La tension est montée d’un cran dans le Kongo Central. Quelques jours après la publication d’un rapport accablant de l’ONG Human Rights Watch (HRW) le 27 juillet dernier, la coalition Notre Terre Sans Pétrole (NTSP) est montée au créneau. Dans un communiqué incisif publié ce 30 juillet 2026, elle exige des autorités congolaises la publication immédiate et sans condition de l’audit environnemental, opérationnel et fiscal visant la compagnie pétrolière franco-britannique Perenco.
Une exigence de transparence devenue vitale pour les habitants de Muanda, en première ligne face aux risques sanitaires et écologiques.
Un rapport alarmant sur fond de crise sanitaire
L’enquête menée par Human Rights Watch à Muanda dresse un tableau préoccupant des activités de l’unique opérateur pétrolier du pays. S’appuyant sur des entretiens croisés (habitants, travailleurs, professionnels de santé, experts) ainsi que sur des analyses d’images satellitaires, le document met en lumière des activités de torchage de gaz à proximité immédiate des habitations, parfois à moins de 80 mètres; des brûlages de déchets toxiques près de Kinkazi et des fuites récurrentes sur les puits et les pipelines, menaçant directement les sols et les cours d’eau.
Face à ces expositions, les riverains multiplient les signaux d’alarme : toux persistantes, difficultés respiratoires, irritations oculaires, maux de tête et nausées rythment leur quotidien. Une situation intolérable pour le coordinateur de la NTSP, Pascal Mirindi :
« Les communautés de Muanda ne peuvent pas continuer à vivre à proximité de torchères, de puits et de pipelines sans savoir ce qu’elles respirent, ce qu’elles boivent et ce qui contamine leurs terres. Le gouvernement doit publier l’audit et les données de surveillance sans délai ».
Un audit gouvernemental enlisé dans l’opacité
Commandé en décembre 2024 par le gouvernement congolais pour faire la lumière sur les dommages liés à l’exploitation pétrolière, l’audit environnemental et fiscal attend toujours son verdict. Bien que le contrat ait été prolongé d’un an en novembre 2025, aucune conclusion provisoire n’a filtré, laissant planer le doute sur la régularité et la rigueur du suivi étatique.
Pire encore, le rapport de HRW met en cause l’absence de programme public régulier de surveillance de la qualité de l’air, de l’eau et des sols. L’Office Congolais de Contrôle (OCC), cantonné à des inspections ponctuelles, déplore lui-même un accès restreint aux données collectées par les capteurs de Perenco.
La défense de Perenco face aux exigences de la société civile
De son côté, la compagnie Perenco rejette en bloc les accusations de pollution et de mise en danger de la santé publique. L’entreprise met en avant des investissements de plus de 100 millions de dollars depuis 2021, consacrés à la maintenance de ses infrastructures, l’arrêt du torchage sur 220 points et le démantèlement de 35 kilomètres de pipelines terrestres.
Une ligne de défense que balaie la coalition NTSP, estimant que ces déclarations d’intention ne sauraient remplacer des données publiques et vérifiables de manière indépendante.
Dix revendications fortes
Restée sans réponse officielle depuis le dépôt de son mémorandum le 10 avril 2026 dans le cadre de la mobilisation Stand Up Muanda, la société civile hausse le ton. La coalition NTSP formule dix exigences majeures aux autorités et à l’industriel: répondre officiellement au mémorandum des communautés de Muanda, publier sans délai les conclusions provisoires de l’audit environnemental et fixer un calendrier strict pour le rapport final.
Il s’agit également de rendre publiques toutes les données sur la qualité de l’air, de l’eau et des sols (y compris celles de Perenco et de l’OCC); lever le voile sur les autorisations exceptionnelles de torchage accordées à la compagnie; mettre en place un programme permanent et indépendant de surveillance environnementale.
Les autres exigences concernent la lancement d’une étude épidémiologique pour soigner les populations exposées; la sécurisation urgente des installations à risque et la dépollution des zones touchées.
Enfin, établir les responsabilités pour garantir des réparations justes aux victimes; et suspendre toute décision d’expansion pétrolière et geler l’attribution de nouveaux blocs dans la région.
« Muanda ne peut plus être traitée comme une zone périphérique dont les souffrances seraient acceptées au nom de la production pétrolière », conclut le communiqué.
La NTSP appelle le Parlement, l’Assemblée provinciale du Kongo Central et les partenaires internationaux à se saisir de ce dossier pour transformer le cri d’alarme de Human Rights Watch en actions concrètes.
La Rédaction
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