RDC : Quand le bois quitte la forêt
La République démocratique du Congo dispose de plus de 155 millions d’hectares de forêts tropicales, indispensables dans la régulation du climat mondial. Selon certaines statistiques, le taux de déforestation est d’à peine 0,4% l’an. Un taux encore faible, comparativement à celui du Brésil qui a déjà dépassé le 1%. Malgré le faible taux de déforestation des forêts congolaises, il y a à côté l’exploitation artisanale et industrielle du bois congolais.
Au cours d’une conférence sur la durabilité organisée à Kinshasa sur les grandes transitions contemporaines : leviers d’une croissance durable en RD Congo, un conseiller au ministère de l’environnement et développement durable a reconnu que l’exploitation forestière est teintée de tricherie et de fraude, particulièrement par les industriels qui coupent de fois au-delà des limites admises et leur permises.
Les bois coupés quittent ainsi la forêt « légalement », et pourtant ils ont été coupés « illégalement » par une société « légalement » installée. Ils sont même marqués des labels FSC (Forest Stewardship Council) ou PEFC (Programme for the Endorsement of Forest Certification), garantissant que le bois provient de forêts gérées de manière responsable et durable, tout en respectant les lois nationales et internationales.
Au port de Maluku où nous sommes passés pour un travail de prélèvement des données bathymétriques pour le compte de la Commission internationale du Bassin Congo Oubangui-Sangha (CICOS), dans le cadre du projet de gestion des ressources naturelles en Afrique centrale (Gernac), plusieurs grumes de bois sont entre-proposées, fruit de l’exploitation forestière dans le grand Bandundu ou dans le grand Équateur, peut-être même dans la Tshopo.
Sans pourtant affirmer que ce bois est illégal, plusieurs ports de Kinshasa sont accusés par la société civile environnementale congolaise d’être la plaque tournante de la fraude en matière de bois illégal.
« Je ne peux pas affirmer que ce bois est légal ou illégal. Mais ce qui est vrai est qu’il est marqué d’un label, ce qui privé que c’est un bois légal », a laissé entendre un monsieur assis à côté des grimes, certainement un agent à ce port.
De temps à autre, la société civile exige de l’administration forestière et des autres services étatiques de redoubler de vigilance afin d’éviter cette antivaleur et que le bois congolais soit coupé et vendu sur le marché international conformément aux normes requises d’un bois légal, labellisé FSC ou PEFC.
Quand le bois quitte la forêt, il laisse un vide qui parfois n’est comblé ni par un autre arbre planté à la place, encore moins par les retombées du bois coupé, pendant que les communautés locales sont privées de leurs ressources naturelles.
Ruben Ns Mayoni
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