Ce qui aurait dû déclencher une enquête sur de présumées atteintes à l’environnement a finalement conduit à des poursuites contre l’un des lanceurs d’alerte. L’Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH) dénonce l’action judiciaire engagée contre Roger Elowa, militant climatique et acteur de la société civile du territoire de Poko, dans le Bas-Uélé. Dans une lettre ouverte adressée au procureur général près la Cour d’appel de Buta, l’organisation appelle à l’abandon immédiat des poursuites et plaide pour une meilleure protection des défenseurs de l’environnement en République démocratique du Congo.
Au cœur de cette affaire figure le dossier RI006/PGOT8/KKW, dans lequel Roger Elowa est poursuivi après avoir cosigné une pétition adressée, le 20 mai 2026, au ministre national des Mines. Ce document dénonçait une présumée exploitation illicite des minerais dans le groupement Bautse, secteur Abarambo, territoire de Poko, ainsi que les impacts environnementaux attribués à la société minière chinoise Lubutu Mining.
Pour l’ACEDH, cette démarche relève de l’exercice légitime du droit de pétition garanti par l’article 27 de la Constitution. Elle estime qu’aucun citoyen ne devrait être inquiété pour avoir saisi les autorités compétentes afin de signaler des faits susceptibles de porter atteinte à l’environnement et aux droits des communautés locales. À cet effet, cette structure de la société civile tient à rappeler également que l’article 53 de la Constitution reconnaît à toute personne le droit à un environnement sain et lui impose le devoir de le défendre. À l’en croire, les autorités judiciaires auraient dû privilégier des investigations sur les faits dénoncés plutôt que d’engager des poursuites contre les auteurs de la pétition.
L’ACEDH s’inquiète aussi de la situation personnelle de Roger Elowa, présenté comme un militant du troisième âge vivant à plusieurs centaines de kilomètres de Buta. Selon l’organisation, les convocations judiciaires répétées accentuent sa vulnérabilité, limitent sa liberté de circulation et sont susceptibles de porter atteinte à ses droits à la liberté d’expression et de manifestation. Par ailleurs, l’ACEDH n’exclut pas une instrumentalisation de la justice au bénéfice d’intérêts privés.
Enfin, l’ACEDH demande au procureur général près la Cour d’appel de Buta de mettre un terme aux poursuites visant Roger Elowa ainsi que les autres signataires de la pétition. Elle réclame l’ouverture d’enquêtes sur les faits signalés, notamment les atteintes présumées aux cours d’eau, aux forêts et aux droits des communautés locales dans le Couloir vert Kivu-Kinshasa. Au-delà de ce dossier, l’organisation exhorte les autorités nationales et provinciales à instaurer un mécanisme de protection des défenseurs de l’environnement et des militants climatiques. Car, garantir leur sécurité est indispensable pour renforcer la gouvernance environnementale et favoriser des investissements responsables dans une province comme le Bas-Uélé, riche en ressources naturelles et en potentiel écologique.
Onesime Lukau
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