On ne le dira jamais assez. Non pas pour se moquer de qui que ce soit, mais pour attirer l’attention tant des autorités que des simples citoyens. Kinshasa suffoque et suffoquerait davantage si l’on n’y prend garde. Les montagnes de déchets qui jonchent les rues, les décharges saturées et incontrôlées qui pullulent ne cessent d’inquiéter plus d’un du jour au lendemain. Pendant ce temps, peu de solutions à court, moyen ou long terme pour une ville de plus de 15 millions d’habitants selon les estimations. C’est une crise !
Selon les statistiques, la capitale congolaise produirait 10.000 tonnes de déchets par jour, peut-être plus, mais sans une politique adéquate de gestion de ces déchets, encore moins de traitement ou de recyclage. A travers les rues, avenues et autres endroits publics, les odeurs sont épouvantables et nauséabondes, très fortes et même désagréables à regarder.
À Kinshasa, Kinoises et Kinois ne se gênent pas de vivre avec les déchets qui sont devenus leur ami (intime). Près des étals, boutiques, magasins, bars, restaurants et autres commerces, les poubelles s’entassent et cohabitent avec les populations. Même les clients s’en foutent des règles d’hygiène pour acheter un mets consommable directement mais exposé au soleil, à la poussière et aux odeurs.
Démographie, manque de politique de gestion des déchets
D’après certains experts, la croissance démographique exacerbée par l’exode rural, la hausse des revenus de certains nantis (une poignée de gens qui tiennent par dévers eux les finances du pays) entraînant une consommation accrue, le manque chronique de contrôle du tri et d’élimination des déchets expliquent cette crise.
Depuis des années, Kinshasa souffre de manque d’une bonne politique de gestion de ses déchets, malgré les quelques initiatives d’antan, comme celle de l’Union européenne avec le projet PARAU.
Un programme qui a donné de l’espoir dans l’assainissement de Kinshasa, mais qui s’est heurté, après la fin de l’appui de l’UE, au manque de moyens financiers et la megestion par l’hôtel de ville.
Même le Centre d’enfouissement technique de Mpasa dans la commune de la Nsele n’a pas pu survivre. Il a d’ailleurs été spolié et loti, rétrécissant ainsi l’espace dédié à l’enfouissement et au traitement des déchets.
Crise d’éducation environnementale

La population congolaise en général et kinoise en particulier souffre d’une crise d’éducation environnementale. Tout le monde jette n’importe quoi, n’importe où, sans gêne.
Pour Jeannot Bononge, expert en gestion dès déchets, « le manque d’éducation de la population par les autorités et l’absence d’application de la loi expliquent en partie cette situation. Le problème réside aussi dans les modes de consommation, il faut donc corriger notre façon de consommer », a-t-il souligné.
Un espoir ?
Dans le cadre du projet de développement multisectoriel de résilience urbaine de Kinshasa, communément appelé Kin Elenda, le projet prévoit de réhabiliter le Centre d’enfouissement technique de Mpasa à Nsele.
Ce site qui doit être modernisé pour un traitement efficace des déchets entend recevoir tous les déchets de Kinshasa pour être recyclés, enfouis ou traités conformément aux normes en la matière. Grâce à un financement de la banque mondiale, le projet a récupéré 50 autres hectares au-delà des 43 hectares qui n’étaient pas spoliés.
Responsabilité
Dans ce dossier de déchets, les responsabilités sont toujours partagées. Faute d’éducation environnementale, la population jette les ordures et autres immondices même dans les ouvrages d’assainissement (caniveaux).
Faute de travaux d’assainissement, ces ouvrages sont bouchés obstruant ainsi l’écoulement normal des eaux tant de ménage que de pluie. Conséquence, ces eaux débordent et se déversent sur la chaussée dégradant sur leur passage ladite chaussée.
« Nous, les citoyens, payons des impôts, non ? Alors pourquoi le gouvernement ne procède pas au curage des caniveaux ? », s’interroge un habitant de la commune de Kinshasa, à quelques encablures seulement de la Gombe.
« La gestion des déchets devrait être sa responsabilité », a-t-il ajouté.
Intervention du gouvernement central

Prenant la mesure de la chose, le gouvernement Suminwa veut prendre le taureau par les cornes. Vendredi 27 février lors de la réunion du conseil des ministres, la Ministre déléguée près la Ministre de l’Environnement et Développement Durable en charge de la Nouvelle Économie du Climat a soumis, pour examen et approbation, le Programme national de gestion et de valorisation économique des déchets en République Démocratique du Congo.
« La mauvaise gestion de déchets coûterait à notre pays environ 25 millions USD chaque mois. Elle représente 11% de nos émissions de gaz à effet de serre, alors que les déchets constituent une opportunité en termes de création de richesses et d’emplois », a indiqué Arlette Bahati, tout en expliquant les enjeux et les défis de la question.
Pour la ministre déléguée, ce programme pourra générer 50.000 emplois directs et 150.000 indirects, nettoyer les villes et stimuler l’économie nationale. D’où, la nécessité de lancer ce Programme national placé sous l’autorité de la Première Ministre, pour une meilleure coordination des intervenants et Ministères sectoriels concernés.
Pour y parvenir et à en croire la ministre Bahati, la mise en place d’une Task force multisectorielle sur la gestion et la valorisation économique des déchets pour le lancement de la phase d’urgence ainsi qu’une mobilisation générale de la population pour le nettoyage de Kinshasa sont de mise.
Ruben Ns Mayoni
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