La troisième Conférence régionale des organisations de la société civile du Bassin du Congo s’est achevée le 29 octobre 2026 à Libreville. Co-organisée par Greenpeace Afrique et Brainforest, cette rencontre a débouché sur la « Déclaration de Libreville », un appel ferme aux gouvernements et bailleurs pour transformer les promesses écologiques en actions concrètes.
Face à l’urgence environnementale et aux pressions extractives croissantes, la société civile du Bassin du Congo hausse le ton. Après deux journées de travaux intensifs (28-29 octobre 2026), la troisième Conférence régionale des organisations de la société civile (OSC) a acté une feuille de route claire pour la préservation de la deuxième plus grande forêt tropicale de la planète.
Organisée sous la présidence de Maurice Ntossui Allogo, Ministre gabonais des Eaux et Forêts, la rencontre a rassemblé des délégués de six pays : représentants de la société civile, experts, bailleurs de fonds et délégués des peuples autochtones. S’inscrivant dans la continuité des sommets de Yaoundé (2024) et Kinshasa (2025), les participants ont dressé un bilan sans concession des avancées et des lacunes en matière de protection des écosystèmes.
Cinq piliers pour réformer le modèle forestier
Les débats ont mis en lumière les défaillances récurrentes du secteur : mauvaise application des lois forestières, insécurité foncière pour les riverains et obstacles bureaucratiques bloquant l’accès direct aux financements climatiques.
Pour inverser la tendance, la Déclaration de Libreville fixe cinq priorités stratégiques.
Sur la gouvernance et la lutte contre l’impunité : l’exigence d’une transparence accrue dans l’attribution des concessions, renforcement des contrôles indépendants et application de sanctions dissuasives.
Quant à la garantie des droits fonciers et humains : la reconnaissance des droits fonciers coutumiers des peuples autochtones et application systématique du principe de Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP).
En ce qui concerne la conservation inclusive : l’intégration des savoirs traditionnels, cogestion des espaces forestiers et soutien aux alternatives économiques locales.
S’agissant de l’accès direct aux financements : la simplification des procédures pour orienter les ressources financières directement vers les acteurs de terrain.
Enfin, par rapport à la coopération et le suivi citoyen : la consolidation du réseau régional pour surveiller le respect des engagements pris par les États.
La Déclaration invite également les gouvernements à envisager des moratoires conditionnels sur l’attribution de nouvelles concessions industrielles dans les zones écologiquement fragiles ou à fort risque de conflit social.
« La conférence de Libreville doit marquer la fin des engagements sans lendemain. Nous avons besoin de décisions courageuses pour protéger les forêts, garantir les droits des communautés et canaliser les financements vers celles et ceux qui préservent le Bassin du Congo au quotidien », a martelé Toussaint Molenge, responsable régional du projet Forêts et Biodiversité de Greenpeace Afrique.
Mettre les communautés locales au centre de la conservation

Les participants ont rappelé qu’aucune politique de conservation ne peut être pérenne si elle se fait au détriment des populations qui vivent dans et de ces forêts. Les discussions ont abordé la résolution des conflits homme-faune, l’implication des femmes et des jeunes, ainsi que la création de moyens de subsistance durables.
« Les solutions pour protéger le Bassin du Congo existent déjà au sein de nos communautés. Ce qu’il faut désormais, c’est la volonté politique de reconnaître leurs droits et de faire de la société civile un véritable partenaire », a appuyé Martial Djinang, Secrétaire exécutif de l’ONG gabonaise Brainforest.
En ligne de mire, la société civile entend porter la voix du Bassin du Congo auprès des instances décisionnelles, de la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC) et des négociations climatiques internationales à l’approche de la COP31.
Pour soutenir ce plaidoyer, un réseau permanent d’échange et de veille citoyenne verra le jour afin d’assurer le suivi des résolutions adoptées à Libreville et de veiller à ce que la protection du climat s’accompagne d’une véritable justice sociale.
La rédaction (avec Greenpeace Afrique)
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