles restent confrontées à la pauvreté. Or, la pauvreté accentue la pression sur la forêt. Notre priorité est d’assurer une redistribution équitable des revenus issus des mécanismes climatiques, qu’il s’agisse du programme REDD+, des concessions de conservation ou des initiatives liées au marché carbone. Les sauvegardes doivent être respectées, notamment en matière de partage des bénéfices et de mécanismes de gestion des plaintes. C’est fondamental pour garantir la justice climatique », a-t-il assuré.
Intégrer les exploitants : un impératif pour une gouvernance inclusive

Me Blaise Mudodosi a également lancé un message fort sur la nécessité d’intégrer les acteurs économiques dans ce nouveau pôle.
« Les exploitants – forestiers, miniers, pétroliers, agrobusiness – sont des acteurs clés. Ils doivent faire partie du pôle de collaboration, car c’est un cadre de concertation multi-acteurs où l’on discutera des problèmes et des solutions. Tous ceux qui ont un impact sur l’environnement et le climat doivent être associés, afin de s’assurer que leurs activités respectent les droits des communautés et les normes en vigueur », a-t-il alerté.
Pour lui, la gouvernance environnementale ne relève pas uniquement de l’État. Elle nécessite la participation de toutes les parties prenantes.
« Nous avons analysé les causes de la faible gouvernance : il existe des problèmes structurels, mais aussi des problèmes liés aux comportements des acteurs. La gouvernance ne relève pas uniquement de l’État. La société civile et les communautés ont également un rôle à jouer dans la prise de décision sur les ressources naturelles. Le pôle devra prioriser le renforcement des capacités, la sensibilisation et le suivi. Le monitoring est essentiel : il faudra pointer les responsabilités, qu’il s’agisse de l’administration, des exploitants ou même de la société civile », a-t-il conclu.
L’ensemble de ces engagements a été consigné dans un communiqué final adopté et approuvé par toutes les parties prenantes. « À l’issue des échanges riches et constructifs, un consensus s’est dégagé en faveur de la création d’un Pôle de collaboration pour la justice climatique en RDC, avec une mission et un mandat clairement définis, ainsi que les changements attendus et les groupes cibles identifiés », peut-on y lire.
Selon les organisateurs, un rapport détaillé sera finalisé, présentant le diagnostic initial, les besoins identifiés, les acteurs concernés et les principaux défis. Pour la suite du processus, une nouvelle rencontre sera organisée autour d’une étude en cours, afin de confronter les conclusions des experts aux données empiriques du terrain.
Ces travaux déboucheront sur une feuille de route consolidée définissant les axes d’intervention, de recherche et d’influence sur les politiques publiques pour les cinq prochaines années du programme.
Bertin Al-bashir
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