L’Organisation Congolaise des Écologistes et Amis de la Nature (OCEAN) tire la sonnette d’alarme sur un projet de lotissement qu’elle qualifie de menace grave pour la réserve forestière de la Boucle de la Tshopo, à Kisangani, dans la province de la Tshopo. Dans un plaidoyer adressé à la ministre de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle Économie du Climat, l’organisation appelle à la suspension immédiate de toute opération de morcellement dans cette zone écologique stratégique.
Selon un communiqué signé par le coordonnateur national d’OCEAN, Florent Kay Lizobolia, et le vice-président du Conseil d’administration, René Ngongo, la réserve concernée constitue un patrimoine écologique majeur pour la ville de Kisangani et joue un rôle essentiel dans la protection du barrage hydroélectrique de la Tshopo ainsi que dans la régulation du microclimat urbain.
À cet effet, l’ONG rappelle que cette aire forestière d’environ 400 hectares, située à proximité immédiate de la centrale hydroélectrique de la Tshopo, du pont Tshopo ainsi que du jardin botanique et zoologique de Kisangani, bénéficie d’un statut de protection depuis 1953 en vertu d’une ordonnance royale. Car, pour OCEAN, cet espace représente une infrastructure naturelle indispensable à la sécurité environnementale et énergétique de la ville.
« Cet écosystème particulier joue un rôle stratégique de protection du pont Tshopo et du barrage de la centrale hydroélectrique de la SNEL et contribue également à la régulation du microclimat de la ville de Kisangani », souligne le document.
Quid du bon fonctionnement du barrage ?
Pour appuyer les inquiétudes liées aux risques environnementaux, l’expert Kadange de l’ONG OCEAN rappelle que la configuration actuelle du barrage hydroélectrique de la Tshopo résulte d’un important aménagement réalisé à l’époque coloniale afin d’alimenter Kisangani en eau et en électricité. Selon lui, le lit naturel de la rivière Tshopo passait autrefois dans une autre trajectoire, notamment vers la zone où se trouvent aujourd’hui de petits ponts et la rivière Tshopo Muke.
« Là où nous traversons les petits ponts, c’est le lit naturel de la rivière Tshopo. À l’époque, il n’y avait pas encore de barrage. La rivière suivait son cours normal avant les aménagements réalisés par le colonisateur. Les autorités coloniales avaient procédé à une déviation artificielle du cours de la rivière afin de permettre la construction des installations hydroélectriques », explique-t-il
Et d’ajouter : « Pour alimenter la ville en eau et en électricité, le colonisateur a fait dévier le passage de la rivière. On a creusé des canaux d’amenée, installé les turbines et aménagé tout le système afin que l’eau puisse emprunter ce nouveau circuit et produire la chute nécessaire à la production d’électricité. Donc toute modification anarchique de cette zone forestière pourrait fragiliser l’équilibre hydraulique mis en place autour du barrage et augmenter les risques d’érosion, d’ensablement ou de perturbation des eaux », précise l’expert Kadange.
Projet de lotissement controversé

Au centre de la controverse figure un Arrêté provincial du 17 mars 2026 portant création d’un lotissement dénommé « Batiambomake », prévoyant notamment 560 parcelles résidentielles, 20 parcelles commerciales ainsi que des espaces publics dans le secteur de Lubuya Bera, à Kisangani. Plus encore, cette initiative viole les règles encadrant le classement et le déclassement des forêts en République démocratique du Congo et va à l’encontre des efforts nationaux de lutte contre le changement climatique et de préservation de la biodiversité.
Cependant, l’organisation environnementale redoute plusieurs conséquences majeures, notamment la perturbation du régime hydrologique, l’ensablement et la fragilisation du barrage hydroélectrique de la Tshopo, l’augmentation des risques d’inondations et de glissements de terrain, la perte de biodiversité, l’aggravation des effets du changement climatique ainsi que la détérioration des conditions de vie des populations locales.
Graves irrégularités
Dans son plaidoyer, OCEAN affirme que plusieurs procédures légales auraient été ignorées dans le cadre de ce projet. Dans cette démarche, elle évoque notamment l’absence apparente de procédure régulière de déclassement, le manque de consultations des communautés locales et des parties prenantes, l’absence de transparence autour du processus ainsi que la non-prise en compte du rôle écologique stratégique de cette réserve forestière. L’organisation dénonce également le « silence inquiétant » de certaines autorités environnementales provinciales malgré les alertes formulées depuis 2024 par des acteurs de la société civile.
Principales recommandations
Face à cette situation, l’Organisation Congolaise des Écologistes et Amis de la Nature demande au gouvernement central de suspendre immédiatement toute opération de lotissement ou de morcellement dans la Boucle de la Tshopo, de diligenter une mission conjointe de vérification avec les services compétents et la société civile, de rendre publics les documents administratifs ayant conduit à l’Arrêté provincial contesté, de prescrire une étude d’impact environnemental et social indépendante, de garantir la protection intégrale de cette réserve forestière et d’annuler tout document foncier obtenu irrégulièrement. Par ailleurs, l’organisation appelle les autorités nationales à agir rapidement afin d’éviter des dommages environnementaux qu’elle juge « prévisibles et irréversibles » pour la ville de Kisangani et les générations futures.
Onésime Lukau
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Nous, LES ÉCOLOGISTES RDC asbl, vous soutenons dans cette action de plaidoyer !
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