Réunis à l’Hôtel Sultani les 22 et 23 septembre à l’occasion de la table ronde sur la transition juste organisée par la Coalition des organisations de la société civile pour le suivi des réformes et l’action publique (CORAP) et ses partenaires, experts, acteurs institutionnels et représentants de la société civile se sont penchés sur un défi de taille pour la République Démocratique du Congo : dépasser le cloisonnement des politiques publiques pour bâtir un véritable pacte de transformation socio-économique et environnementale.
Parmi les intervenants à cette table ronde, René Ngongo Mateso, Rapporteur au bureau du Conseil économique et social (CES), venu apporter sa pierre à l’édifice pour enrichir ce débat crucial pour la vie de la nation.
Pour René Ngongo, la RDC dispose d’atouts géostratégiques et naturels exceptionnels pour réussir sa transition : minerais critiques (cuivre, cobalt, lithium), vastes forêts du bassin du Congo, potentiel hydroélectrique majeur, près de 80 millions d’hectares de terres agricoles, biodiversité riche ainsi qu’un important capital humain.
Pourtant, le constat dressé par les participants est sans appel : ces ressources sont souvent gouvernées de manière isolée, agissant comme des « pièces détachées ». Qu’il s’agisse des mines, de l’énergie, de l’agriculture, des forêts, de l’industrie, de l’emploi ou encore de la protection sociale, chaque secteur poursuit des objectifs séparés. À en croire le Conseiller René, l’enjeu de la transition juste n’est donc pas seulement de « verdir » l’économie, mais d’interconnecter ces dynamiques au sein d’un système unique et cohérent.
Cinq convergences fondamentales pour un pacte de développement
Pour transformer l’essai et passer d’une gestion cloisonnée à une vision commune, René Ngongo suggère cinq convergences stratégiques à mettre en avant. Il s’agit de Climat et développement (décarburer, électrifier et industrialiser), dont l’action climatique ne doit plus être perçue isolément, mais comme une véritable stratégie globale combinant politique industrielle, sociale, minière, d’aménagement du territoire et de création d’emplois.
Ensuite, de Mines, énergie et industrie, devant passer de l’extraction à la transformation. Face à la demande mondiale croissante en minerais critiques, la RDC doit refuser un rôle de simple fournisseur de matières premières. Cette convergence vise à rapprocher le monde de l’extraction de l’énergie, de l’industrie, des chercheurs et des communautés locales afin de maximiser la valeur ajoutée technologique et sociale sur le territoire national.
Puis, de Forêts, agriculture et énergie, devant mener vers une économie rurale résiliente. Il est illusoire de dissocier la protection des forêts de la sécurité alimentaire. En associant l’agroécologie, l’agroforesterie, les énergies renouvelables et la gestion communautaire, l’objectif est de garantir aux populations des revenus décents sans avoir à choisir entre pauvreté et destruction des écosystèmes.
Également de Transition énergétique et justice sociale, pour un accès à une énergie moderne et abordable (mini-réseaux, solaire, hydroélectricité, cuisson propre), qui doit servir d’instrument de transformation sociale. Écoles électrifiées, centres de santé alimentés et PME équipées témoignent de cette interdépendance entre énergie et développement productif.
Enfin, de transition écologique et emploi des jeunes soutient que face à la forte croissance de sa population active, la RDC doit structurer une Politique nationale des compétences. Formations aux énergies renouvelables, à l’efficacité énergétique, à l’économie circulaire et aux métiers miniers responsables permettront de faire de la transition écologique un puissant levier d’insertion professionnelle.
La société civile : un « trait d’union » incontournable

L’architecture de cette transition repose également sur une gouvernance partenariale renouvelée entre l’État, les entreprises, la recherche, les communautés et la société civile. Loin d’être cantonnée à un rôle de contestation, la société civile environnementale et du développement durable est appelée à jouer un rôle pivot : faire dialoguer les secteurs, documenter les impacts, représenter les populations vulnérables et porter les aspirations des générations futures.
En unissant ces forces, la RDC espère transformer ses richesses naturelles en un véritable moteur de développement inclusif, assurant ainsi qu’« aucun territoire ni aucun citoyen ne soit laissé de côté ».
Ruben Ns Mayoni
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