À Erevan, en Arménie, les négociations de la 17e Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique (COP17) restent marquées par des divergences sur le financement de la conservation, le partage des avantages issus des ressources génétiques et la gestion des aires protégées. Malgré des avancées sur certains dossiers, plusieurs questions sensibles demeurent en suspens, à quatre ans de l’échéance de 2030 fixée par le Cadre mondial de Kunming-Montréal.
Les discussions se poursuivent à la COP17 sur la biodiversité autour de plusieurs enjeux majeurs comme la mobilisation des ressources financières, l’intégration de la biodiversité dans les politiques sectorielles, la lutte contre la pollution, la gestion durable de la faune sauvage et l’articulation entre biodiversité et changement climatique.
En parallèle, les travaux de la 12e réunion des Parties au Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques et de la 6e réunion des Parties au Protocole de Nagoya se poursuivent. L’objectif est de rapprocher les positions des délégations afin de traduire les engagements internationaux en mesures concrètes.
Financement de la biodiversité : les pays en développement réclament des garanties
La mobilisation des ressources reste l’un des principaux points de friction. Les délégations peinent à s’accorder sur les critères d’accès aux financements, la participation des pays bénéficiaires aux décisions et la place des peuples autochtones, des communautés locales, des femmes et des jeunes dans les mécanismes de financement. Les discussions portent sur les besoins particuliers des pays les moins avancés, des petits États insulaires en développement et des économies en transition. L’enjeu consiste à garantir une répartition des ressources tenant compte des besoins réels des pays et une participation effective des populations concernées.
Autre sujet sensible, c’est le partage des avantages issus des informations numériques relatives aux séquences (INS) des ressources génétiques, notamment à travers les certificats du Fonds de Cali. Plusieurs pays en développement défendent une approche qui réserverait ces certificats aux contributions financières respectant les taux indicatifs convenus. Des pays développés expriment des réserves, évoquant des incertitudes juridiques et la nécessité d’encourager davantage d’utilisateurs des ressources génétiques à contribuer au mécanisme.
En outre, les négociateurs soulignent aussi l’importance des avantages non monétaires, entre autres le transfert de technologies, la formation, le renforcement des capacités et la coopération scientifique. Plusieurs délégations rappellent toutefois que ces formes de soutien ne sauraient remplacer les contributions financières.
Aires protégées : quelle place pour les communautés locales ?

La mise en œuvre de l’objectif 3 du Cadre mondial de Kunming-Montréal, qui vise à conserver au moins 30 % des terres, des eaux intérieures et des zones marines et côtières d’ici à 2030, figure parmi les priorités des négociations. Des progrès ont été enregistrés sur les orientations destinées à améliorer la représentativité écologique, la connectivité et l’efficacité de la gestion des aires protégées. Les délégations ont reconnu l’importance des travaux intersessions sur la connectivité écologique.
Cependant, des désaccords persistent sur le soutien financier et technique aux acteurs concernés, l’application d’une approche fondée sur les droits humains et la préparation d’un rapport de synthèse sur les enseignements tirés du programme de travail. La participation des peuples autochtones et des communautés locales aux décisions relatives aux aires protégées et aux autres mesures de conservation efficaces par zone a néanmoins progressé dans les discussions. L’amélioration de leur accès à l’information figure parmi les activités retenues.
Concernant l’intégration de la biodiversité dans les politiques sectorielles, les Parties ont convenu de renforcer la coordination interministérielle ainsi que l’engagement des entreprises et du secteur financier. En revanche, aucun accord n’a été trouvé sur l’élimination ou la réforme des incitations néfastes à la biodiversité.
Pollution, climat et faune sauvage : des compromis encore attendus
Sur la pollution, les négociateurs ont trouvé un terrain d’entente autour de plusieurs propositions visant à renforcer les travaux des organisations concernées sur les interactions entre biodiversité et différentes formes de pollution. Le Secrétariat devrait être sollicité pour organiser un atelier consacré à l’objectif 7 du Cadre mondial, qui porte sur la réduction de la pollution, et dresser un état des lieux des initiatives en cours ainsi que des actions envisageables.
S’agissant des liens entre biodiversité et changement climatique, les Parties ont reconnu la nécessité de mener des actions à court terme adaptées aux contextes nationaux. La question du statut d’un guide destiné aux décideurs politiques reste toutefois ouverte, mais son adoption ou sa simple prise en note continue de diviser les délégations.
En effet, la gestion durable de la faune sauvage suscite des divergences sur la prise en compte de la dimension de genre, l’approche fondée sur les droits humains et la participation des peuples autochtones et des communautés locales. Concernant la pêche, les orientations envisagées devront compléter les politiques nationales et les mesures des organismes compétents, sans s’y substituer.
Dans le cadre du Protocole de Cartagena, les Parties ont par ailleurs retenu l’élaboration de directives volontaires supplémentaires sur les poissons génétiquement modifiés, à la suite de discussions portant sur l’évaluation et la gestion des risques liés aux organismes vivants modifiés.
Objectifs de 2030 et vision de 2050 : l’urgence d’accélérer l’action
L’examen mondial des progrès collectifs réalisés dans la mise en œuvre du Cadre mondial de Kunming-Montréal a débouché sur une proposition de compromis. Celle-ci met en garde contre le risque de ne pas atteindre les objectifs fixés pour 2030 et la vision à l’horizon 2050 si les actions et les moyens nécessaires ne sont pas rapidement renforcés. Car, le texte prévoit que les conclusions de cet examen contribuent à orienter et à hiérarchiser les travaux à mener d’ici à 2030, dans une démarche présentée comme facilitatrice, non intrusive et non punitive. Le renforcement des systèmes nationaux de suivi et de gestion des connaissances figure parmi les pistes examinées.
En marge des négociations, plusieurs initiatives de haut niveau ont marqué la journée, notamment l’Appel d’Erevan sur les incitations positives pour la biodiversité, le lancement des « Amis de l’objectif 18 » et le Défi financier d’Erevan pour la biodiversité.
L’objectif 18 du Cadre mondial envisage de réduire d’au moins 500 milliards de dollars américains par an les incitations néfastes à la biodiversité, tout en renforçant les incitations positives.
Les discussions se poursuivent aussi sur le mécanisme multilatéral mondial de partage des avantages prévu par le Protocole de Nagoya. Les délégations restent divisées sur sa nécessité et sur la forme des travaux préparatoires à mener entre les sessions. À Erevan, l’enjeu dépasse donc l’adoption de textes diplomatiques. Il s’agit de rapprocher les positions sur le financement, la gouvernance et la participation des communautés afin de donner une portée concrète aux engagements mondiaux en faveur de la biodiversité. La capacité des Parties à surmonter leurs divergences sera déterminante pour accélérer la mise en œuvre du Cadre mondial de Kunming-Montréal et enrayer l’érosion de la biodiversité d’ici à 2030.
Onesime Lukau
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