« Il n’y a pas de pollution zéro », dit-on. Mais on peut éviter cette pollution. C’est le sens même qu’il faut donner aux études d’impact environnemental et social (EIES) ainsi qu’au plan de gestion environnementale et sociale (PGES) dans la réalisation de tout projet ou presque. Ce qui se passe à l’intérieur du pays, et particulièrement dans la province de la Tshopo laisse plusieurs organisations de la société civile sans voix. C’est le cas de l’Organisation non gouvernementale Actions pour la promotion et protection des peuples et espèces menacés (APEM), qui a lancé un SOS quant aux impacts de l’exploitation minière artisanale et semi-industrielle qui se produit dans la province de la Tshopo.
Cette ONG vient de mettre sur la place publique les résultats de son enquête. Vendredi 17 avril a son siège de Bon marché dans la commune de Barumbu à Kinshasa, devant les professionnels des médias, APEM souligne que les activités minières dans cette partie de la République entraînent des graves conséquences sur le plan environnemental, social et humain.
Pour Me Blaise Mudodosi, Coordonnateur national de l’APEM, des matériels industriels sont utilisés dans des zones d’exploitation artisanales, avec comme conséquence, la dévastation des cultures et la précarité des communautés qui en dépendent.
« Pour nous, ce sont les cris des communautés qui vivent dans les milieux où ces activités d’exploitation minières artisanales utilisent des matériels industriels. Ces activités dévastent et créent des dégâts, perturbent les cultures des communautés et mettent tout le monde en difficulté », regrette Me Mudodosi.
Le Coordonnateur national d’APEM a indiqué que les investigations ont été menées dans deux territoires, particulièrement celui de Banalia et de Bafwasende, où l’extraction aurifère est en train de sacrifier sur l’autel des intérêts égoïstes tant les écosystèmes que les droits fondamentaux des communautés locales.
Des cadavres dans le placard

Cette exploitation minière est non sans conséquence sur la vie humaine. A en croire Germain Kikandi, chargé de projet, trois cas de décès sont déjà comptés.
« Trois cas de décès sont enregistrés par noyade dans des lacs artificiels créés par les activités minières, ainsi que l’abandon de fosses sans signalisation. Quatre décès liés à des violences signalés à Mbavadidi, et une quinzaine de victimes ont rapporté la perte totale de leurs champs, écrasés par le passage des engins », signale Germain Kikandi.
Le social et l’environnement gravement impactés
Comme il en est de coutume dans pareils cas, l’environnementet le social sont les premières victimes des activités minières. La rivière Aruwimi et les villages de Komili et Babitolo environnant les sites d’exploitation sont dangereusement victimes de pollution: plus possible de consommer l’eau qui a changé de coloration avec l’usage des produits toxiques. Les poissons meurent à cause de la pollution des eaux par le mercure, les cours d’eau deviennent boueux.
Sur le plan social, l’ONG APEM signale que les communautés s’inquiètent de la disparition des produits forestiers non ligneux à l’instar des chenilles, des champignons et des fruits, ainsi que la disparition des essences végétales utilisées dans la pharmacopée traditionnelle.
Saisie des autorités compétentes

Dans la recherche d’une solution idoine à cette crise sociale et environnementale en présence, Apem a saisi les autorités compétentes de Kisangani et de Kinshasa. Dans cette perspective, l’ONG exige des garanties sur le respect strict du consentement libre, informé et préalable (CLIP) avant l’octroi de toute licence; l’imposition de la réhabilitation et du reboisement systématique des sites après exploitation et l’interdiction de l’usage de produits polluants.
Elle exige également d’assurer un suivi des normes environnementales et sociales, ainsi que des indemnisations justes, et enfin la mise sur pied des mécanismes de gestion des plaintes accessibles (MGP).
Signalons que dans le cadre de sa collaboration avec Forest Peoples Programme (Programme des peuples des forêts – FPP), l’ONG Apem énumère un certain nombre de griefs à l’encontre des entreprises telles que COMIBAV et ALL FOR ONE MINING qui exercent en aval des communautés locales, parmi lesquels, l’absence d’indemnisation pour la destruction des terres agricoles, la profanation de sites sacrés, la marginalisation des communautés dans les processus de décision et la menace sur les droits fonciers coutumiers.
Ruben Ns Mayoni (avec Apem)
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