L’échouage suivi de la mort d’une baleine sur la plage de Moanda, dans la province du Kongo Central, continue de susciter de nombreuses interrogations. Face à ce drame écologique, l’Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH) appelle à l’ouverture d’une enquête internationale indépendante afin de faire toute la lumière sur les circonstances de cet incident et d’établir d’éventuelles responsabilités.
Dans un communiqué publié le samedi 4 juillet 2026, l’organisation estime que plusieurs facteurs liés aux activités d’exploration et d’exploitation pétrolières offshore de Perenco RDC pourraient avoir contribué à cet échouage. Elle évoque notamment les vibrations sismiques générées lors des campagnes d’exploration, les mouvements des équipements de forage, ainsi que la pollution des eaux et des sols résultant des opérations pétrolières.
Pour étayer ses préoccupations, l’ACEDH s’appuie sur les conclusions d’un audit environnemental confidentiel réalisé en juin 2026 par le cabinet Alex Stewart International à la demande du gouvernement congolais. Selon l’organisation, ce rapport fait état d’une contamination importante des eaux et des sols ainsi que d’une dégradation de la biodiversité dans la région de Moanda, qu’il attribuait aux activités de Perenco.
L’ACEDH estime que ces conclusions confortent les alertes formulées depuis plusieurs années par les organisations de la société civile. Celles-ci dénoncent un manque de transparence de la compagnie pétrolière, le non-respect des normes environnementales ainsi que les répercussions de ses activités sur la santé des populations riveraines et leurs moyens de subsistance. L’organisation rappelle également que Perenco fait l’objet de poursuites judiciaires en France pour des faits liés à un préjudice écologique.
Toutefois, l’ACEDH reconnaît qu’il est, à ce stade, prématuré d’établir un lien de causalité direct entre les activités pétrolières et la mort de la baleine. Elle insiste sur la nécessité de mener une enquête scientifique indépendante afin de déterminer avec précision les causes de cet échouage. L’organisation revient aussi sur les difficultés rencontrées lors de la tentative de sauvetage du cétacé. Malgré la mobilisation des habitants de Moanda, l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) n’a pas pu sauver l’animal, faute de moyens logistiques et techniques adaptés. Pour l’ACEDH, cette situation met en évidence les insuffisances du dispositif national de prise en charge des urgences affectant la faune marine.
Au-delà de ce cas, l’organisation estime que cet événement interpelle la République démocratique du Congo, qui ambitionne de se positionner comme un « pays solution » face aux défis environnementaux mondiaux. Selon elle, la protection de la biodiversité marine constitue désormais un enjeu majeur pour préserver la crédibilité du pays en matière de gouvernance environnementale.
Par ailleurs, l’ACEDH rappelle que la RDC est partie à plusieurs conventions internationales, notamment la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS), la Convention sur la diversité biologique (CDB) et la Convention de Bonn sur les espèces migratrices. D’après l’organisation, ces instruments juridiques obligent l’État à protéger le milieu marin, à assurer le suivi des espèces protégées et à diligenter des enquêtes en cas de mortalité inhabituelle de la faune.
Au terme de son analyse, l’ACEDH formule plusieurs recommandations. Elle demande au gouvernement congolais de rendre publics les résultats de l’audit environnemental, de s’approprier ses conclusions et de suspendre, à titre conservatoire, les activités de Perenco jusqu’à la mise en œuvre d’un plan de dépollution des zones côtières. Elle préconise la création d’une commission d’enquête internationale composée exclusivement de scientifiques indépendants afin d’établir les causes exactes de la mort de la baleine.
Enfin, l’organisation invite les acteurs de la société civile à poursuivre leur plaidoyer pour obtenir la publication de l’audit environnemental. D’après elle, le maintien de ce document sous le sceau de la confidentialité est contraire aux principes de transparence, de bonne gouvernance, de lutte contre la corruption et au droit des communautés affectées d’être informées sur l’état de leur environnement.
Onesime Lukau
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