Un événement rarissime a secoué la côte atlantique congolaise. Une baleine d’une dizaine de mètres, pesant une dizaine de tonnes, s’est échouée le 1er juillet dernier, sur la plage de Muanda, dans la province du Kongo Central. Malgré les tentatives de sauvetage de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), l’animal n’a pas survécu. Un drame qui a provoqué une vive émotion à travers le pays, jusqu’au Maï-Ndombe, et relancé le débat sur la capacité de la RDC à faire face aux urgences écologiques.
Pour les habitants de Muanda, habitués à la pêche artisanale et au trafic côtier, l’arrivée de ce cétacé a été une véritable surprise. L’animal, dont la longueur est estimée entre 10 et 12 mètres, a été retrouvé vivant mais en grande faiblesse sur la plage du Kilomètre 5. Il présentait déjà des lésions cutanées et des traumatismes corporels.
Face à l’urgence, les autorités, les habitants et les agents de l’ICCN se sont mobilisés. Des tentatives ont été engagées pour remettre l’animal dans l’océan Atlantique, son milieu naturel, mais sans succès. « Quand la baleine a échoué, nous nous sommes rendu compte que c’étaient juste les derniers signes que la baleine avait manifesté. Mais elle n’était plus en vie, elle était vraiment mourante », a expliqué De Dieu By’Ayombe, chef du Parc marin des mangroves et directeur provincial de l’ICCN au Kongo-Central.
L’absence de moyens logistiques a également été pointée du doigt pour expliquer l’échec des opérations de sauvetage.
L’écho de cet événement a traversé le pays. Au Maï-Ndombe, province davantage connue pour ses vastes forêts et ses ressources en eau douce, de nombreux habitants se sont dits surpris, certains y voyant un phénomène inédit qui interpelle sur la protection de la biodiversité et la capacité du pays à gérer les urgences environnementales.
L’ICCN met en garde la population
L’ICCN a rapidement mis en garde la population contre tout contact avec l’animal. L’événement a attiré des centaines de curieux, et des rumeurs ont circulé sur d’éventuelles traces de balles sur le corps de la baleine. Le directeur provincial de l’ICCN a tenu à rassurer : « Ceux qui étaient là ont observé qu’il y avait même des trous, et pensaient que c’étaient des traces de coups de balles. Mais c’étaient des parasites qui pénètrent sur la peau des baleines, qui peuvent cacher des zoonoses qui sont à la base de beaucoup de maladies ».
Il a également insisté sur les risques sanitaires : « C’est une espèce totalement protégée de la CITES. Nous ne sommes pas autorisés à partager la viande et à la consommer. Tous ceux qui ont touché doivent passer dans les hôpitaux pour faire des tests. On ne sait pas quelles maladies cela peut contaminer ».
Réagissant à cette situation, M. Dadou Itepo, coordonnateur provincial de l’Action des Jeunes pour la Protection de l’Environnement et le Développement Durable (AJPEDD) et ingénieur environnementaliste, a exprimé son inquiétude.
« L’échouage de la baleine à Muanda révèle une réalité préoccupante : la RDC ne semble pas encore suffisamment préparée à gérer ce type d’urgence écologique. Remettre une baleine échouée à l’eau ne devrait jamais être le premier réflexe. Avant toute intervention, une évaluation scientifique est indispensable afin de déterminer son état de santé, les causes de l’échouage et la meilleure conduite à tenir. »
Il a interpellé le Gouvernement et l’ICCN, appelant à la mise en place d’un protocole national d’intervention, à la formation d’équipes spécialisées et à l’implication de biologistes marins et de vétérinaires spécialisés en faune sauvage. « Aujourd’hui, c’était une surprise. Demain, cela pourrait être une urgence bien plus grave », a-t-il averti.
Après plusieurs jours de fascination et de mobilisation populaire, la baleine a été inhumée le samedi 4 juillet vers le village de Makasamba, lors d’une cérémonie coutumière qui a pris des allures d’hommage populaire. Face à sa masse importante, il a fallu faire venir une grue de Matadi pour déplacer la carcasse.
L’événement, au-delà de son caractère spectaculaire, rappelle l’importance de préparer la RDC aux défis environnementaux émergents. L’échouage d’une baleine sur les côtes congolaises reste un phénomène rare, mais il interroge sur l’état de santé des océans, la biodiversité marine et les moyens disponibles pour intervenir rapidement en cas de situation d’urgence sur la côte. Pour de nombreux observateurs, la protection de la biodiversité passe désormais par une meilleure anticipation, une expertise scientifique renforcée et une collaboration étroite entre les autorités, les chercheurs et les communautés locales.
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