Le Bassin du Congo, véritable poumon vert mondial et sanctuaire d’une biodiversité unique, fait face à une recrudescence alarmante de la criminalité environnementale. Exploitation illégale, corruption et violations des droits des communautés locales et des peuples autochtones menacent cet écosystème vital. Pour y faire face, un ambitieux projet régional porté par la coalition APADIMA (Cameroun), ACOSAH/INVIDO FM (Gabon) et l’APEM (République démocratique du Congo) s’achève, ouvrant la voie à une résilience accrue des acteurs locaux.
Un atelier de clôture a été organisé ce vendredi 18 septembre à Kinshasa par l’ONG Actions pour la promotion et la protection des peuples et espèces menacés (APEM), afin de divulguer les résultats ou acquis du projet et les mécanismes de pérennisation dudit projet. Après plusieurs mois d’activités intenses (un peu plus de deux ans), le projet a franchi une étape cruciale. Bien plus qu’une simple cérémonie protocolaire, cet événement s’est voulu un espace de restitution, d’apprentissage mutuel et de projection.
Dans son mot de circonstance, Marie Normand, représentante de l’ambassade de France en RDC, partenaire financier du projet, a souligné l’importance de la dimension Régionale du projet.
« Cette dimension régionale est particulièrement importante face à la criminalité environnementale dont les dynamiques et les réseaux dépassent eux-mêmes les frontières nationales. L’ambition du projet était, comme l’a rappelé le coordonnateur, de renforcer la capacité des acteurs locaux à agir, mais aussi de favoriser leur mise en réseau en soutenant les défenseurs de l’environnement, en améliorant la circulation et la documentation de l’information, en développant les capacités de plaidoyer et en renforçant la résilience des communautés. Une attention particulière a également été portée à la participation des femmes, des jeunes, des communautés locales et des peuples autochtones, qui est une dynamique que l’ambassade de France a particulièrement à cœur de soutenir », a rassuré Marie Normand.
Un bouclier vert face aux réseaux criminels
Les forêts du Bassin du Congo soutiennent directement les moyens de subsistance de millions de personnes. Pourtant, elles subissent des atteintes profondes orchestrées par des réseaux organisés, aggravées par la faiblesse des mécanismes locaux de prévention et de réponse.
C’est pour contrer cette dynamique destructrice qu’a été déployé le projet « Réseau de défenseurs environnementaux luttant contre la criminalité environnementale transnationale dans les forêts du Bassin du Congo ».
Conçu avec une forte vision régionale, le programme vise à autonomiser les communautés, à protéger l’environnement et à lutter implacablement contre les crimes verts à travers la structuration et le renforcement des capacités des défenseurs de l’environnement, avec une attention marquée pour la jeunesse et les femmes ; la libre circulation de l’information et le plaidoyer stratégique, ainsi que le renforcement de la résilience économique des populations vulnérables.
Un ancrage fort au Sud-Kivu en RDC

En République démocratique du Congo, c’est l’organisation APEM qui a mené la mise en œuvre de ce projet d’envergure, en se déployant prioritairement dans les territoires de Kabare, Kalehe et Idjwi, au cœur de la province du Sud-Kivu.
Dès son lancement, l’initiative a fait le pari de l’inclusion en associant étroitement les administrations publiques, les acteurs judiciaires, la société civile, les autorités coutumières, les médias et les Peuples Autochtones. Cette synergie a permis de poser les bases solides d’un réseau capable de faire front commun.
Une logique d’intervention articulée en trois dimensions
L’impact de ce projet repose sur une stratégie globale à trois piliers, dont les résultats ont été minutieusement évalués lors de l’atelier sur base des rapports, listes de bénéficiaires, supports de recherche et témoignages des bénéficiaires.
Il s’agit notamment de la structuration du réseau par l’identification, la mobilisation et la formation de leaders communautaires et autochtones, connectés aux parties prenantes clés ; l’alerte et l’investigation, à travers la production et la circulation d’informations fiables sur les cas de criminalité environnementale et les atteintes aux droits, grâce à des observateurs locaux et des actions de plaidoyer ciblées. Enfin, la résilience et la visibilité grâce au soutien aux activités génératrices de revenus (AGR) et la diffusion publique des réussites du projet.
Pérennisation des acquis du projet
Le projet vient d’être clôturé. Mais la pérennisation des acquis de ce projet reste le grand challenge. Pour Me Blaise Mudodosi, Coordonnateur national de l’ONG APEM, les axes de la pérennisation se basent sur des actions concrètes. Au-delà des chiffres par rapport au nombre de formés (16 journalistes blogueurs et 46 leaders communautaires formés, 60 participants au lancement du projet, 40 leaders communautaires sélectionnés,…), le plaidoyer fait, l’acte interdisant l’exploitation des minerais, du bois et de la braise dans le parc national de Kahuzi-Biega, pris par le gouverneur de la province avant la prise de la ville constituent des résultats probants, au-delà de la création de dix activités génératrices de revenus convertissant ainsi les anciens acteurs de la criminalité.
« Nous comptons d’abord sur le volontariat de ces leaders communautaires qui, dès le début du projet, n’ont pas été payés, mais ils ont travaillé, ont été avec nous et ils ont toujours communiqué », a-t-il indiqué.
Et d’ajouter :
« Les micro-projets qu’ils sont en train de mettre en place vont leur permettre de générer un peu de ressources et pourront les soutenir pour avoir par exemple des crédits, pour réparer des téléphones qu’ils utilisent pour communiquer avec nous, nous pensons qu’au moins ça, ça va continuer. Mais aussi, ce qui est vrai, et ça on l’a dit, on sollicite à tout acteur qui veut aussi utiliser ces réseaux-là pour des objectifs visant évidemment à protéger le paysage du parc national de Kahuzi Biega ou le paysage de la réserve de Niamusisi. Ils peuvent aussi s’engager à côté de ces populations pour protéger ces espaces-là », a souligné le Coordonnateur national de l’ONG APEM.
Alors que les pressions sur les écosystèmes forestiers africains continuent de croître, la consolidation de ce réseau de défenseurs en RDC et dans le Bassin du Congo apparaît plus que jamais comme un rempart indispensable pour la justice environnementale et climatique.
Ruben Ns Mayoni
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