Elles sont déjà plus de 60, et la liste ne fait que s’allonger, ces organisations de la société civile environnementale qui disent non à la réouverture des forêts congolaises à l’exploitation industrielle, mieux, à la levée du moratoire sur l’octroi des nouvelles concessions forestières à l’exploitation industrielle. Elles l’ont fait savoir le lundi 6 juillet au cours d’un point de presse animé à Kinshasa. La lettre signée par ces organisations, tant nationales qu’internationales, adressée à la première ministre de la RDC exige au gouvernement de la République de maintenir le moratoire national sur l’exploitation forestière et de mettre en œuvre plusieurs mesures.
Il s’agit entre autres, de mettre un terme aux efforts actuels visant à lever le moratoire, notamment en le supprimant du projet de Code forestier et en retirant le projet de décret ; mener à bien les réformes juridiques en cours concernant les forêts, les terres et les droits des peuples autochtones, conformément aux normes internationales, avant de réexaminer le moratoire ; garantir une planification de l’aménagement du territoire respectueuse des obligations légales et participative et qui tienne compte des forêts communautaires, des objectifs climatiques et d’autres priorités.
Ces organisations exigent également de renforcer l’application de la loi en enquêtant sur les infractions, en poursuivant les contrevenants et en révoquant les permis illégaux, en complément de mesures telles qu’une interdiction d’exportation de grumes et un renforcement de la surveillance indépendante et communautaire; d’interdire l’octroi de nouvelles concessions industrielles dans le Couloir vert Kivu-Kinshasa.
La société civile demande aussi de renforcer le soutien aux forêts communautaires en tant qu’élément central de la gestion forestière et de l’aménagement du territoire et de mobiliser les financements internationaux en faveur du climat et du développement pour soutenir ces actions.
Cette mobilisation intervient à un moment charnière où la RDC affirme son ambition d’être un véritable « pays solution » face aux crises climatique et de la biodiversité. Plusieurs avancées sont cependant signalées dont le lancement du Couloir Vert Kivu-Kinshasa, les réformes foncières et forestières en cours, la reconnaissance accrue des droits des peuples autochtones et des communautés locales, ainsi que les engagements internationaux pris par le gouvernement congolais témoignent d’une volonté politique forte de bâtir un modèle de développement conciliant conservation et justice sociale.
Plus encore, la RDC s’est engagée à sécuriser plus de 54 millions d’hectares de forêts au profit des communautés locales et des peuples autochtones et a rehaussé les ambitions de sa Contribution Déterminée au niveau National (CDN).
Apport insignifiant du secteur bois
Les arguments de ces organisations se fondent notamment sur le manque de contributions significatives de l’exploitation industrielle du bois dans le budget de l’Etat, le non respect par les concessionnaires forestiers des textes de loi congolaise en matière d’exploitation forestière, des clauses sociales des cahiers de charge en faveur des communautés locales et populations autochtones qui croupissent toujours dans la pauvreté la plus noire malgré l’exploitation, sans évoquer les impacts négatifs sur l’environnement, la biodiversité et autres.

Il convient donc d’opérer un choix entre conservation des forêts et exploitation abusive.
« Nous devons choisir entre un modèle extractiviste obsolète qui paupérise nos populations et un modèle de développement vert qui protège nos forêts, respecte les droits des communautés locales et autochtones, et sécurise les ressources pour les générations futures », a fait savoir Me Blaise Mudodosi, coordonnateur de l’ONG APEM.
Cette campagne portée particulièrement par Greenpeace Afrique et l’ONG Actions pour la promotion et la protection des peuples et espèces menacés (APEM), vise ainsi à appeler la première ministre de maintenir ce moratoire qui a freiné la déforestation, à en croire Bonaventure Bondo, Chargé de campagne Forêts – Bassin du Congo à Greenpeace Afrique.
« Lever aujourd’hui le moratoire sans des dispositifs efficaces de gouvernance, y compris des mécanismes robustes de suivi et de contrôle, reviendrait à ouvrir la porte à une expansion industrielle dont les conséquences seraient disproportionnées pour les communautés qui dépendent étroitement des forêts. Greenpeace Afrique rejoint cette coalition parce que protéger les forêts du Bassin du Congo, c’est protéger notre avenir collectif », a-t-il insisté.
Nouveau modèle de gestion forestière encouragée par les OSC
« La majorité des concessions forestières ont déjà été converties en concessions de conservation. Parmi celles qui ne l’ont pas encore été, plus de la moitié ne sont pas opérationnelles. Dès lors, on peut légitimement se demander quel type d’opérateurs forestiers bénéficierait réellement d’une levée du moratoire », a ajouté Me Blaise Mudodosi Muhigwa, Coordonnateur National de l’ONG APEM.
Programmation géographique, condition sine qua non

La troisième condition liée à la levée du moratoire reste « la programmation géographique ». Une condition qui n’est toujours pas atteinte, à en croire Me Blaise Mudodosi, qui a répondu à une question de la presse sur les raisons qui bloquent la réalisation de cette condition.
« La programmation géographique ne peut se résumer à une carte dessinée à huis clos. Elle doit tenir compte de plusieurs paramètres… », a-t-il souligné, avant d’ajouter que l’analyse des cartes préliminaires actuellement en circulation révèle des failles techniques majeures, avec des superpositions entre zones d’exploitation forestière et aires protégées de haute valeur écologique.
« Les risques sont là et réels. Lever le moratoire de manière précipitée sans remplir toutes les conditions, surtout la troisième. Ceci risque d’empiéter la crédibilité de la RDC à se positionner comme pays-solution », a indiqué Bonaventure Bondo, chargé de campagne forêt chez Greenpeace Afrique.
Ces organisations exigent que cette programmation s’inscrive dans le cadre plus large de la réforme de l’aménagement du territoire. Elle doit impérativement adopter une approche inclusive et participative, intégrant tous les secteurs clés (mines, agriculture, conservation) ainsi que les structures locales telles que l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN).
À l’heure actuelle, l’exploitation industrielle du bois, et même artisanale, a montré ses limites. Il est nécessaire de migrer vers les nouveaux modèles de financement des efforts de conservation à l’instar des marchés carbone, le Fonds pour les Forêts Tropicales Éternelles (Tropical Forest Forever Facility -TFFF), mécanisme mondial de financement mixte, ou encore les paiements pour services environnementaux (PSE)…
Ruben Ns Mayoni
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