La situation alimentaire devient de plus en plus préoccupante au village Lokanga, situé à quelques kilomètres de la ville d’Inongo, dans la province du Maï-Ndombe. Les habitants de cette localité rurale font face à une insécurité alimentaire grandissante, attribuée notamment à la présence massive d’hippopotames qui perturbent leurs activités agricoles et halieutiques.
Selon les témoignages recueillis sur place, ces grands mammifères aquatiques quittent régulièrement le lac pour s’aventurer jusque dans les zones de culture et les forêts environnantes. Leur passage cause d’importants dégâts dans les champs, notamment ceux de manioc, qui constitue l’une des principales denrées alimentaires de la population locale.
La destruction répétée des cultures compromet ainsi les réserves alimentaires des ménages et fragilise davantage une population déjà confrontée à des conditions de vie difficiles.
À la destruction des cultures s’ajoute une autre difficulté majeure : la peur des attaques d’hippopotames contraint de nombreux pêcheurs à réduire, voire à abandonner temporairement, leurs activités sur le lac. Et pourtant, la pêche constitue une importante source de nourriture et de revenus pour les habitants de Lokanga.
Cette double pression exercée sur l’agriculture et la pêche accentue progressivement l’insécurité alimentaire. Les réserves s’amenuisent, tandis que la population voit ses moyens de subsistance se réduire de jour en jour.
Face à cette situation, les habitants de Lokanga lancent un cri d’alarme et sollicitent l’intervention urgente des autorités compétentes. Ils souhaitent que des mesures appropriées soient prises afin de protéger à la fois les populations, leurs cultures et leurs activités de pêche, tout en tenant compte des impératifs de conservation de la faune.
Interrogé par la rédaction de Vers Vert Infos, Grâce Bolomboli, licencié en environnement, estime qu’une réponse urgente et équilibrée s’impose face à cette situation.
« La vie humaine demeure une priorité. La conservation des espèces sauvages est indispensable à l’équilibre des écosystèmes, mais lorsqu’une présence animale devient une menace récurrente pour la sécurité des populations et compromet leur accès à la nourriture, les pouvoirs publics doivent prendre des mesures appropriées et proportionnées ».
D’après lui, plusieurs pistes peuvent être envisagées, notamment le déplacement ou la gestion des animaux lorsque cela est techniquement et légalement possible, le renforcement de la protection des champs et des zones habitées, ainsi que la mise en place de dispositifs permettant aux pêcheurs d’exercer leurs activités dans des conditions plus sûres.
« Il ne s’agit pas d’opposer la protection de la faune à la protection de l’être humain. L’objectif doit être de rechercher un équilibre entre la conservation de la biodiversité et la sécurité des communautés locales. L’État doit donc agir rapidement afin d’éviter que cette situation ne se transforme en une crise alimentaire plus grave », a-t-il ajouté.
Pour les habitants de Lokanga, l’urgence est désormais manifeste. Chaque jour qui passe sans intervention concrète risque d’aggraver la vulnérabilité des ménages et d’accentuer les difficultés d’accès à la nourriture.
La population appelle ainsi les autorités provinciales et nationales ainsi que les services compétents en matière de conservation de la nature à évaluer rapidement la situation et à mettre en œuvre des solutions durables, afin de garantir la sécurité des communautés tout en préservant l’équilibre écologique du milieu et ainsi éviter un conflit homme-faune.
Jean Béni Nseposwa, Correspondant Inongo/Maï-Ndombe
Share this content:
